CHAPITRE IV. SOI
aux esprits d*erreurt , et à la scienee des démons. Il y a dans le grec ordinaire , miviiaat izXâwcç, spirilibus deceptorihus. Mais ou lit dans les meilleurs manuscrits . Tr4\j/ia>n itXivttç , conformément à la Vnigate- L erreur est ap(iel<^e science des démons, parce que c'est le démon qui l'inspire aux hérésiarques, et qui les porte à la répsndre. Luther, dans son livre contre la messe privée, n'a point roogi de publier qu'il avait eu une dispote avec cet Esprit séducteur , dans laquelle il avait été convaincu qu'elle était superstitieuse , et qu'on devait l'abolir. Zwingle , le chef des facramentaires, fut confirmé parla même voie, dans l'explication figurée de ces paroles, ceci est mon corps. Hospio. 2. part. 25 et 26. Il est vrai que Zwingle ne sait pas si l'Esprit, par lequel il dit avoir été instruit , était blanc ou noir , €tter an albus : mais D'en ayant appris que le raisonnement le plus visiblement faux, il est évident que ce De peut être que l'Esprit des ténèbres N'est-il pas après cela surprenant qu'on ait caivi deux hommes , qui reconnaissent le démon pour leur maître ?
2. lo hypocrisî loquentium menda- 2. Par l'artifice de certains imposteurs
cium, et cauteriatam habeotium suam qui auront la conscience cautérisée ; conscientiam ;
I Prohibentium nubere, abstinere 3. Qui défendront de se marier, d'user àcibis.quos Deus crcavit ad perci- des viandes que Dieu a faites pour être picDdum cum gratiarum actione fide- mangées avec aclion de grâces par les libus,etiisquicognoYeruntveritatem. fidèles, et par ceux qui connaissent la
vérité.
Qui défendront de se marier, d'user des viandes. L'apôtre ne combat ici que ceux qui devaient condamner les noces et l'usage des viandes, comme mauvaises. Tels ont été dans les premiers siècles de l'Eglise les encratites, les saturniens, les ebiunites, les marcionites et plusieurs autres. Tous ces hérétiques condamnaient les noces comme coupables, et défendaient l'usage de certaines viandes comme immondes : et c'est là uoiquement ce que l'apôtre reprend , ainsi que le montre évidemment la raison qu'il en apporte au verset suivant : car Dieu n'a rien créé que de bon. C'est donc en vain que Calvin prétend confondre sur ce sujet les catholiques avec tous ces anciens hérétiques. L'Eglise exige la continence de ceux qui veulent entrer dans le saint ministère : mais elle ne croit pas pour cela que le mariage soit mauvais, puisqu'elle le met au nombre des sacrements de la nouvelle alliance. Elle ordonne dans de certains temps à ^es enfants déjeuner, et de s'abstenir de certaines viandes, pour macérer la chair et la soumettre à l'esprit : mais ce n'est pas qu'elle croie ces viandes mauvaises en ellesmêmes ; puisqu'elle en permet l'usage dans les autres temps. Au reste , ces saintes pratiques, dont (îalvln prétend que le papisme est^infecté, sont aussi anciennes que le christianisme même, et ont mérité les louanges de tous les Pères. Le papisme, que l'héré- Marque déteste, est ce que saint Augustin appelle la doctrine des prophètes et des apôtres, que saint Paul n'a eu garde de condamner. IVe enim prohihet , dit ce Père , l 30. contra Faustum c, 6. qui hoc malum esse dicit , non qui haie hono aliud melius
anleponit. Et un peu après , videtis ergo muUûm intéresse inier abstinentes à cikis ,
propter sacramenti significationem , vcl propter corporis castigationem et abstinentes d cihit quos Deus creavit , dicendo qudd eos Deus non creavit, Proindè illa doctrina est prophelarum et apostolorum hœc dcemoniorum mendaciloquorum — Par les fidèles , et pfir ceux qui connaissent la vérité. C'est-à-dire qui connaissent que toutes les viandes sont l'ouvrage de Dieu , et qu'il les a créées pour l'usage des hommes. Dieu , à la vérité , permet que les infidèles mêmes jouissent de ses bienfaits , lui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants : mais comme toutes les créatures ont été faites pour le service de l'homme, à condition que l'homme lui-même servirait son créateur, omniavestra sunt , vos atitem CArtitt ; quand l'homme n'accomplit pas cette condition , il m rend indigne du service qu'il reçoit des créatures.
4* Quia omnis creatura Dei bona 4. Car Dieu n'a rien créé que de bon , ^ > et nihil rejiciendum quod cum et il ne faut rien rejeter de ce qui se peut ^atiarum actione percipitur : manger avec action de grâces :
II ne faut rien rejeter de ce qui se peut manger avec action de grâces. Il ne faut rien rejeter comme mauvais en soi , on le répète encore , quoiqu'on le puisse rejeter , ou pour mortifier la sensualité, on pour obéir à l'Eglise qui le commande. Les réchaliites rejetaient le vin, dont leur père Jonadab leur avait défendu de boire. Quoique llicn ne leur eût pas commandé cette abstinence, l'Esprit saint l'a canonisée et jugée ^igne de récompense. Jerem. 35. 19. Exemple convaincant contre les nouveaux héré-
TOUB II. â6
tiques, qui trait<)nt de superatiiioii les jeûnes et les abstinences ordonnés par l'Eglise; parce qu'ils croient qu*on ne peut manquer de déplaire à Dieu, en faisant ce qu'il n'a pas lui-même commandé.
5. Sanctificalur enira per verbum 5. Aussi cela est-il sanctifié par la ^- 1)ei et orationem. rolc de Dieu et par la prière.
Aussi cela esl'il sanctifié par la parole de Dieu. Saint Paul marque ici la bénédiction qui doit précéder le repas des chrétiens , et l'action de grâces qui le doit toujours suivre; comme s'il disait : IVon-seulement ce n'est pas une mauvaise chose démanger les viandes que Dieu a créées pour notre usage ; mais de plus, cette action peut être sainte et méritoire pour nous , si nous l'accompagnons des circonstances nécessaires, et entr'autres de la prière devant et après.
6. Haec proponens fratribus , bonus 6. En représentant ceci à nos frères , eris minister Christi Jesu , enutritus vous serez un eicellent ministre de Jésusverbis fidei , et bon» doctrinœ, quam Christ , vous qui êtes nourri des paroles assecutus es. de la foi et de la bonne doctrine, dont \ous
avez eu soin de vous instruire.
7. Ineptas autem , et aniles fabulas 7. Pour ce qui est de ces fables frivoles , devita : exerce autem tcipsum ad semblables à des contes de vieilles, ne pietatem (1). vous y arrêtez point ; mais exercez-vous à
la piété.
Pour ce qui est de ces fables frivoles. L'apôtre entend par là principalement les rêveries des simoniens, des gnostiques, des valentiuiens et autres semblables hérétiques, dont toute la doctrine ne contenait que des fables ridicules, qui n'avaient pas la moindre vraisemblance.
8. Nam corporalls exercitatio ad 8. Car les exercices du corps servent à modicum utilis est ; pietas autem peu de choses ; mais la piété sert à tout , ad omnia utilis est promissionem ayant pour soi les promesses qui regardent habens vitœ , quae nunc est et futurs, la vie présente et celles qui regardent la
vie future.
Car les exercices du corps servent à peu de chose. Calvin prétend que l'apôtre entend par là le jeûne et les autres austérités du corps, et il ajoute que c'est une vaine imagination de croirp honorer Dieu par toutes ces pratiques, qu'il reconnaît cependant avoir été en usage dans les premiers siècles de l'Eglifie. Si saint Paul avait été dans cette pensée, comment pourrait-il ailleurs faire une peinture si exacte de ses courtes, de set travaux , de ses fatigues , de ses dangers, et dire qu'il a mis tout cela en dépôt entre les mains de Dieu, pour recevoir du juste juge la couronne de juEtice? Comment Jésus- Christ lui-même assurerait-il que le jeûne fait comme il faut, doit être récompeusé par le Père céleste? Et pater tuus, qui videt in ahscondito , reddet tibi, Matlh, 6. 18. Le Père céleste peut-il récompenser une action qui ne l'honore pas? Calvin en impose donc à saint Paul. L'apôtre fait ici allusion aux exercices des athlètes, comparaison qui lui est familière. Vous devez, dit-il à Timothée, vous exercer comme un athlète : Car c'est là ce que signifie le mot grec vuyuyxÇsey. Vous devez vous exercer, non pai comme les athlètes ordinaires, dont les exercices, ne servant qu'à leur fortifier le corps, ne leur attirent que de vains applaudissements, et ne leur procurent tout au plus que le faible avantage d'une couronne corruptible, ad modicum utilis est. Mais vous deves vous exercer dans toutes les piatiques de piété : par là vous mériterez une couronne qui ne se flétrira jamais. -<- Ayant pour soi les promesses qui regardent la vie présente. Ces promesses qui regardent la vie présente, sont renfermées dans les paroles de >'otre- Seigneur. Malth. 6. 34. Quœrile primûm regnum Dei^ et justitiam ejus, et.hœc omnia adjicieniur vobis. Ce n'est pas que Dieu donne toujours ces avantages à ceux qui le servent fidèlement, comme il parait par le Lazare, et par bien d'autres. Mais quand Dieu les en prive , il les dédommage bien par des dons célestes dont il les enrichit, par l'avant-rgoût des délices du ciel qu'il leur donne ^ et par l'assurance d'une bienheureuse éternité. Ainsi Dieu est toujours fidèle dans ses promesses, même par rapport à la vie présente, non pas en donnant précisément ce qu'il a promis, mais en donnant beaucoup davantage.
(I) Sup. l. 4. - 2. Tim. 2. 23. -Tit. 3. 9.