Paires apost, p. 230, 237, note
Saint Ignace a certainement connu la première épître de saint Paul aux Corinthiens ; il en est tout imprégné, ainsi que le prouvent les nombreuses réminiscences de cette épître que l'on relève dans ses lettres : Eph. XVI, 1 = I Cor. VI, 9, 10; Magn. X, 3 = I Cor. V, 7 ; /?o;n.IX, 2=1 Cor. XV, 8-10; TralL H, 3 = I Cor. IV, 1 ; Rom. VI, 1 = I Cor. IX, 15 ; Philad. IV, 1=1 Cor. X. 10, 17, etc. Quelques passages sont presque littéralement citi?s :
liphésieiis, XVIII, 1 : Hi-
poû, Ô ÈTTiv axâvûa)ov toî; izt-
ffToûaiv, ^,|iïv 8è awTïipia xai C«i»f,
alhivio;.
Il6'j ffoçô;; ïto'j (TUÏr.îr.TT,; : ttov
xaû/r,«Ti; twv >£Y0(1.Évu)v ffwerûiv ;
Wo;n. V, 1 : 'AU* o-j itoteà tovto
I Cor. 1, is. JO. 23 . w,,;., Yip 0 ToO aTausoO toî; |iiv àso)-
>U[l.îVOt; [LbiçiTL £9T:V, TOÛ S^ ffu-
Ço|iivoi; #,|iï» fiûvajti; eiovioriv...
noOoofô; ;... Ttoû cvv^r.tr.Trjs ^'•■^ atûvo; TOi/toy;. .. f,\f.tîz Zi xTjpùij- «Totiîv XptTrà'» ioTsupuiisvov 'lovioaiot; [liv oxâvôaù.ov.
Cal. IV, 4 : rxâvÔx)iov Toû
ffT«"JpOÛ.
I Cor» IV, 4 : 'Â^j.' cCx èv tovrip
Sc2txa{(>>(i.a(.
Les rapprochements avec l'épître aux Éphésiens sont aussi très frappants. Le début de l'épître que saint Ignace écrivit aux Lphésiens rappelle de très près le commencement do l'épître de saint Paul aux mêmes Éphésiens. Plusieurs expressions sont identiques dans les deux lettres : tôv xatvôv «vOpwrov, h vA ffu>u.«Ti, u.i!iT,Tai TOÛ 0eoù. Quelques phrases rappellent l'épître de saint Paul.
Polyc. 1,2: IlâvTwv àvl^^ov iv àyàirr;.
Ep/i. IV, 3 : 'Avr/ô}«vot à»,rj-
Rappelons que saint -Ignace parle aux Ephésiens de saint Paul, le sanctifié, dont ils ont été les co-initiés et qui se souvient deux dans toute sa lettre : IlaûÀou
52 PRÉPARATIOiN DU CANON DU NOUVEAU TESTAMENT.
GUfAjjiuaToti Toû f,Yt«(î[jL£Vou... 8; £v ■TiaoYi ETriaToXyj (/.vTjfjiovEuei ufAwv êv XpiffTw 'Ir,ffou. Cf. encore Polyc. V, 1 = Eph.
V, 25 ; Polyc. VI, 2 = Eph. VI, 13-17.
Les ressemblances entre les épîtres de saint Ignace et les autres épîtres de saint Paul, citations approximatives ou réminiscences, sont en si grand nombre que l'on doit conclure que l'évêque d'Antioclie les savait pour ainsi dire par cœur. Voici les plus saillantes : Eph. VIII, 2=: Rom. VIII, 5, d>\Eph. XIX, '6= Rom.
VI, 4; Smyrn. I, 1 = Rom. I, 3, 4; Eph. XV, 3 =: II Cor. VI, 16; Phil. I, 1 = Gai. I, 1; Eph. XVI, 1 = Gai. V, 21 ; Trall. X, 1 = Gai. II, 21 ; Smyrn. XI, 3 — Phil. III, 15; Eph. XIV, 1; XX, 1; Magn. VIII, 1 = I r/m. I, 3-5; Magn. VIII, 1 = Tit. I, 14; III, 9'.
Enfin, relevons les expressions qui. dans le Nouveau Testament, ne sont que dans saint Paul et qui se retrouvent dans les épîtres de saint Ignace : àoôxijAoç, àv«(|/u)^eiv, aTrgptaTraffTOç, lxTpo)|xa, IvOTrjÇ, OrjpiojJia^'^eTv, 'louoaï<7(xoç, oîxovoiJLia, cpuaiouv, etc. ; IvSuvcxfxoto (1 fois dans les Actes), aî/jjiaXoTiCoj (1 fois dans Luc), ©eoîi oixovofxoç.
Saint Ignace a connu aussi l'cpître aux Hébreux : Magn. III, 2 = Iléb. IV, 13; Philad. IX, l = IIéb. VII, 7, 19, 22, 23, 20, etc., — peut-être les Actes : Magn. V, i = Act. I, 25; Smyrn. III, 3 = Act. X, 41, — probablement la première épître de saint Pierre, Eph. V, 3 = I Pr. V, 5 ; Rom. V, 1 = I Pr. II, 25 ; V, 2.
Cette connaissance étroite de presque tous les livres du Nouveau Testament, que l'on constate dans les épîtres de saint Ignace, a fait croire à quelques critiques que l'évêque d'Antioclie possédait une collection, déjà formée des écrits néotcstamenlaires et divisée en deux parties, l'Evangile et les Apôtres. II nomme, en effet, conjointement l'Evangile et les Apôtres, mais a-t-il
\. cf. pour d'au 1res ressemblances : The Neio Testament in the apostulic Falhers, Oxlord, 190r>, p. 73 et ss.
voulu désigner par ces mots des livres écrits ou bien la tradition vivante dans lÉglise? Il semble que les deux sens se rencontrent dans les mêmes textes. Ecrivant auxPhiladelphiens, VIII, 2, il s'exprime ainsi : « Jevous prie de ne rien faire en esprit de contention, mais d'agir suivant la doctrine du Christ. Car j'en ai entendu qui disaient : ( Si je ne trouve pas (cela) dansles archives, dans l'Evangile, je ne crois pas, » et lorsque je leur dis que c'est écrit, ils me répondirent que c'était à prouver. l*our moi, mes archives, c'est Jésus-Christ, mes archies immaculées, sa croix, sa mort et sa résurrection t la foi qui est par lui, dans lesquelles je veux être justifié par vos prières... » Plus loin, IX, l'Evangile paraît employé dans le sens général de bonne nouvelle du salut : (' Mais l'Evangile a quelque chose de particulier, la venue, r, irapouaîa, du Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa passion et sa résurrection. Car les Ijien-aimés prophètes l'ont annoncé, mais l'Evangile est l'achèvement de l'immortalité. Toutes ces choses ensemble sont bonnes, si vous croyez dans la charité. »
Un peu auparavant, V,1.2,saint Ignace ferait, dit-on, clairement allusion à l'Evangile et aux Apôtres en tant que livres : « Votre prière à Dieu me rendra parfait, afin que j'atteigne le but qui m'est assigné par la miséricorde, me réfugiant dans l'Evangile comme dans la chair de Jésus, et dans les Apôtres comme dans le presbyterium de l'Église. Et aimons aussi les prophètes, parce que, eux aussi , ils ont annoncé l'Evangile. » Le texte n'est pas cependant tellement clair que l'on soit obligé de croire que saint Ignace fait allusion ici à des écrits. Il semble bien que, pour l'Évangile, il est question d'un livre; pour les Apôtres, il s'agirait plutôt de la tradition apostolique. Enfin, l'Évangile qu'ont annoncé les prophètes, c'est la bonne nouvelle
de la venue du Christ, et non le livre où est contenue cette bonne nouvelle ; par conséquent, la question n'est pas résolue, quoique l'affirmative soit probable.
En résumé, le jugement de Lightfoot reste exact ^ : « La connaissance qu'Ignace a des écrits du Nouveau Testament se traduit par des mots ou des expressions semblables, des coïncidences isolées de pensées, mais de citations littérales du Nouveau Testament il n'y en a aucune ».
Saint Ignace a donc connu presque tout le Nouveau Testament; il s'en est servi dans ses épîtres et il l'a estimé à l'égal des écrits de l'Ancien.
g 3. — L'épître de saint Polycarpe de Smyrne.
Saint Polycarpe et saint Ignace étaient contemporains. L'épître de saint Polycarpe aux Philippiens se rattache donc étroitement aux épîtres de saint Ignace. Elle fut d'ailleurs écrite peu de temps après le martyre de l'évêque d'Antioche, vers l'an 110-117. Elle est de première importance pour l'objet de notre étude. Gregory ^ constate que « l'épître de Polycarpe est pleine du Nouveau Testament. Il est évident qu'il a entre les mains l'évangile de Matthieu et peut-être les quatre évangiles. Il a toutes les épîtres de Paul, la première épître de Pierre et la première épître de Jean. Dans le premier chapitre, il se réfère aux Actes. Il est, si l'on peut parler ainsi, saturé de Pierre, mais il est aussi paulinien à un très haut degré ».
Il faut reconnaître cependant que les citations littérales du Nouveau Testament sont très rares dans l'é-