CHAPITRE V
II apprend à Timothée comment il doit gouverner les vieillards, les femmes avancées en âge , les jennes filles , et outre cela les venves , tant les vieilles que les jeunes : quelles mi les conditions requises pour une veuve qu'on élit : que les prêtres qui font bien leur devoir , méritent une double reconnaissance. Il ne veut pas qu'il reçoive facilement d'accasatioD contre un prêtre ; mais qu'il reprenne devant tout le monde ceux qui ont commis qaeiqae crime : qu'il garde ces instructions , et n'impose pas aisément les mains à personne : qu'il use d'un peu de vin. Il parle de différents pécbés où tombent les hommes.
1. Seniorem ne increpaverîs , sed 1. Ne reprenez point durement un obsecra ut patrero ; juvenes, ut fra- homme avancé en âge ; mais que ce soit en très : le priant , comme s'il était votre père : les
jeunes gens , traitez-les comme vos frères;
JVe reprenez point durement un homme avancé en âge. En grec, vpitx^iirtpo^ t preshyterum, ce qui ne signifie pas ici la dignité de prêlre, mais une personne avancée en âge , comme l'a remarqué saint Cbrysostôme , et comme il parait évidemment par la suite, où le terme Juvenes est opposé à seniorem^ ou presbyterum. Cependant saint Kpiphune , Hœr. 75, se sert de ce passage pour prouver contre Aetiusque les évéques sont de droit divin supérieurs aux prêtres. Mais les saints Pères , en accablant les Wrê'
CRÂriTRE T. S05
tiqofes d'une foule de preoTes , en laissent quelquefois échapper qui ne fonf pas toutà-fait 61 coaTaincantes , mais qui servent au moins é faire voir les dogmes qu*ils veulent prouver.
2.Unus, ut maires; juvenculas, 2. Les femmes Agées , comme on traite ut sorores in omni castitate. des mères ; les jeunes personnes , comme
\os sœurs, sans blesser en rien la pureté. '^ 3,,Viduas honora » qus \erè viduœ 3. Ayez soin des veuves , qui sont vérisuDl. tablement veuvea.
Ayex goin des veuves qui sont véritablement veuves. C'est-à-dire qui sont véritablement désolées , comme porte 1 etymologie de leur nom , auquel l'apôtre fait ici allusion ; qui qui n'ont aucun appui , ni aucun secours pour subsister. L'Eglise avait soin de ces sortes de leuves , et les entretenait des aumânes que fournissaient fes fidèles. C'est ce que i'apôtre signifie par ce terme honora, qui a aussi très-souvent cette même signification dans rEcritore.
4. SI qua autem vidua filios , aut 4, Que si quelque veuvB a des enfants ou
Dépotes habet, discat primiira domum des petits- fils , qu'avant toutes choses elle
suam regere , et mutuam vicem red- apprenne à bien gouverner sa famille et à
dere parentibus : hoc enim acceptum rendre le réciproque à son père et à sa mère:
€si coram Deo. car cela est agréable aux yeux de Dieu.
Qu'avant toutes choses , elle apprenne à bien gouverner sa famille. Si une veuve a des enfants, ou des petits-fils, qu elle commence par apprendre à les bien former à la piété. C'est la force du mot grec juff£)Ss(v, que Tapôtre prend ici dans la signification active. Si ses père et mère sont encore en vie, qu'elle reconnaisse par le soin de leur personne l'éducation qu'elle en a reçue : ou , s'ils sont déjà morts , qu'elle s'acquitte de cette obligation , en faisant pour ses enfants ou ses petits-fih , ce que ses pà-e et mère ont fait pour elle , mutuam vicem reddere parentibus. Il y a dans le grec ordinaire, /lavdav^TUffav , discaiU : ce qui peut se rapporter aux enfants, et former ce sens : si quelque veuve a des enfants, qu'ils apprennent par vos instructions à bien gouverner leur famille^ et à reconnaître ce qu'ils doivent à leurs parents Mais il parait évident queoe précepte regarde les veuves, et non pas les enfants. Car si une veuve u des enfants, ou des petits-fils^ n'est-il pas manifeste que c'est à elle à élever cette famille, et non pas aux eufaofs ou aux petits-fils A gouverner la maison ? Aussi plusieurs bons manuscrits portent ftavdavsrfii}, discat, conformément a la Vulgate :et saint Chrysostôme, <iuia lu /Aav6avira>cav , l'explique cependant des veuves, comme nous avons fait, eu supposant que l'apôtre passe du singulier au pluriel, comme il est assez ordinaire dans ces noms collectifs.
8. Qa» autem verè vidua est et de- 5. Mais celle qui est véritablement veuve solata , speret in Deum, et Instet obse- et délaissée , qu'elle mette son espérance crationibus et orationibus nocte ac die. en Dieu , et qu'elle passe constaronrient les
jours et les nuits en prières et en oraison.
6. Kamqu» in deliciis est, vivens 6. Car celle qui est dans les plaisirs,
mortua est. c'est une pe^rsonne morte , toute vivante
qu'elle est.
Ce$t une personne morte ^ toute vivante qu'elle est. La veuve qui est dans le luxe et les délices, est vivante aux yeux des hommes; mais elle est morte aux yeux de Dieu , ■uivant cette autre sentence de l'Apocalypse, c. 3. Nomen hàbes quodvivas, et mortuuses, /
7. Et hoc prscipe » ut irreprehen- 7. Donnez-leur encore cet avis-ci , afin siblles sint. que leur conduite soit irréprochable.
Donnez-leur encore cet avis-ci. Ces paroles , et hoc prœeipe , pourraient aussi avoir ce sens; et voilà ce que vous leur devez prescrire. Alors on rapporterait avec saint Chrysostôme le pronom hoc à ce qui précède, en cette sorte : vous devez leur commander de vivre dans la retraite, de vaquer à la prière, d'éviter le luxe et la bonne chère, afin qu'elles vivent sans reproche, ut sint irreprehensibiles.
S« 8i quis aiitem suorum , et 8. Que si quelqu'un n'a pas soin des
jnaiimè I domesticorum curam non siens, et particulièrement de ceux qui
Jabet, fidem negavit , et est infideli sont dans sa maison, il a renoncé à la foi ,
^^^'m, et il est pire qu'un infidèle.
306 I. EPITRE DE S. VAVh X TIMOTUEE.
Que ti quelqu'un n'a pat lotn- det tient, èiUrtç, Ce pmnoin est masculiii et féminia tout à la fois : c'est pourquoi quelques-uns traduisent ti quù , et d'autres *i qua, eu le faisant rapporter aux veuves dont il est ici question. 11 parait plus naturel dédira avec Faint Jean Ghrysostôme , que c'est ici une sentence générale et indéfinie, doot l'apôtre se sert pour prouver ce qu'il a dit de Tobligation qu'ont les veuves de bieo gouverner leur maison. Il n'y a donc encore nulle nécessité d'abandonner ici la Yulgate, comme ont fait Erasme , et plusieurs autres interprètes, tant protestants que catholiques. — Si quelqu'un n'a pat tmn det ri&^t, et partieuliêremt^ de teux qui Mont dont ta maiton. râv t^^uv, xal fiâXtara r&v àtxétuv , tuorum, el maxime domet' iicorum. 11 est assez difficile de marquer la différence qu'on doit melbe entreces deux termes. Quelques-uns croient, après Tbéopby lacté, que le moi dometiici signifie ici ceux qui ont embrassé la foi , suivant cet autre endroit, Gai, 6. 10, Operemnr honum ad omnet , maxime autem ad dmnettieot fidei. £ii suivant cette interprétation , il faut dire que Tapôtre recommande i<n qu'on* ait soin de ses parents, et surtout de ceux qui font profession du christianisme. Il paraît plus naturel d'entendre ^r le» tiens t tous ceux qui nous sont liés par le sang; et par domettieorum , ceux qui demeurent dans la même maison , et composent la famille, comme sont les enfants et les domestiques. — // a renoncé à la foi, non pas par ses paroles, mais par sa conduite; contredisait par ses actions le curistianisme qu'il professe de bouche, et donnant lieu aux infidèles de s'en éloigner. L'apôtre ajoute qu'ueff pire qu'un infidèle, parce que l'infidèle, avec le seul secours de la nature, ne laisse pas assez souvent de s'acquitter de re devoir , pendant que les chrétiens le négligent, tout éclairés qu'ils «ont des lumières de la foi. Le chrétien , dit saint Cbrysostônie, viole toat é ta fois, «l la 4oi de la ns' ture, et celle de Dieu qui l^i est cûnnFiie, il est donc en cela pire q-u'un infidèle.
9. Vidua eligatur non minus sexa^ 9. Qu'on n'élise point de T«uve, qui g^ta annorum , qu» fuerit unius viri n'aii au moin^ soixante ans ; qu'elle n'ait uxor, eu qu'un mari,
Qu'on n' élite point -de veuve, qui n'oit au moint toixante ont. Il y avait des veuves, dépourvues de tout secours , qui étaient nourries aux dépens de l'EgKse, dont il a été parlé au verset 3. Il y en avait d'antres , qui avaient do bien , ou qui pouvaient tuer da secours de leurs parents, dont il sera fait mention au verset 16. Ce u^st ni des anei ni des autres, que parle ici l'apôtre. Mais il parle de certafines muves plus distinguées, qui étant employées au service de l'Eglise, et nourries à ses dépens, composaient uae espèce de comuiunaiUé sous la direction de l'évéque. EUes foisaieni vœu deconti*^ nence, comme nous le dirons dans la suite, et avaient soin de cradnvre les autres veuves chrétiennes, de les ini^ruire, et de leur distribuer les aumônes de i'I^lise. En un mot , elles tenaient dans l'Eglise la place que les diaconesses y oooupèrent depais. On ne peut guère douter que -ce ne soit de celte ■dernière espèce de veuves, que parle ici saint Paul. Car il n'est pas croyable que tes veuves ordinaires ne reçussent leur subsistance de l'Elglise, qu'après avoir passé par toutes les épreuves marquées au verset suivant. U est encore moins probable que ce secours leur fût refusé, supposé qu'elles eussent épousé successivement deux maris. — Qu'elle n'ait eu qu'un mari. Cela signifie évidemment que la veuve qu'on élit, doit n'avoir jamais été mariée qu'une seule fois. Mais Bèze, qui ne peut reconnaître dans les secondes noces le moindre signe d'inoontineuce, entend par une femme qui n'a eu qu'un mar t, celle qui, du vivant de son légitime époux , ne s'est point attachée à d'autres, c^est-^-dire qui n'a point vécn dans l'adultère. C'est là visiblement faire violence uu texte deisaint Paul : et cette explication de Bèze est non-seulement contraire -à tous les Pëiies grecs et latius , UMiii encore à Calvin et aux plus habiles interprètes protestants.
10. Al «petibas bonis leBlInreniuin 10. Que ses bonnes œuvres rendeflt téhabens , si fîljos educavit , si hospitio moignage d'elle, si elle a bien élevé ses recepit , si sanctorutn pedes lavit , si enfants , si elle a exercé rhospilalité , si tribulationem patientibus subttiinis- elle a lavé les pieds aux saiints , si elle a travit', s! omne opus bonum subse- fourni au besoin des misérables, si eBe a ruta est. recherché l'occasion de faire toute sorte
~ de bonnes œuvres.
11. Adotescentiores «otera vidtias ll^ Ponr les jeunes veuves, gardezdevita. Cùm enim luxiiriatae fuerint vous de ies élire. Car «prés avoir mené in €hristo , nufoere voluat y une vie molle dans le «ervice de Jésus- Christ , elles veulent se marier»