‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 186 sur 364 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

II reod grâces à Dieu de la foi de Timothée, doul il veut que ee disciple donne des preuves en préchant arec intrépidité. Jésus-Christ a détruit la mort , et a choisi Paul pour être le docteur des gentils , lui réseryant la récompense due à ses travaux. Il dit que tous ceux qoi sont en Asie Tout abandonné, et loue la famille d'Onésiphore , parce qu'il en a reçu plosienrsbons offices.

1. PAULUs»apostolus JesuChristi, 1. Paul, apôtre de Jésus-Christ par per voluntatem Dei , secundùm pro- l'ordre de Dieu , conformément h la promissioDem vit» , quœ est in Christo messe qui a été faite de la vie qui est eu «su : Jésus-Christ :

Conformément à la promesse qui a été faite de la vie qui est en JésuS'Christ, C'est-àdire de la Tie éternelle que nous attendons par le mérite de Jésus-Christ. Saint Paul marque ici le but de son apostolat, comme s'il disait : Dieu , par un pur effet de sa bonne volonté , et sans avoir égard à mes mérites , m'a établi apôÔ'e pour annoncer a tous les hommes la vie éternelle qu'il ieuf a promise , et qu'ils doivent attendre par les mérites de Jésus- Christ.

2. Timotheo charissimo filio , gra- 2. A Timothée son très-cher fils , la tia, misericordia } pax à Deo Pâtre» grâce, la miséricorde» et la paix de la part et Christo Jesu Domino nostro. de Dieu le Père , et de Jésus-Christ Notre-

Seigneur.

(!) Saiat Paul continue dans cette épitre de donner à Timothée des préceptes capables de former un partait évéque. Il répète mémo une partie de ceux qu'il avait donnés dans la première : ce qui fait lue nous nous arrêterons moins • les expliquer. Il est certain que cette lettre a été écrite de Rome : D>ai»il n'est pas si aisé de déterminer dans quel temps. Plusieurs croient qu'elle a été écrite la dernière ae toutes , et peu de temps avant le martyre de saint Paul. Ce sentiment est fondé sur ce que dit

apôtre au chap. 4. ▼. 6. Eco snia jav nxuBoa , bt tbwds bxsolvtioiiis mzm ihstat , btc. Paroles qui paraissent en effet marquer que saint Paul se regardait comme assuré d'une mort prochaine , et comme ^tant à la fin de sa carrière. Mais l'apôtre ajoute au même endroit plusieurs choses qui paraissent «ntièrement détruire cette opinion. En effet, il mande à Timothée de le venir trouver , et de lui apporter ^ manteau et les livres qu'il avait laissés à Troade. Il lui dit encore do lui amener Marc , pour l'aider

an* le ministère de l'Evangile. Enfin , il lui marque que Jésus-Christ lui donne de nouvelles forces , P^Qr achever de prêcher l'Evangile à toutes les nations , et qu'il a été délivré de la gueule du lion.

<^t ce qui a engagé Baronius , et presque tous les nouveaux interprètes , à soutenir que cette lettre a été écrite pendant les deux premières années que saint Paul demeura à Rome. Quoi qu'il en soit , *ii»3be , saint Jérôme , Théodoret , Théopbilacte , Primasse , et tous les anciens qui soutiennent le premier sentiment, «ont appuyés sur un passage qui paraît plausible: mais il faut avouer aussi qu«

cur opinion est combattue par des raisons bien fortes.

318 II. EPITRB DE S. PArt A TIMOTQÉE.

3. Gratias ago Deo» cui servio k 3. Je rends grâces à Dieu, que je sers progenitoribus in conscientià purâ » aTec la même pureté de conscience qu'ont qu6d sine intermissione habeatn tut fait mes pères, de ce que jour et nuit je menooriam in orationibus meis , nocte pense continaeilement à vous dans mes ac die f prières ,

Que je sert aoec la même pureté de conscience qu'ont fait mes pères , Abraham , Isaac, Jaob, et les autres patriarches dont je descends, et qui m'ont transmis la véritabie religion. Saint Paul était odieux aux Juifs, comme un déserteur de la religion de ses pères. Pour détruire cette calomnie, îl proteste Ici qu'il sert Dieu dans le même esprit que ses ancêtres. II fait encore la même protestation , Aet. 24, 14. 26, 6. 28, 20, et dans plusieurs autres endroits. Les Grecs expliquent autrement ces paroles, eut servio d progenitoribus» C'est , selon eux, comme si l'apôtre disait : Je sers Dieu depuis mon enfance , ayant reçu la véritable religion de ceux qui m'ont donné le jour : je le sers, dis-je , et je l'ai toujours servi jusqu'ici avec une grande pureté de conscience, car quoique j'aie persécuté l'Eglise pendant quelque temps, je croyais en cela même rendre service à Dieu , et j'ai toujours suivi les lumières de ma conscience. Le premier sens qu'on a suivi dans la traduction parait préférable* Car quoique c'ait été par ignorance qup saint Paul eût persécuté TEglise , son ignorance n'était cependant pas invincible, comme nous l'avons remarqué, et par conséquent ne Texcusait point. Il n'est donc pas probable qu'il étende à ce temps-là le témoignage qu'il se rend ici à lui-même I de servir Dieu avec une grande pureté de conscience. Calvin fait ici tout son possible pour prouver que quand l'apôtre se glorifie de suivre la religion de ses pères , ce u'est pas une loi générale qu'il établit, et qu'il ne s'ensuit pas de là que ce soit un crime d'abandonner la religion de cet ancêtres , quelque ancienne cfn'oD la suppose. Sans ce principe, Calvin aurait-il pu cacher la honte de son apostasie? Nais ce principe, l'apôtre ne le connaissait point, et les Pères de l'Eglise l'ont constammeut combattu, lis ont même employé le principe opposé , pour désarmer tous les hérétiques. Cur post quadringentos annos, disait saint Jérôme, {Ep, 65. ad Pammaeh,€t Océan.) docere nos niteris^ quod ante te nescivimus ?... Usquè ad kanc diem sine itti doctrine mundus chrislianus fuit : iilam senex teneho fidem , in que puer natus tum.

4. Desiderans te videre , roemor la- 4. Par le désir que j'ai de tous voir, afin crymarum tuarum; ut gaudio inw d'être rempli de joie; me ressouvenant de plear , vos larmes ,

Me ressouvenant de vos larmes. Des larmes que vous répandîtes avec tant d'aboivdance à mon départ d'Ephèse. Car saint Lac rapporte au 2()« chap. des Actes, que quand saint Paul fit son adieu dans cette ville, tous les disciples fondaient en larmes, en le conduisant au vaisseau : et il ne faut pas douter que Timothée oe fût plus attendri, et ne versât plus de larmes que les autres. C'est de quoi l'apôtre rappelle ici le souvenir.

K. Recordationem accipiens ejus 5. Kt me remettant en l'esprit cette foi .

fidei , quai est in te non ficta , qu» et qui dans vous n'a rien de faux , et qui a été

habitavit primùm in avià tuâ Loïde et auparavant si constante dans ]Ç.oïs votre

matre tuâ Eunice : certus sum autem aïeule , et dans Eunice votre mcre. Et je

quôd et in te. suis sût qu'elle Test aussi en vous.

Et me remettant dans l'esprit eeife foi, qui dont vous n'a rien de faux. C'est oosime si l'apôtre disait : ce qui excite en moi le désir de vous voir, c'est non-seulemeot l'affier» tton que vous me portez , et dont vous m'aves donné des marques par les laroM» que vous avez répandues d mon départ ; mais encore la fui sincère que j*ai reconnue en vous, et dont vous êtes redevable après Dieu à la pieuse éducation que vous avn reçue de votre aïeule Lois, de votre mère Eunice, si célèbres par la constance de leur fui. L'apôtre, en louant la foi de Timothée, fait aussi mention de celle de Lois et d'Eunice, afin de Kexciter par œs exemples domestiques à ne pas dégénérer. On ne sait ce qui a pu porter Calvin à croire plus vraisemblable que ces saintes femmes n'ont pas été chrétiennes , et qu'elles ont vécu et sont mortes , sans que Jésus-Cbrlst leur ait été aninmoé. Car saint Paul dit claireoaent que la fui de Timothée avait été auparaiiant dans Lois et dans Eunice ; et il est plus dair que le jour, que la (bi qu'il loue dans Timothée, était une foi chrétienne. — Et je suit sûr qu'elle l'est aussi en voui. ninttap.xt , persuasus tum. Cela ne peut ici s*eiitendre que d'une certitude morale, fondée sur le témoignage que tous ceux de Lystres avaieut rendu de Timothée, et

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cor les preaves qo*il avait données lui-même de la sincérité de sa foi. C'est ainsi que saint Paul disait encore de lui-^méme écrivant aux Romains, 8. 38, qu'il était certain que rieu ne pourrait le séparer de la charifé de Jésus-Christ. Cependant, le même terme, au verset 12 de ce chapitre, signiâe une certitude de foi fondée sur l'autorité de Dieu même. La véritable signification de ce terme, je suis certain, dépend donc des circonstances dans lesquelles il est employé.

6. Propter quam caosam admuneo 6. C'est pour cela que je vous eihorte à te, ut resusciies gratiara Dei, quœ ranimer la grâce de Dieu , que \ous avei estîDle per impositiouem maDuuin* reçue, lorsque je vous ai imposé les mearum. mains.

C'est pour cela que je voug exhorte d ranimer la grâce de Dieu. C'est parce que vous m'êtes cher, et que je connais la sincérité de votre foi , que je vous exhorte A ranimer la grâce. II s'agit ici de la grâce propre du sacrement que Timothée avait reçue dans son ordination , pour s'acquitter dignement de son ministère. Cela prouve que Tordre est un Téritable sacrement qui confère la grâce. Car ce n'est pas par les prières de l'Eglise que la grâce fut accordée à Timothée, comme Calvin le dit ici, mais par l'imposition des mains , comme le marque l'apôtre. Au reste , celte grâce se ranime, ou se rallume, suivant la force dn mot grec, par la prière, par la méditation , et surtout par le bon usage que nous en faisons. Calvin convient de tout ceU : mais quel sens tout cela peut-il avoir dans la bouche de cet hérésiarque, qui nie la coopération du libre arbitre avec la grâce ?

7. Non enim dedii nobis Deus spi-^ 7. Car Dieu ne nous a point donné un ritam timoris , sed \irtutis , et dilec- esprit de crainte, mais un esprit de force , tioDJs, et sobrieiaiis (i). de charité et de modération.

Cor Dieu ne nout a pas donné un esprit de crainte. SeiUoci , timiditatis. La grâce que nou9 avons reçue n'est pas un esprit de faiblesse, qui nous laisse languir dans 1 oisiveté, mais un esprit de force pour tout entreprendre, et pour surmonter tous les aangers; un esprit de charité^ qui nous porte à faire de grandes choses pour l'honneur de Dieu, et le salut du prochain ; un esprit de modération ^ pour nous posséder uousluemes, et nous rendre maîtres de nos passions.

8. Noli itaquè erubescere testiroo- 8. N'ayez donc point honte de rendre Diom Domini nostri , neque me vinc- témoignage à Noire-Seigneur > ni de me iQin ejus : sed collabora £vangelio voir dans les fers |>our lui : mais prenez secQDdùm virtutem Dei. part aux travaux de l'Evangile selon la

force que Dieu vous donne ;

Prenez part aux travaux de l'Evangile, Il y a dans le grec, (yuyxaxowàôigffov , Comme si l'apôtre disait: L'Evangile est persécuté et traversé : ne vous attendez donc pas é être mieux traité , vous qui en êtes le ministre ; mais souffrez courageusement les dangers, les persécutions , les traverses qui accompagnent la prédication.

, O.Qui nos liberavit, et vocavit voca- 9. Lui qui nous a affranchis , et qui par

liODe suâ sanctây non secundùm opéra sa sainte vocation nous a appelés , non en

nosira , sed secundùm - proposiium vertu de nos œuvres , mais selon son dé-

^^^^^ f et graliam ,quœ data est nobis cret, et selon la grâce qui nous a été

jD Ghristo Jesu an te tempora sœcu- donnée en Jésus-Christ avant les temps et

^"•a (2). les siècles ;

La grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps et les siècles, C est la grâce de la vocation é la foi , que Dieu nous a donnée avant les temps et les *met dans sa prescience , et dans sa prédestination ; parce que de toute éternité il nous a aimés , et a résolu par pure bonté de nous appeler à la foi.

10. Sfanifestata est autem nunc per 10. Mais qui éclate maintenant que

iluiiDipationem Salvatoris nosiri Jesu Jésus-Christ Notre-Seigneur s'est fait coo-

(^hristi , qui destruxit quidem mor- naître y lui qui a détruit la mort» et a mis

lem , illuminavit autem viiam , et in- au jour la vie et l'immortalité par le moyen

corruptioDem per Evangelium ; de l'Evangile ;

0)Rom.8. 15. — <2) Tit. 3. 5.

Lui qui a détruit la mort , et a mis au jour la vie et l'immortalité. Jésus^riitt a détruit la mort, et mis au jour la vie, en triomphant de la mort par sa réfcurrectioo glorieuse, et en nous donnant par lA un gage assuré de la nôtre. L'apôtre ajoute par l'Evangile; parce que c'est par J'Ëvangile, c'est-à-dire la foi en Jésus-Christ , que nous avons part à un bienfait si considérable.

il. Id quo positus sum ego prsdi- 11. Pour lequel j'ai été établi le prédi-

cator 9 et apostolus > et magister Geo- cateur , l'apôtre et le docteur des gentils, liura (1).

12. Ob quam causam etiam hsc 12. Aussi est-ce pour cela que je souffre patior 9 sed dod confundor. ce que je souffre » mais je n'en ai point de

honte.

Scio enim cui credidi ; et certus sum Car je sais à qui je me suis Gé ; et je quia poiens est depositum meum ser- suis assuré qu'il a le pouvoir de me garder Tare m illum diem. mon dépôt jusqu'à ce jour-là.

Je tuis assuré qu'il a le pouvoir de me garder mon dépôt. Ce mot dépôt se trouve encore au verset 14 de ce même chapitre, mais dans une signification toute différente. Car au verset 14, il signifie la saine doctrine que l'apôtre avait enseignée à Tiniothée, et dont il l'avait fait le dépositaire : au lieu qu'ici il signifie le trésor des mérites que salut Paul avait ac(]uis par la prédication de l'Evangile, et parles travaux et les souffrances qui eu sont inséparables. Ce qui soutient donc l'apôtre, c'est qu'il estcertala que Dieu entre les mains de qui il a confié son dépôt, le gardera fidè\ement jusqu'à ce jour-là, c'est-à-dire jusqu'au jour du jugement, qui par excellence est appelé ce jour-ldy et ailleurs le jour du Seigneur, Pour qu'un dépôt soit en sûreté, il faut être assuré de la bonne volonté et du pouvoir du dépositaire. L'apôtre marque donc ici qu'il était assuré du pouvoir de Dieu ; et il avait déclaré auparavant qu'il ne comptait pas moins sur sa bonté , en disant qu'il savait bien à qui il s'était fié.

13. Forma m habe sanorum verbo- 13. Conservez bien l'idée de la saine ru m , qaae à me audisti in fide et in doctrine que vous avez apprise de moi t dilectione in Christo Jesu. sur ce qui regarde la foi et la charité selon

Conservez bien Vidée de la saine doctrine que vous avez apprise de moi ûv nap' è/toD vlxovvaf , quœ à me aiidisti. D'où saint Chrysostôme conclut que saint Paul avait enseigné de vive voix beaucoup de choses à Timothée, dont il ne lui parlait pas dans ses lettres : Plurima illi ahsque seripto tradidit. L'Ecriture seule ne comprend donc pas tout ce que nous devons croire ou pratiquer ; mais il faut nécessairement y joindre la tradition, qui n'est autre chose que la doctrine que les apôtres ont enseignée débouche à leurs disciples, et que ceux-ci ont pareillement transmise à ceux qui leur ont succédé. C'est là ce qui compose le trésor entier de la saine doctrine, que saint Paul au verset suivant recommande à tous les évêques en la personne de Timothée , de garder soigneusement par le secours du Saint-Esprit qui habile en nous , et qui par conséquent ne manquera pas de nous secourir, dit saint Chrysostôme, si nous ne rejetons pas sa grâce : Âderit autem , nisi gratiam repellamus. — Calvin lui-mérae souscrit à ce commentaire. Quod sequilur , dit-il , de hàbitatione Spiritûs in nohis, significat prœsens esse ejus auxilium fidelibus, mode ne sibi oblatum respuant. Uais comment cela s'accorde-t-il avec ce qu'il enseigne ailleurs, que c'est une erreur de dire qu'il est en notre pouvoir de recevoir ou de rejeter la grâce qui nous est offerte ? Inde natus est error , quàd putabant in manu nostrd esse accipere vel respuere ollata» Dei gratiam. Instit, l, 2. c. 3. C'est que Terreur ne peut guère constamment combattre la vérité , sans se démentir elle-même.

14. Bonum depositum custodi per 14. Gardez ce précieux dépôt avec le Spiritum sanctum» qui habitat in secoursduSaint-Ësprit qui habite en noos. nobis.

15. Scis hoc t quôd aversl sunt à me 15. Vous savez que ceux qui sont en omnes , qui in Asià sunt , ex quibus Asie » m'ont tous abandonné » du nombre est Phigellus et Hermogenes. desquels est Phigelle et Hermogène.

Vous savez que ceux qui sont en Asie , m'ont tous abandonné. Saint Paul ne parle pas de tous les Asiatiques. Car il y en avait plusieurs à Ephèse , et dans les autrei

(I) l.Tim. 2. 7.

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