CHAPITRE II
Àutii hien que tou$ ceux qui ne m'ont jamais tu. Ces paroles peuvent faire croire que saint Paul n'avait jamais porté l'Eirangile à Laodicée et a Colosses.
2. Ut consoleDtur corda ipsorum , 2. Afin qu'ils aient le cœur rempli de ÎDstructi in charitale » et in omnes consolation, étant liés étroitement parla divitias plenitudinis intellectûs, in charité, pour acquérir toutes les richesses sffnitiooem mysterii Dei Patris et d'une parfaite intelligence, jusqu'à péné- CbristiJesuj trer le mystère de Dieu le Père et de
Pour acquérir toutet les richesses d'une parfaite intelligence, itç Trefevra wAourov •alyipofopixç r^v çuvsaeog , afin que vous ayez une pleine persuasion et une connaissance certaine du mystère de Dieu le Père, et de Jésus-Christ ; afin que tous croyiez avec une certitude entière, et qui aille jusqu'à exclure tout doute , que c'est par Jésus- Clirist que nous avons été rachetés et réconciliés avec Dieu.
3. In quo sunt omnes thesauri 3. En qui sont cachés tous les trésors sapientis et scienti» absconditi. de la sagesse et de la science.
4. Hoc autem dico , ut nemo vos 4. Ce que je dis , afin que personne ne decipiat in sublimitate sermonum. vous impose par des discours relevés.
Ce que je dis , afin que personne ne vous impose par des discours relevés. Jusqu'ici l'apôtre s'était concilié la bienveillance des Colossiens. Il entre maintenant en matière , en leur déclarant que la fin principale qu'il s'est proposée en leur écrivant , est de les mettre en garde contre les hérétiques et les faui docteurs, qui tâchaient de les séduire. Que personne ne vous impose ^ Tra^a^oy^ÇigTac , que personne ne vous induise dans l'erreur par de faux raisonnements, et par des discours relevés, îv Tcecdavo^oy^a , par des discours spécieyi , engageants , artificieux , propres à persuader et tromper ceux qui ne sont pas bien sur leurs gardes.
5. Nam etsi corpore absens sum , 8. Car bien que je sois absent de corps , sed spiritu vobiscum sum ; gaudens je suis pourtant avec vous en esprit ; ravi et videns ordinem vestrum et fîrma- de voir le bon ordre qu'il y a parmi vous , mentum ejus qu» in Cfaristo est , et combien est ferme la foi que vous avez fidei vestrae (1). en Jésus-Christ.
6. Sicut ergo accepistis Jesum 6. Ainsi donc , suivant ce qu'on vous a Christum Dominum , in ipso am- enseigné de Jésus-Christ Notre-Seigneur , bulate ; marchez sur ses pas ;
7. Radicati et supersdificati in 7. Etant comme enracinés et fondés en ipso , et confirmati nde , sicut et lui , bien établis par la foi selon les enseididicistis , abundantes in illo in gra- gnements que vous avez reçus , et rendant tiarum actione. en lui des actions de grâces pleines et
parfaites.
8. Yidete ne quis vos decipiat per 8. Prenez garde que quelqu'un ne vous philosophiam et inanem failaciam , séduise par la philosophie et par de vaines secuDdom traditionem hominum , se- subtilités , selon les traditions humaines , cundùm elementa mundi , et non selon les éléments de la science du monde , secuDdîim Christum. et non selon Jésus-Christ.
Prenez garde que quelqu'un ne vous séduise par la philosophie. L'apôtre ne parle ici que delà philosophie vaine, artificieuse et sophistique , que les gentils et les hérétiques mettaient en usage, pour combattre les mystères de notre sainte religion. — Selon les irtiditions humaines. C*est comme si l'apôtre disait : Cette vaine philosophie que je réprouve , n'a pas Dieu pour auteur , mais a été inventée et enseignée par des hommes vsios et livrés à Terreur. — Selon les éléments de la science du monde. Saint Paul entend par lé de certains axiomes , des manières de principes , qui étaient reçus et regardés de la multitude, comme les premiers éléments de la philosophie païenne, et qui ne pouvaient s'accorder avec les mystères de la religion. Quelques interprètes croient que lot éléments dont il est ici parlé , sont les mêmes que ceux dont il est fait mention dans je quatrième chapitre de l'épUre aux Galates : d'où ils concluent quel'apôtre combat ici les Judaîsans , qui voulaient engager les chrétiens à pratiquer les cérémonies de la loi mosaïque. Pour Théodore de Bèze, qui voit partout la réprobation du papisme , il
(1)1. Cor. 5. 3.
238 EPITRE DE S. PAUL AVX COLOSSlEîVS.
trouve ici la condamuation expresse de ia théologie schoslastiqne. dans les Tainesiub* tilités de la philosophie païenne ; celle des traditions de l'Eglise « dans les traditions des philofitophes ; celle de toutes les cérémonies de l'Eglise rouiaine , dans les éléments du monde. Il n'y a rien après cela qu'on ne puis6e trou\erdansr£criture, quand on voudra substituer a la parole de Uieu ses propres préventions.
9. Qaia in ipso inbabitat omnis 9. Car en lui réside corporellemeot plenitudo divinitatis corporaliter : toute la plénitude de la divinité :
En lui réside eorporellement toute la plénitude de la divinilé. C'est-à-dire la divinité dans la personne du Verbe est unie substantiellement au corps et à l'âme de Jésus-Christ.
10. Et estis in illo repleti , qui est 10. Et vous avez toutes choses pleinecaput omnis principatûs et potestatis ; ment en lui , qui est le chef de toutes les
principautés et de toutes les puissances;
11. In quo et circumcisi estis cir- 11. Dans lequel vous avez été circoncis, cumsisione non manu facl in expo- non d'une circoncision faite avec la main liatione corporis carnis, sed in cir- par le retranchement de la chair du corps» cumcisione Christi : mais de la circoncision de Jésus-Christ :
12. Consepulli ei in baptismo, in 12. Ayant été dans le baptême ensevelis quo et resurrexistis per fidem opéra- avec lui , en qui vous êtes ressuscites pour tionis Dci , qui suscitavit illum à mor- avoir cru l'effet de la puissance de Dieu, tuis. lequel l'a ressuscité.
Ayant été dont le baptême enievelie avec lui. L'immersion dans les eaux du baptême, par lequel noua mourons au péché, est une représentation de la sépulture de Jésus- Christ. — Pour avoir cru l'effet de la puissance de Dieu , lequel l'a ressuscité. C'est4dire pour avoir cm que Dieu , par son opération toute-puissante, Ta ressuscité.
13. Et vos cùm mortui essetis in 13. Et à vous-mêmes , lorsque tous delictis^ et praeputio carnis vestr», étiez morts par vos péchés et incircoocis convivificavit cum illo, donans vobis en votre chair, il vous a rendu la vie aussi omnia delicta (1) : bien qu'à lai , vous remettant tons vos
péchés.
14. Delens quod adversûs nos erat 14. Il a effacé l'acte qui était contre chirographum decreti , quod erat con- nous , l'arrêt qui nous condamnait : il l'a trarium nobis, et îpsum tulil de medio annulé en l'attachant à la croix, afiligens illud cruci :
Il a effacé l'acte qui était contre nous , Varrét qui nous condamnait. Nous étions coupables par le péché de notre premier père , et par nos propres péchés. L'arrêt de notre condamnation avait été porté par ces paroles : In quocumque die comederis ex eo , more morieris. Mais Jésus-Christ, en expiant nos péchés sur la croix, a annulé cet arrêt dans ce qu'il avait de plus redoutable. Ce qui suit, t7 a remporté les dépouilles ^ etc. confirme cette explication. Quelques interprètes ont entendu par l'acte dont parle saint Paul, la loi de Moïse, que Jésus-Christ a cassée sur la croix. Ce qu'on lit dans les versets suivants , que personne ne vous condamne au sujet du boire et du manger, donne quelque probabilité à cette interprétation , qui n'est cependant pas la plus naturelle.
15. Et expolians principatus et 15. Il a remporté les dépouilles des potestates , traduxit confidenter , pa- principautés et des puissances ; il les a làm triumphans illos in semetipso. emmenées elles-mêmes sans craindre,
triomphant d'elles en sa personne à la vue de tout le monde.
Il a remporté les dépouilles des principautés et des puissances. Saint Paul parle ici de la victoire que Jésus-Christ a remportée sur lenfer , en dépouillant les démons du domaine que l'homme leur avait acquis par sa chute. Il les a menés en triomphe , et leivr a enle\é leurs dépouilles , en délivrant les hommes de leur servitude, et en les rétablissant par la vertu de sa mort , dans la liberté des enfants de Dieu.
16. Nemo crgo vos judicet in cibo , 16. Que nul donc ne vous condamne au aut in potu , aut in parte diei festi , sujet du boire ou du manger » ou sur ce
(1) Ëphes. 2. 1.
CH.4PITRC1I. 250
9Qt neomenî» , aut sabbatorum , qui rpgarde quelque jour de fêle , de nou-
velle lune t ou de sabbat ,
Que nul donc ne vous condamne au sujet du hoire ou dumanger. C'esl-é-dire, puisque vous n'aTPz pas reçu la circoncision charnelle des Juifs , mais la circoncision spirituelle de Jésus-Ciirisf « vous n'êtes plus obligés aux observances légales : Jésus-Christ, en vous délivrant du péché , vous a affranchis du joug de la loi.
17. Quœ sunt umbra futurorum ; 17. Qui n'étaient que l'onibre des choses corpus autem Christ!. à venir ; au lieu que Jésus-Christ en est le
corps.
/lu lieu que Jésut-Christ en est le corpt. Jésus-C^hrist est la vérité , dont les observancfs lé{^a!es n'étaient que des figures. Saint Paul oppose le corps â i'oinbrc ; c'est-àdire la vérité, la réalité à la figure.
18. Nemo vos seducat , volens in 18. Que nul ne vous détourne du droit humilitate , et reli^ione angelorum , chemin , en affectant des sentiments humqos Don vidit ambulans . frustra in- bles, et de rendre un culte aux anges» marflatus sensu carnis su» (1) ; chant par une route qui lui est inconnue ,
enflé sans sujet de sa prudence charnelle ;
De rendre un culte aux anget. Les sectateurs de Simon le magicien honoraient les anges comme les créateurs du monde, et nos médiateurs auprès de Dieu , préférablement à Jésus-Christ. Ce culte superstitieux des anges se perpétua longtemps dans les Eglises d'Asie. C'est ce qui parait par uo canon du concile de Laodicée , ville voisine de Colosses. iVon oporlei christianoi derelietà ecdetià ahire , et ad atigelos idolati-iœ ahominandœ eongregalianes facere. C'est cette superstition que saint Paul combat ici , et c'est pourquoi il s'e&t appliqué dès le commencement de l'épitre é montrer que Jésus-Christ était supérieur aux anges.
1!). Et non tenens caput, ex quo 19. Ne tenant point au chef, duquel
totum corpus per nexus et conjunc- tout le corps bien formé et bien lié dans
tlooes subministratum et construc- ses parties, tire ce qui le fait subsister ,
luni , crescit in augmentura Dei. jusqu'à croître de plus en plus selon Dieu.
Ne tenant point au chef. 4 Jésus-Christ, qui est le chef de toute son Eglise, et qui donoela vie à tous les membres qui la composent. Les hérétiques que l'apôtre attaque ici, ne le reconnaissaient point, ce chef; parce que ne le regardant que comme un pur homme, ils lui préféraient les anges, qu'ils regardaient citmme les créateurs du monde, et nos médiateurs auprès de Dieu. C'est donc eu vain que Calvin et Bcze emploient ce passage, pour combattre le ruite des saints , qui est reçu dans TEgliite ^tholique, et qui n'a rien de commun avec la superstition que l'apôtre réprouve.
20. Si ergo mortui estis cum Christo 20. Si donc vous êtes morts avec Jésusi^b elementis hujus mundi, quid adhùc Christ au regard des éléments de la science tanquam vi ventes in mundo decer- du monde, pourquoi décidez-vous encore , i^i^is? comme si vous viviez dans le monde?
Comme ti voui ttvtez dant le monde. Comme si vous étiez encore attachés aux maximes de la philosophie mondaine, auxquelles vous aves renoncé.
21. Ne tetigeritis , neque gustave- 21. Gardez-vous bien de toucher h ceci, rilis, neque contrectaveritis : ni d'en goûter : gardez- vous bien de manier cela.
Gardex-vout de toucher d ceci. Ce sont les faux dogmes que débitaient sur le choix <^C8 viandes, ceux contre qui parle saint Paul.
. 22. Quffi sunt oronia in interitum 22. Et ce sont toutes choses qui se ipsousu, secundùm prscepta et doc- détruisent par l'usage même. Pourquoi, irinas hominum , dis-je , décidez-vous selon les maximes et
les opinions humaines ,
Et ce «oti< Xouiet chotet qui te détruisent par l'usage même. C'est-à-dire ces choses dont on vous parle, sont bonnes en elles-mêmes , et se consument par l'usage que vous ^Q faites : et ceux qui font ces ordonnances, sonf des hommes vains et sans autorité.
(1) Satth. 24. 4.
23. Qus sunt rationem quidem ha- 23. Qui ont à la vérité quelque air de bentia sapientiae in superstitione , et sagesse dans un culte superstitieui, dans humilitatc, et non ad parcendum des sentinnenls humbles , dans le peu de corpori, non in honore aliquo ad sa- ménagement qu'ils ont pour le corps, turitatem carnis? sans y avoir quelque égard pour satisfaire
aux besoins de la chair ?