CHAPITRE VI
De peur qu'an ne hfasfhâme contre le Nom du Seigneur et contre sa doctrine. Il y avait alors de» esclavps, qui, interprétant faussemeiit !u liberté chrétienne , se croyaient affranchis en tout sens jet qui suus prétexte que Jésus-Christ les avait mis en liberté, refusaient de servir les maîtres, à qui la divine providence les avait assujettis. C'est ce même esprit qui, au corotnencement de la nouvelle réforme, porta les paysans d'Allemagne, instruits des principes de Luther, à se révolter contre leurs maîtres, et à remplir tout lerapire de sang et de carnage. Or rien n'était plus capable de décréditer la religion chrétienne , que cette conduite des esclaves chrétiens. C'est pourquoi saint Paul s'applique si souvent dans ses épîtres, à leur remettre devant les yeux l'indispensable obligation où ils sont de servir fidèlement leurs maîtres.
2. Qui autem fidèles habent domi- 2. Il^lais ceux qui ont des fidèles pour nos. non contemoant , quia fratres maîtres, qu'ils ne les méprisent pas , sur sunt : sed magis seryiant , quia fide- ce que ce sont leurs frères. Au contraire , les sunt et dilecti , qui beneficii parti* qu'ils les en servent mieux , par la raison cipes sunt. Hsc doce , el exhortare. que ce sont des fidèles et des personnes
chères , qui ont part à la même grâce. Instruisez'les de ces choses , et eihortezles à s'en acquitter.
Sur ce que ce sont leurs frères. Sur ce qu'ils sont leurs frères en Jésus-Christ par le baptêine, qui les rend égaux dans ta religion ; mais qui ne met pas pour cela d'égalité dans tout le reste Ce n'était donc pas une raison aux esclaves chrétiens de refuser l'obéissance a leurs maîtres , que de les avoir pour frères en Jésus-Christ : c'était au contraire une raison de le» servir avec plus d'affection et de fidélité, comme apparlevant de plus près à leur commun maître.
3. Si qois aliter docet , et non ac- 3. Si quelqu'un enseigne autre chose , quiescit sanis sermonibus Domini et n'acquiesce pas aux paroles salutaires nostriJesu Cbristi , et ei qus secun- de Jésus-Christ Notre -Seigneur, et à la dura pietatem est doctrinœ ; doctrine qui s'accorde avec la piété ;
4. Superbus est , nihil sciens , sed 4. C'est un superbe qui ne sait rien , languens circa quxstiones , et pugnas et qui est assez faible pour s'amuser à des verborum , ex quibus oriuntur invi- chicanes el à des disputes de mots , d'où dia; , contentiones , blasphemiœ , sus- naissent les jalousies , les querelles , les piciones mal» , médisances , les soupçons désavantageux ,
Cett un superhe , qui ne sait rien. L'apôtre désigne encore ici les simoniens, les gnostiques, et les autres hérétiques qui infectèrent le christianisme naissant de leurs labiés et de leurs rêveries. Au reste, le caractère que saint Paul fait ici des premiers hérétiques, convient é tous ceux qut les ont suivis. Tout hérétique est un superbe ^ eufléde ses propres lumières , et plein de mépris pour tous les autres. Mais c'est un 'aperbe qui ne sait rien de ce qu'il devrait savoir, et de ce qu'il se vante de mieux posséder, c'est-à-dire, de la religion, parce qu'il a quitté rË<;li8e, dans laquelle seule il aurait pu l'apprendre. Et comme l'hérétique n'a plus de règle de ses sentiments MuesoQ esprit particulier, de là vient qu'on n'en trouve presque point qui pensent précisément la même chose en fait de religion , ce qui fait naître entre eux les jalousies f les querelles , les médisances, les soupçons désavantageux. C'est ce qu'on remarqua dès le commencement de la nouvelle réforme, où l'on vit les luthériens, les anabaptistes, les zwinglicns, qui convenaient tous que l'Ecriture disait clairement tout ce qu'il fallait croire; on les vit, dis-je , se déclarer la guerre , et se traiter ^ipruquement d'hérétiques, d'imposteurs, d'antechrists. Cependant Calvin , Bèie , et les autres qui les copient , croient que l'apôtre dépeint ici et réprouve la théologie tiçbulastique. Il faut que cette science soit bien utile à l'Eglise , puisque tous les hérétiques conspirent si unanimement à la détester.
5. Conflictationes hominum mente 5. Les vaines occupations de gens qui (^orrupioTum , et qui veritate privati ont l'esprit gâté , qui ne connaissent point suQt, eiistimantium qusstum esse la vérité, qui regardent la piété comme pietatem. un moyen de gagner du bien.
Qui regardent la piété comme un moyen de gagner du lien. Qui se servent des apparences extérieures de la piété pour s'enrichir. Après ces mois, on lit dans le grec ordinaire, àféçoLoo àno tâv toïovtwv , discede ah eis qui sunt ejusmodi. Mais Grotius
812 I. EPITOE DE S. PAUL A TIIIOTHFE.
remarque que cela ne se trouve point dans un trèw-bnn manuEcrit, hoc non eslin manutcriplo optimo. Il parle du mauuscrit d'Alexandrie. Il ajoute que ces parole* ne le lisent pas non plus dans plusieurs autres manuscrits, et que cette addition a été faite mal-à-propos, quoique Bèie la juge nécessaire. Grotius aurait encore pu ajouter que saint Augustin, Primase, et la plupart des latins n*ont point trouvé non pluscfi paroles dans leurs manuscrits : ce qui confirme de plus en plus la leçon de la Vulgate.
6. Est autem qusstus magnus» 6. Au contraire, c'est ud grand gain pietas cum suffîcientiâ. que la piété , quand on est content de ce
qu'en a.
Après tout f c'est un grand gain que la piété. C'est comme si l'apôtre disait : Quoique je condamne les hérétiques qui font un trafic honteux de la piété , il ne faat point conclure de là qu'il n'y ait aucun gain à pratiquer la vertu. Au contraire, les avantages que nous en retirons dès cette vie , sont très-grands ; et un des plus considérables, c'est que sans nous laisser rien désirer, elle nous rend contents de ce que nous possédons. C/est ce que saint Paul avait éprouvé lui-même , lorsqu'il écrivait aux Philippiens c. 4. Ego didici in quihus sum sufficiens esse, Seio humiliari , sdo et àbundore. Or c'est être véritablement riche , que de ne ri^n souhaiter ; comme c'est être véritablement pauvre, que de n'être jamais content , 6ui\ant ce vers d'Ausone.
Quis divet ? Qui nihil capiet. Qais pauper F Avarut.
7. Nihil enim intulimus in hune 7. Aussi n'avons- nous rien apporté en Riundum : faaud dubium quôd nec ce monde : et il est certain que nous ne auferre quid possumus (1). pouvons non plus en rien emporter.
8. Habentes autem alimenta, et 8. Ainsi, aès que nous avons de qaoi quibus tegamur, bis contenti su- vivre et de quoi nous couvrir, c'en est assez mus {%), pour nous.
9. Nam qui volunt divites fieri » in- 9. Car ceux qui veulent s'enrichir tomcidunt in tentatiouem , et in laqucum bent dans la tentation , dans les pièges du diaboli , et desideria multa inutilia et démon , et dans plusieurs désirs frivoles nociva , quœ mergunt homines in in- et nuisibles , qui plongent les hommes en terilum et perditionem : un abîme de malheurs et de perditioo :
Car ceux qui veulent s'enrichir, etc. Théodoret remarque que l'apôtre se dit pas, ceux qui sont riches, et qui fout un bon usage de leurs richesses, mais ceux qui veulent s'enrichir, qui ont un désir insatiable d'accumuler des richesses : ce sont ceux-là qui tombent dans la tentation, dans les pièges du démon, et dans plusieurs désin frivoles, H y a dans le grec ordinaire, iittBu/jil«i rroA^àg àvoi^rous , desideria multa, insana , amentia. Il faut que rinter;trète latin ait lu dans ses manuscrits cevom^rovs , inutilia ; et Grotius rapporte ainsi le texte grec , quoiqu'il ne marque point qu'il l'ait trouvé dans aucun manuscrit. Au reste , saint Cyprien , saint Augustin , Primase lisciit inutilia ^ comme dans la Vulgate.
10. Radix enim omnium malorum 10. Parce que la convoitise est la racine est cupiditas , quam quidam appe- de toute sorte de maux : et quelques-uns tentes erraverunt à fide , et inserue- s'y laissant aller , se sont écartés de la foi , runt se doloribus multis. et se sont attiré bien des chagrins.
Parce que la convoitise est la racine de toutes sortes de maux, La suite du discours fait voir que ce mot de convoitise ne se prend pas ici dans toute l'étendue que lui donne quelquefois saint Augustin, et qu'on doit la restreindre à la seule convoitise des richesses. C'est de quoi le mot grec filxpyvpla ne permet pas de douter. Cette convoitise est donc la racine de tous les maux; parce qu'un homme qui en est possédé, sacrifie tout pour la satisfaire : Nihil est iniquius, qudm amare pecuniam : hic enim ettMimam Muam venalem habet. Eccli. 20. 9. Les païens mêmes u'ont pas ignoré cette vérité. Bion,au rapport deLaërce, appelait cette convoitise , xa/.ia$ /x^rpé^oAcv, la métropole de toute méchanceté. Saint Thomas remarque encore que cette convoitise est la racine de tous les maux , parce que c'est elle qui fournit l'aliment à tous les vices. Videmus enim qudd per divitiai homo acquirit facultatem perpetrandi quodeumque peccatum,
( 1 ) Job. 1. 21 . - Eccle. 5. 14. — (2) Prov. 27. 26.