CHAPITRE T. S
Car aprèi atùir mené une vie molle dont le service de Jésui^Christ. Sruv xfiCToear^)}vtAo^n Toû Xpc^oû , eûm luxuriake fuerint , et l4ueivierint eonlra Ckrittum, çpvivi&¥ signifie lascivire, luxuriari, et se drt proprement des chevaui, qui étant bien engraisséi secouent Jeiir fi^in , et oe (leuvent plus être retenus. L'apôtre déclare donc par cette métaphore , qu'on ne doit recevoir les jeunes veuves parmi celles qui servaient l'Eglise ; parce qu'après avoir été bien nourries aux dépens de l'Eglise méine, il est à craindre qu'elles ne rompent , au mépris de Jésus-Christ , les liens de leur engagement , et ne veulent se remarier contre la promesse de ootitinenoe qu'elles ont faite. Saint Cyprieu , i. 3. ad Quir. lit. cûm enim indeliciatœ fuerint in Chritto : et TertuU. l. de Monog. potlqiiam in deliciit hahuerunt Chrislum, ce qui se prend en bonne part, et signifie que ceii jeanes veuves ont d'abord goûté les délices attachées au service de Jésus-Christ j mais qu'elles s'en dégoûtent dans b suite, et veulent passera un nouveau mariage. Cette explication pourrait convenir avec le texte de la Vulgate, Icûm luxuriaiœ fnerint tn Chritto ; mais elle ne peut s'accommoder avec le texte grec, et d'ailleurs, saint Jérôme, qui lit aussi tn Christo , donne l'explication que nous avons suivie , en prenant tft Chritio, pour m Ckrietum , oumme l'auteur de la Vulgate le fait dans d'autres endroits.
12. flabentes damnationem , quia 12. Et elles sont dignes de condamnaprimam fidem irrîtam fecerunt. tlon , pour avoir manqué à leur premier
engagement.
Elki ioni dignes de condamnation. Xon-seulement aux yeux des hommes, à cause de leur inconstance et de leur légèreté, comme l'explique Ducer, mais encore devant Bieu, qui condamne leur conduite, et la juge digne de châtiment. Car, ni le texte ^tecîxorjsixt xpî/xa , ni le latin hahentes damnationem ^ n'ont point d'autre sens, surtout dans saint Paul , comme il parait dans ces endroits. Rom, 3. 8. quorum damnatio,ro xpi/za , justa est , ad Rom, 1*3. 2. ipsi sibi damnationem : xpi/i» , acquirunt. £t ce sens est si incontestable , que Bèze et Calvin n'ont pu s'empêcher de le reconnaître. — Pour woir manqué à leur premier engagement.t-iiv n/i&rriv nlçiv , primam fidem. Luther, de «otf* Monast. in fine , explique cela de la foi chrétienne , que ces jeunes veuves perdaient en apostasiant, pour se marier plus sûrement; quam, ut securiûs nuherent , ^egaverunt, fflais cette explication est insoutenable. Car si ces jeunes veuves n'avaient pas fait le vcbu de continence , comme Luther le prétend , il n'était pas nécessaire qu'elles abjurassent le christianisme pour passer aux secondes noces , qui leur étaient
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qu'elles manquent â leur premier engagement. Or, dans le baptême, elles n'avaient pas promis de ne se point. remarier. Il n'est donc pas ici question de la promesse qu'elles avaient faite dans leur baptême. Si après la mort de leur premier mari, elles avaient vécii dans l'incontinence, elles ne seraient plus dignes de condamnation , pour vouloir >e marier une seconde fois : elles seraient au contraire dignes de louanges , pour vouloir changer de vie, et mettre par-lâ fin à leurs désordres. Cependant l'apôtre ne dit pas qu'elles ont été , mais qu'elles sont dignes de condamnation, en voulant se marier : ^uherexolunt , hahentes damnationem. Enfin , Calvin est obligé d'avouer que ces jeunes veuves avaient prorois à l'Eglise une continence perpétuelle, et que c'est pour ne pouvoir soufiPrlr l'opproljre et le mépris . que les fidèles attachaient à leur inconstance , quelle al^uraieiit le Cbiistianisme : JUalèeas hahébat, prdbrosam esse suam levitalein ^dpios. C'était doue au moins un opprobre du temps de saint Paul, de manquer à I engagement d'une continence perpt^tuelle , qu'on avait contracté a la face de l'Eglise : ^ c'est cependant é rompre et à faire rompre cet engagement, que les chefs des protestants ont mis toute leur gloire. Mais venons é l'explication de notre texte. Le pre^ ^ter engugemewt dont pavle l'apétre, dW autre chose que la promesse faite A Dieu de vivredansla continence perpétuelle. Car puisqu'il dit que les jeunes veuves qui veulent *e remarier, manquent é cet engagement , il s'ensuit évidemment qu'il parle de l'en- SBgenyent d'une eontlnenœ perpétuelle, qui est le seul qui puisse «tre rompu par les "fondes hoces. C'est ainsi que l'a eoteBdu le quatrième concile de Cartha|;e, composé ^ <loitt eent ^n^toi-ieévêques , parni'i <le8quels jetait seictt A^ugustin , et c'est ainsi que E^u^ralttinent toos les Pères greos et Itftins l'oift toiriours entendue. Ou se contente de 'apporter ici ;|\explictftion de saint Augustin. Quid est, dit-il, m Ps. 75. num, 16. ^'^Maiii fH^m itrHmn feeerutU ? Voverunt , ^ non redàideruni, Nemo ergà
308 I. EPITRE DE S. PAUL k TIMOTHEE.
potUut in monasterio frater dicat : recedo de mona$terio, Neque enim toli qui sunt m manatterio, perventuri sunt ad regnum cœloi'um; et illiqui ibi non sunl, ad Deum non pertinent. JRetpondetur ei : sed iHi non voverunt : tu vovisti , tu retrà retpexitii. Vuilà ce qu'on aurait pu répondre à Luther, et à tou« les moines apostats, qui furent lei premiers apôtres de la nouvelle réforme. Tous ces nouveaux prédicauts, pour couvrir l'opprobre de leur apostasie , publiaient que le vœu de continence était insensé, parce qu'il était impossible. On aurait pu encore leur dire , avec le même Pt^re, au même endroit. Non sHi$ pigH ad vovendum : non enim viribut vettris implebiiis, Deficielit, si de vobis prœsumitis : si aulem de illo eui vovislis ; vovete , seeuri reddetis,
13. Simul autcm ei otioss discunt 13. D'ailleurs, vivant dans l'oisivelé, circuire domos ; non solùm otios» , elles se font une habitude d'aller de maised el verbosœ et curioss , loquentes son en maison ; et non-seulement elles quas non oportet. sont oisives , mais encore causeuses et
curieuses , parlant de choses dont elles ne doivent point parler.
14. Volo ergô juniores nubere , 14. Je suis donc d'avis que celles qui filios procreare , malresfamilias esse sont jeunes, se marient , qu'elles soient nullam occasionem dare adversario des mères de famille, qu'elles ne donnent maledicti gratiâ. à l'ennemi aucune occasion de médisance.
Je suis donc d'atis que celles qui sont jeunes ^ se marient. L'apôtre parle icidesjeunei veuves, qui n*ont pas fait vœu de continence. Car si elles avaient déjà pris un engagement avec Dieu , il ne leur conseillerait certainement pas de le rompre, puisqu'il vient de dire qu'en le rompant, elles mériteraient la condamnation. Ce n est pas non plus un précepte que l'apôtre fait ici à toutes les jeunes veuves, comme saint Jérôme, saint Chryso«tômc et saint Ambroise l'ont remarqué. Car il détruirait par Id ce qu'il avait ditt CoTf 7, en parlant des veuves : Beatiorerit^ si sic permanserit. Il parie donc, coronie il parait parla suite, de celles qui étant libres , vivaient dans l'incontinence, et il leur conseille le mariage, comme uo remède permis. Proindè ^ dit saint Augustin, l. ds Bono Vid. e. 8. qui se non continent, nubant, antequàm continentiam profiteontur , antequàm Deo voveant; quod nisi reddant, jure damnanlur. — Quelles ne donnenl à l'ennemi j etc. Quelques-uns entendent le démon : mais il est plus naturel d'enteudre les Juifs ou les gentils , qui prenaient occasion des fautes qu'ils remarquaient dam quelques chrétiens , pour décrier le christianisme. C'est dans ce sens qu'il dit ailleurs, Tit. 2. 8. Ut is quis ex adverso est vereatur, n^il habens malum dicere de nohis.
15. Jam enim qusdam convers» Itf. Car déjà quelques-unes, retouroaDl sunt rétro Satanam. en arrière , ont suivi Satan. ^
16. Si quis fidelis habet viduas , 16. Si quelque fidèle a des veuves qui subministret illis , et non gravetur lui appartiennent , qu'il fournisse à'jeurs Ecclcsia ; ut ils , quœ vere vidus besoins , et que l'Eglise n'en soit 'point sunt sufficiat. chargée ; afin qu'elle ait de quoi entretenir
celles qui sont véritablement veuves.
Si quelque fidèle. Il y a dans le grec ordinaire, ïirii ntçbç ^ Trcçyi. Si quis , aufit qua fidelis. Mais l'ancien manuscrit d'Alexandrie , et ceux du marquis de Yelez sont conformes d la Vuigate.
17. Qui benè prssunt presbyteri , 17. Que les prêtres qui se conduisent duplici honore digni habeantur ; bien dans le gouvernement qu'ils ont, maxime qui laborant in verbo et doc- soient regardés comme des gens qui roétrinâ. ritent une double reconnaissance ; surtout
ceux qui prêchent et instruisent.
Que les prêtres qui se conduisent bien dans le gouvernement , ete. Ce n'est pas seulement des prêtres dont il est ici question , mais encore des évêques : car c'est eux priR* cîpalemcnt qui ont le gouvernement de l'Eglise, et nous avons déjà remarqué quels nom de prêtres était souvent donné aux évêques. — Soient regardés comme desgtni qui méritent une double reconnaissance iinX^^t rift^t âÇcoûffduaav, duplici honora digni habeantur, qu'il soient doublement honorés. C'est ainsi que TËcriture a coutume de nommer ce qu'on fournit à des personnes respectables par leur vertu et par leuri emplois pour leur entretien et leur subsistance , et c'est ce que nous appelons encors aujourd'hui honoraire Par ce double honneur, quelques-una entendent le respect, et
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ce qui est nécessaire pour subsister. D'autres croient que l'apôtre, ayant dit ci-dessus qu'il fallait hondrer les veu\es, c'est-à-dire leur fournir la subsistance nécessaire, ajoute ici qu'il en faut donner le double aux pasteurs. Mais ce mot double, signifie ordinairement dans l'Ecriture, abondant, comme il parait par ces endroits, 4. JReg, 2. 9. SU in me ipiriius iuut duplex. Isa. 40. 2. Suscepit de manu Domini duplieia. Jerem. 17. 18. Duplici contritione conter e eof. L'apôtre marque donc ici seulement qu'où est obligé de fournir abondamment aux ministres de l'Evangile ce qui leur est uécessaire pour subsister honnêtement.
18. Dicitenim Scriptura : Non alli- 18. Car TEcriture dit : vous ne lierez gabis os bovi trituranti ; et , dignus point la bouche au bœuf qui foule le estoperarius mercede suâ (1). grain ; et , l'ouvrier mérite son salaire.
19. Adverses presbyterum accusa- 19. Ne recevez point d'accusation contre tionem noli recipere; nisi sub duobus un prêtre, que sur le témoignage de deux aut tribus testibus. ou trois personnes.
Ne recevez point d'aeeutation contre un prêtre, etc. Il s'ensuit évidemment de là que Timothée avait un tribunal où il pouvait juger les coupables. S. Epiph. ITcpr. 75. en conclut encore que les évéques sont supérieurs aux prêtres, Théodoret même prétend que, sous le uora de prêtres, sont ici compris les évéques et les simples prêtres. £o effet, comme 1« remarque saint Chrysostôme , Timothée, évêque d'Ëphèse , était le métropolitain de toutes les Eglises d'Asie, et pouvait en cette qualité juger les causes, non-seulement des prêtres, mais encore des évéques de sa province. La loi, Deuter. 17. 6., défendait de condamner qui que ce fût, que sur le témoignage au moins de deux personnes. Il semble donc que saint Paul ne dise rien ici en faveur des prêtres, qui ne doive s'observer à l'égard de tous les autres. Uais , comme saint Chrysostôme a remarqué, l'apôtre n'ordonne pas simplement à Timothée de ne pas condamner un prêtre, mais de ne pas même recevoir d'accusation contre lui, sans le témoignage de deux personnes : privilège dont les autres ne jouissent pas.
20. Peccantes coram omnibus ar- 20. Ceux qui ont commis quelque goe ; Qt et ceteri tiraorem habeant. crime , reprenez-les devant tout le monde ,
aûn que les autres mêmes en soient intimidés.
Ceux qui ont commis quelque crime, reprenez-les deeemi tout le monde. Cela ne combat pas le précepte de la correction fraternelle, que Jésus-Christ ordonne de faire en particulier Car la correction fraternelle regarde des péchés secrets, et il s'agit ici de crimes pub'ics. La charité exige \a première voie de correction, et la justice la seconde, comme Tenseigne saint Thomas après saint \ugustin.
21. Testor coram Deo et Christo 21. Je vous conjure en la présence de Jesu , et electis angelis , ut haec eus- Dieu , Jésus-Christ Notre-Seigneur , et des todlas sine prsjudicio, nihil faciens anges élus, d'observer ces choses, sans in alleram partem declinando. vous préoccuper , et sans rien faire par inclination pour aucun parti.
D'observer ces choses sans vous préoccuper. Quelques interprètes ont cru que cm chotet devaient s'entendre de tous les préceptes que Tapôtre a donnés ci-dessus à Timothée : mais il est plus naturel de les rapporter à ce qui précède immédiatement touchant les jugements ecclésiastiques. Il lui commande donc de s'acquitter de cette impertaRte fonction , sans aucun préjugé, et en tenant la balance dans un juste équi* libre, sans la laisser pencher plutôt d'uu côté que de l'autre. Car c'est là ce que signi* fient ces mots , /lyiiù ii«(£»y , xarâ itpévxXivtv , nihii faciens in alteram partem d&Uinanio,
22. Maons citô neinini împosueris , 22. N'imposez pas aisémeot les mains Deque commuoicaveris peccatis alie- h personne, et ne participez point aux pénis. Teipsum castum custodi* chés d'autrui. Conservez-vous vous-même
sans tache.
N'imposez pas aisément les mains à personne. Tous les Pères entendent par là l'ordination. L'apôfre prescrit donc à Timothée de n'ordonner qui que ce soit, qu'après
i\l Deut. 25. 4. - l. Cor. 9. 9. - Malth, 10. 10. - Luc. 10. 7.
SÎO I. ËPITRE D£ S. PAUL A TIMOTIIëE.
l'avoir bien éprouvé , et s'être sujfi.sariiinent assuré de ses mœurs et de sa capacité , de peur qu'en recevant a fordination des personnes qui n'ont pas les qualités nécessaires, il ne se rende par là coupable des péchés et des abus où tomberont ces indignes sujeU dans l'exercice de leur ministère. Non enim levé peccalum ett^ dit saint Jérôme, /. 16. m Isai. 58 , mittere margarita» ante porcos , et Sanctum dare canibus ; et ordinalionem dericaletn nequaquàm sanclis , et in lege Dei doctitsimis , sed asseclis suis Iribuere, et viliam officiorum ministris; quodque his dedecorosius est, muliercularum precihus,
23. Noli adhucaquam bibere; sed 2.{. Que l'eau ne soit plus votre boismodico vino utere , propter sioma- son; mais usez d'un peu de vin, à cause chuin luum , et fréquentes tuas iuGr- de votre estomac et de vos inGrmités frémir aies, quentes.
24. Quorumdam hominum piccata 24. Les crimes de quelques personnes manifesta sunt , praecedentia ad judi- sont si connus , qu'ils préviennent le jugecium i quosdam autem et subsequun- ment ; mais ceux de quelques autres se tur. connaissent dans la suite.
Les erimes de quelques personnes sont si connus , qu'ils préviennent le jugement, ele. On ne découvre point d'abord la liaison que ce verset et ie suivant ont avec ce qui précède. Saint Basile , {t& de Virgin , Prima.se et Théopbylacte expliquant ainsi cet endroit : Il y en a qui pèchent seuls , et les péchés de ceux-là les précèdent au jugement de Dieu. Mais il y en a d'autres qui donnent à leurs frères des occasions de pécher, comme sont tous les hérétiques qui séduisent les.Bdèles , et les entraînent dans Terreur : et ceux-ci ont non-seulement des péchés qui les précèdent au jugement de Dieu , mais encore d'autres qui les y suivent ; parce que tous les péchés que commettent après leur mort les personnes qu'ils ont séduites, leur sont imputés. II en faut dire autant des bonnes œuvres. Tout cela est très-vrai ; mais il ne parait pas que ce soit là le sens de l'apôtre. 11 est plus naturel de rapporter les paroles dont il s'agit nu verset 22. et de renfermer le 23 dans une parenthèse. Saint Paul avait averti Timolhée de ne pas conférer les ordres sacrés avec précipitation , de peur de participer aux péchés d'aulrui. Pour éclaircir davantage cette matière, il ajoute ici que la précaution qu'il exige de lui, n'est pas égale pour tout le monde. Car il y en a, dit-il, dopt les crimes sont si publics, qu'ils ne peuvent manquer d'arriver à votre connaissance , avant le jugement que vous devez porter de leur conduite. De même , il y eu a dont la vertu est si éclatante, que vous n'avez besoin d'aucune recherche pour la connaître, et vous ne pouvex trop tôt admettre ceux-ci, et rejeter ceux-là. Mais il en est d'autres qui cachent leun crimes, et d'autres dont la vertu est cachée et ensevelie dans l'obscurité. Ceux-là ne s'annoncent pas d'eux-mêmes pour ce qu'ils sont , et vous ne pouvez bien les connaître qu'après une exacte recherche. C'est donc dans cette occasion que vous devez employer tous vos soins, pour connaître la vérité.
25. Similiter et facta bona mani- 25. De même il y a de bonnes actions festa sunt; et quas aliter se habent , qui sont connues de tout le monde; et abscondi non possunt. celles qui ne le sont pas , ne sauraient
demeurer cachées.