Op. cit. p
3. Von Sodek's Treattnent of the Tcvt of theGuapels dans Revicw of Theology and Philosophy, Edinburgh, 1909, p. 282 ss.
témoins pour former le type la? On pensera probablement que les arguments de von Soden prouvent que D est étroitement lié aux versions latines mais non qu'il en dépend.
2° Y a-t-il eu réellement une recension I? Cette hypothèse explique, il est vrai, plusieurs faits, mais ceux-ci ne seraient-ils pas aussi bien expliqués en supposant que Hr J Ib (-) et les autres subdivisions de I sont des textes locaux de date comparativement reculée, dans lesquels certains textes anciens se sont glissés ? D serait la plus ancienne et la meilleure l'orme de ce groupe de textes.
3° Von Soden n'a pas tenu compte, dans sa reconstruction du type H, de la distinction qu'ont établie Westcott-Hort entre les textes neutre et alexandrin. Son hypothèse que les leçons singulières de x B sont dues à l'influence de K, d'Origènc, de I et surtout des versions égyptiennes, est loin d'être prouvée.
4° On peut douter que von Soden ait prouvé que K est réellement indépendant de 11 et de I. Où est la preuve que K n'est pas un texte éclectique bâti au moyen de II et de I?
5° Le point capital du système de von Soden est sa théorie de l'influence du Diatessaron de ïatien sur presque tous les textes néotestamentaires. Est-il possible que le Diatessaron ait exercé sur les textes une influence aussi capitale, étant donné qu'il n'est presque jamais parlé de cet ouvrage dans la littérature chrétienne primitive? On peut expliquer d'autre façon que ne le fait von Soden les tatianismes qu'il relève dans le type K et en particulier dans Clément d'Alexandrie et dans les vieilles versions latines.
6e Si cette influence du Diatessaron n'a pas existé, il ne reste aucune preuve de l'existence d'un texte primitif l-ll-K. La question est de savoir si les recen-
sions reconnues dans les manuscrits grecs sont dos divergences réelles d'un texte commun et non plutôt des essais pour ramener à un type commun des textes divergents.
Kirsopp Lake' explique ensuite comment il comprend l'histoire du texte des évangiles. Dans l'intervalle qui s'écoula entre la composition de chaque évangile et l'établissement du canon des évangiles, du tétramorphe, chaque scribe qui copia le texte fut à un certain degré un rédacteur, car son désir fut de reproduire un message dont l'importance était dans son contenu et non dans sa forme. Le texte de chaque évangile devint ainsi rapidement différent dans chaque localité et à mesure que grandit la vénération pour les évangiles, ces différences locales devinrent une tradition locale fixée et lorsque le canon des évangiles fut établi, chaque église voulut garder son propre texte. Mais après cet établissement du canon les églises furent conduites à une assimilation graduelle des textes les uns avec les autres, et plus tard à une revision de propos délibéré pour aboutir finalement à l'établissement d'un texte type.
Cette esquisse d'une histoire du texte des évangiles est hypothétique, puisque nous n'en trouvons aucune attestation directe dans les Pères anciens. Mais elle est appuyée par les faits que voici. Les versions latines représentent probablement deux textes locaux, la vieille syriaque, un autre, les citations de Clément, un autre. Le Diatessaron de Tatien fut composé probablement à l'aide de manuscrits appartenant à une localité dont le texte n'était pas très différent de celui qui a été utilisé pour établir la version latine européenne et le codex de Bèze est probablement un sur-
i. Art.cit.p.&S.
vivant tardif et corrompu d'un type qui leur était apparenté. En étudiant ces textes, nous pourrions reconstruire quelques-uns des plus importants textes locaux des 11e et me siècles. La reconstruction serait cependant défectueuse et probablement diminuerait la somme des différences réelles entre ces textes locaux parce que les manuscrits que nous en avons montrent des traces d'assimilation les uns avec les autres et qu'en outre ils ont souffert pour diverses raisons. Ce travail fait, nous examinerons les manuscrits grecs et nous constaterons que tous ils représentent des recensions. Mais ces recensions ne doivent pas être tenues pour des éditions dépendantes d'un texte commun primitif, sur lequel elles sont toutes fondées, mais elles sont plutôt de premiers essais destinés à établir un texte type — to standardise the text, — qui n'avait jamais existé primitivement, un texte reconnu universellement de l'évangile tétramorphe, qui devait supplanter les divers textes locaux.
Dans un récent article de la Revue bénédictine, juillet 1912, p. 233, Dom Chapman a prouvé victorieusement que les harmonisations des textes évangéliques que l'on relève dans le codex de Bèze, les vieilles versions latines et syriaques, les écrivains ecclésiastiques, Eusèbe, Origène, Ilippolyte, Clément d'Alexandrie, Irénée, ne sont pas dues, ainsi que l'a soutenu von Soden, à l'influence du Diatessaron de Tatien, lorsqu'il existait à l'état grec. 11 fait remarquer que l'existence d'un Diatessaron grec est entièrement problématique. Et cependant, ce serait d'après ce Diatessaron inconnu, lequel, s'il a existé, n'a pas dû avoir une grando extension, puisque personne n'en parle, qu'on aurait corrigé un texte grec des évangiles; il aurait exercé son influence dans tout le monde chrétien, dans toutes les versions anciennes, dans les écrits
des Pères antérieurs à Origène. De plus, il aurait existé un Diatessaron latin qui aurait été la première traduction latine des évangiles.
En fait, les harmonisations de textes que l'on relève dans le texte occidental des évangiles sont antérieures à Tatien, etune des meilleures preuves qu'on en puisse donner est qu'on les retrouve dans Marcion. L'explication la plus plausible de ces harmonisations des textes évangéliques est celle que présente Dom Chapman : « Lorsque les quatre évangiles existaient à l'état de rouleaux séparés, il était très naturel de les comparer les uns avec les autres, de les annoter et de les harmoniser, d'ajouter ou d'omettre des passages pour montrer l'unité et l'accord essentiel de l'évangile tétramorphe. Cette façon d'expliquer les leçons harmonisantes des évangiles est beaucoup plus naturelle que l'influence d'un Diatessaron. »
Ne pourrait-on pas faire entrer aussi en ligne de compte la tradition orale qui a dû avoir une tendance à réunir les textes exprimant les mêmes idées, principalement les paroles du Seigneur se rapportant à une suite d'enseignements similaires ? Cette hypothèse nous est suggérée par l'existence des textes agglomérés que nous relevons dans la Didachè, dans les écrits de saint Clément romain, de saint Polycarpe, de saint Justin, de Clément d'Alexandrie.