‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 3)Chapitre 124 sur 239 · Adv. Ilaer. IH · texte numérisé non relu

Adv. Ilaer. IH

ÉGLISES DORIEÎIT( 170-220). î47

Ces gens, qu'on ne connaît pas d'ailleurs et qui ont reçu d'Épiphane le nom d'Aloges, attribuaient le IV*^ évangile et l'Apocalypse à Cérinthe. Ils n'admettaient pas ces écrits comme johanniques, parce qu'ils étaient en opposition avec les évangiles synoptiques et qu'ils contenaient des erreurs. Les Aloges paraissent avoir eu une action très limitée dans le temps et dans l'espace et, en tout cas, ils ne représentaient d'aucune façon une tradition.

^7. — Résumé et conclusions.

Pendant la période que nous venons d'étudier. 170-220, tous les livres du Nouveau Testament ont été connus, plus ou moins, et même des écrits extracanoniques ont été reçus dans quelques églises. Passons en revue brièvement les uns et les autres.

Nos quatre évangiles canoniques sont acceptés partout, réunis en collection. C'est l'évangile tétramorphe de saiinllrénée oyiVinstrumentum evangelicum deTertullien et le Diatessaron de Tatien. Saint Irénée affirme aussi nettement que possible que l'Eglise a reçu par tradition l'évangile sous quatre formes et, comme nous ne constatons nulle part une décision de l'Église de son temps à ce sujet, nous devons en conclure que cet état de choses était déjà ancien. Remarquons que l'évangile de saint Matthieu était cité beaucoup plus souvent que les trois autres, et celui de saint Marc beaucoup moins.

Les Actes des apôtres, en Gaule, à Rome, en Afrique et à Alexandrie, étaient connus comme l'œuvre de saint Luc et sont fréquemment et abondamment cités comme Ecriture, surtout par saint Irénée et Tertullien.

Treize épîtres de saint Paul sont acceptées et utilisées dans les mômes contrées ; d'ordinaire, on dis-

tingaait entre celles qui étaient adressées à des communautés et celles qui l'étaient à des particuliers, mais elles jouissaient toutes delà même autorité, ainsi que le l'ait remarquer Tertuilien à Marcion. Elles étaient réunies en une collection, souvent désignée parle terme ô aTTOffToXo;. Mous les trouvons nommément désignées daus les écrits de la fin du ii® siècle, mais leur autorité était déjà ancienne.

L'épître aux Hébreux était regardée comme paulinienne et inspirée par l'église d'Alexandrie; cependant, la tradition ne devait pas être bien ferme sur son origine paulinienne, car nous verrons plus tard Origène hésiter sur ce point. Les églises de Home et des Gaules ont peut-être connu l'épître aux Hébreux, mais ne l'attribuaient pas à saint Paul et ne la rangeaient pas parmi les écriis néotestamentaires. Le fragment de Muratori ne la mentionne pas. Tertuilien allirme qu'elle a été écrite par saint Barnabe, et la tient en haute estime, sans cependant la placer dans llnsiru/nentu/n aposioUcum.

L'épître de saint Jacques était, avons-nous vu, connue de Clément Komam et d'ilermas, et plus tard de saint Irénee. Cependant, ni le Muratonanum ni i'ertuilien ne l'ont placée dans leur recueil des écrits néotestamentaires. tille était dans le canon d'Alexandrie, si toutefois les Hypotyposes contenaient le commentaire de toutes les epîtres catholiques, ainsi que l'afhrme Eusèbe.

La l""* épître de saint Pierre était reçue dans toute l'Eglise; pourtant, le fragment de Muratori ne la mentionne pas, mais on peut supposer que le texte du passage est défectueux ou qu'il s'est produit là une omission involontaire, car cette épître était connue à Rome. La II* épître de saint Pierre n'était pas connue des églises de Rome, d'Afrique. Peut-être l'était-elle de celle de

Lyon? Elle devait faire partie da recueil alexandrin, si Ton admet que Clément a commenté toutes les épîtres catholiques. Elle était connue à Alexandrie à cette époque, puisque nous verrons que, quelques années plus tard, Orio^ène parle très nettement d'une seconde épître de saint Pierre.

L'épître de saint Jude était tenue dans toute lEglise pour un écrit de l'apùtre Jude et elle se trouve dans les recueils de Kome, de Carlhage et d'Alexandrie. Cependant, nous verrons plus tard qu Eusèbe la range parmi les antilégomènes ou écrits contestés, non acceptés par tous.

La i" épître de saint Jean était connue et acceptée dans toute l'Église comme Écriture. La II* et la III* épître, vu leur brièveté et leur moindre importance dogmatique, sont moins souvent citées. Cependant, on trouve des traces de la seconde à Lyon et à Alexandrie; saint Irénée l'a citée en l'attribuant à Jean, le disciple du Seigneur; Clément d'Alexandrie la commentée en la disant écrite pour les vierges, ainsi qu'il appert des Aduoibrationes^ IV. Elle était dans le Muratorianu'ïiy et mjme la mention qui en est faite s'applique peut-être aux deux petites épîtres de saint Jean, la première ayant été cataloguée auparavant. En fait, nous ne trouvons, à celle époque, aucune trace certaine de la troisième. On peut seulement conjecturer qu'elle était connue de ceux qui mentionnaient la seconde, vu l'étroite connexion de ces deux épîtres.

Tous les écrivains de cette époque, saint Irénée à Lyon, TertuUien à Carthage, saint Méliton à Sardes, saint riiéopliile à Anlioclie, saint Hippolyte à Rome, Clément à Alexandrie ont connu l'Apocalypse et l'ont citée comme une prophétie de Jean l'apôtre. Elle était dans le Muratorianum. Seul, Gaïus, à Home, en nie

l'autlienticité johannique et paraît l'attribuer à Cérinthe.

A côté des écrits canoniques, nous en trouvons d'autres qui ont été acceptés comme Écriture par quelques églises.

L'épître de saint Clément Romain était tenue pour scripturaire par Clément d'Alexandrie et par saint Denys de Corinthe. Elle a été fréquemment citée par saint Irénée. Au témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme elle était lue dans de nombreuses églises. Elle était placée dans certains manuscrits à la suite des écrits canoniques.

L'épître de saint Barnabe était tenue pour une épître catholique par Clément d'Alexandrie, mais ne paraît pas avoir été regardée ailleurs comme telle ou môme connue, car les traces qu'on en relève chez saint Justin et saint Irénée sont légères.

La Doctrine des apôtres a été citée comme Écriture par Clément d'Alexandrie et elle se trouve parmi des passages extraits des épîtres pauliniennes dans l'opuscule De Aleatoribus. C'est peut-être à la Didaçhè, XI, XII, qu'il est fait allusion par Apollonius d'Éplièse ' : « Est-ce que toute Écriture ne vous semble pas défendre à un prophète de recevoir des présents et de l'argent? » Elle n'est pas cependant dans le Muratorianum, ce qui nous porte à croire qu'elle n'était pas tenue pour Écriture par l'église romaine.

Le Pasteur d'Hermas était regardé comme Écriture à Rome, où l'auteur du De Aleatoribus l'appelle Écriture divine ; en Gaule, où saint Irénée ^ en introduit un passage par la formule ^ YP*?^» en Afrique, par

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