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vient du célèbre monastère de Bobbio, en Lombardie, fondé par saint Colomban; il serait donc d'origine irlandaise. Il a dû être copié au vi® siècle et, comme on y trouve plusieurs écrits de saint Eucher de Lyon, on a pensé que la collection avait été faite à Lyon ; on croit que les vulgarismes de ce codex seraient d'origine gauloise plutôt qu'italienne. Le fragment sur les livres du Nouveau Testament commence et finit abruptement, ce qui prouve que le copiste n'avait entre les mains qu'un exemplaire mutilé.
La première question à résoudre est celle de la date de ce fragment, laquelle dépend de celle de l'auteur, qui doit donc être examinée tout d'abord.
Cette liste des livres néotestamentaires n'a été mentionnée par aucun écrivain ancien, de sorte que nous en sommes réduits à des conjectures pour déterminer le nom de l'auteur. Le fragment lui-même nous fournit cependant quelques indications. Parlant du Pasteur d'Hermas, il dit : « Le Pasteur a été écrit tout récemment et de notre temps, nuperrîme temporibus nostris, dans la ville de Rome par Hermas, son frère Plus, évêque, étant assis sur la chaire de l'église de la ville de Rome. » Il semblerait donc que ce fragment a été écrit à Rome, quelque temps après que fut écrit le Pasteur, sous le pontificat de Pius, 140-155, d'après Harnack; 146-161, d'après d'autres. Mais quel espace de temps comportent les termes nuperrime et temporibus nostris? Probablement de vingt à trente ans. Le fragment aurait donc été écrit vers l'an 180. Mais, vers cette date, nous ne connaissons aucun écrivain de l'église romaine à qui on pût en attribuer la composition.
Muratori avait conjecturé que l'auteur était Gaïus, prêtre romain, contemporain des papes Victor et Zéphirin ; le fragment aurait été compilé par consé-
quent vers 185-218, ce qui reculerait trop la date du fragment. De plus, ce Gaïus aurait nié l'origine johannique du IV'' évangile et de l'Apocalypse, si l'on en croit saint Hippolyte, qui l'aurait défendue contre lui. Il n'aurait donc pu écrire le fragment de Muratori qui enseigne nettement l'origine joliannique de ces deux écrits. Lightfootet, tout récemment, Th. H. Robinson' ont mis en avant le nom de saint Hippolyte, prêtre romain, mort en 235. Dans la liste de ses œuvres on a des 'iliBaà 8ÎÇ Triffaç xi; ypafâç, qui pourraient être des vers sur l'Ancien et le Nouveau Testament; le Muratoriannm serait une partie de ces 'iiioaî. Plusieurs critiques de valeur, Lightfoot, Westcott, Zahn, ont, en effet, conjecturé que l'original du fragment était grec. Westcott''' fait remarquer que l'emploi des particules est plutôt grec que latin : qiiibus tamen... et ila; sed et... sed et y etc. ; que certaines phrases ont une tournure nettement grecque. Ex. : Nihil differt credentium fidei : oùSâv Siaçepsi T^ TTicTêi; finctae ad haeresim : ■nfoc, try oîpeîiv; quae recipi non potesl : è. 7r«paXau.6aveo6ai où Suvarov. Mais est-il impossible qu'un écrivain vivant à Rome et connaissant le grec ait introduit dans son latin populaire des formes grecques? Il y aurait même lieu de rechercher si, d'une façon générale, le latin populaire n'a pas admis des grécismes. Déplus, on ne voit pas comment un traducteur aurait pu donner d'un texte grec une version d'un latin aussi barbare que l'est celui de notre fragment. Aussi, Hesse ^ soutient que l'original était latin. Remarquons cependant que, si ce fragment a été écrit vers l'an 170-180, il est probable qu'il l'a été en grec, car, à cette époque, même à Rome, les écrits chrétiens étaient encore en grec. Gregory ne se pro-
\. Expositor, June 1906, p. 481. London.
2. History of the Canon of the New Testament, p. 813, note 5.