CHAPITRE TI
18. Benè agere , divites 6eri in bo- 18. De faire du bien , de devenir riches nis operibus , facile tribuere , coin- en bonnes œuvres , de donner sans peine , municare : d'être libéraux de ce qu'ils ont ;
De faire du bien, de devenir richet en bonnes ceuvres. Bèze accuse ici Tuuteur de la Vuigafe d'avoir mal traduit ocyadospyeîv , par benè agere, ce qui signifie faire le Uen^ ou de bonnes œuvres; au lieu de le traduire par aliis benefacere^ faire du bien aux autres. Cependant oLyciLdoefys.Lv ^ ou oLyoLdovpyilv , ne signifie autre chose que benè agere^ benè operari^ ou bonum agere. C'est ainsi que Henri £tienne , qui ne devait pas être suspect à Bèze, l'explique lui-même. Mais il semble qu'on n'ose pas même prononcer le nom de bonnes œuvres dans la nouvelle réforme, parce qu'on y soutient que toutes nos meilleures actions sont de véritables péchés. Cependant saint Paul reconnaît ici de bonnes œuvres, et de bonnes œuvres dont nous pouvons notts enrichir, divites péri in bonis operibus. C'est ainsi que Tabithe était pleine de bonnes œuvres, hœc ei'at plena operibus bonis. Il faudra dire, selon Bèze, qu'elle était pleine de péchés^ et que c'esr de là que le Saint-Esprit a tiré la matière de son éloge.
19. Thesaurizare sibi fundanien- 19. De se faire à eux-mêmes un riche tum bonum in futurum , ut appre- fonds pour l'avenir, afin de gagner la vériheodant veram vitam. table vie.
De se faire d euœ-mêmes un riche fonds pour l'avenir. L'apôtre veut que les riches amassent un trésor de bonnes œuvres , et qu'ils posent par ce moyen le fondement solide du bonheur qu'ils espèrent dans l'autre vie, Thesaurizare sibi fundamentum honumin fulurum. Les bonnes œuvres sont donc méritoires , et la vie éternelle leur est due en qualité de récompense. Calvin traite cette conséquence de frivole. C'est sa manière ordinaire de répondre à ce qui nfî souffre point de réplique. Il se contredit même grossièrement, lorsqu'il avance que Dieu, après nous avoir gratuitement justifiés, a tellement agréables nos œuvres , de quelque nature qu'elles soient, qu'il leur accorde une récompense qui ne leur est pas due : O/pcia nostra, qualiacunqiie sint^ tic accepta habel , ut indebila mer cède dignetur. Car il y a un rapport essentiel eiitie la récompense et le mérite; et il est aussi ridicule de reconnaître une récompense qui n'est pas due, que d'admettre une grâce qui n'est '^pas gratuite. D'ailleurs, si cette récompense n^est pas due à nos bonnes œuvres, comment l'apôtre l'appelle-t-il une couronne de justice , qui lui doit être rendue par Jésus-Christ en qualité de juste juge? Corona juslitiœ quam reddel mihi Dominus in iUé die^ justus Judex. 2. Timot, 4. Comment le Saint-Esprit, dit-il ailleurs que Dieu ayant éprouvé ses serviteurs, il les a trouvés dignes de lui? Tentavil eoSj et invenit eos dignos se. Sap. 3. Comment Jésus- Christ lui-même nous enseigoe-t-il qu'un ouvrier est digne de sa récompense? Dignus «< operarius mercede sud. Luc. 10. Comment enfin l'apôtre exhorte-t-il les Thessaloniciens à souffrir constamment, pour se rendre dignes du royaume de Dieu? Ut digni haheamini regno Dei , pro quo et patimini. 2 Thess, \ . Mais , dit Bèze , le même apôtre écrivant aux Romains, nous défend de mettre notre confiance dans les œuvres. Oui, dans les œuvres cérémoniales de la loi, ou dans les œuTres faites par les seules forces de la nature, mais non pas dans les œuvres faites avec la grâce de Jésus-Christ : car c'est de celles-ci qu'il veut que lous nous enrichissions, et que nous fassions le fondement solide de notre espérance, fundamentum bonum in futurum,
20. 0 Timothee , depositum eus- 20. Timothée , gardez soigneusement le Mi, devitans profanas vocum novl- dépôt, évitant les expressions nouvelles qui tates, et oppositiones fais! nominîs ont quelque chose de profane, et les diffiscientis ; cultes qui naissent d'une fausse science;
Gardez soigneusement le dépôt. Par le dépôt , quelques-uns entendent la grâce que Timothée avait reçue dans son ordination; d'autres le troupeau qui avait été confié à ses soins; d'autres tous les talents qu'il avait reçus pour l'édification de l'Eglise. lUais li est certain qu'on doit entendre par là la saine doctrine qu'il avait apprise de l'apôtre. Cest la doctrine de Jésus-Christ que les évéques doivent soigneusement conserver, sans permettre qu'on y fasse le moindre changement. C'est ce qui paraît évidemment par l'opposition que saint Paul met ici entre les profanes nouveautés qu'il ordonne d'éviter, et le dépôt qu'il recommande de garder. D'ailleurs l'apôtre répète ce même précepte, 2. Timot, I. 14, dans des termes qui ne laissent aucune difficulté. Enfin, cest ainsi que les saints Pères expliquent communément l'endroit dont il s'agit. Voyez
Vincent de Lerins. Common, e, 27. — Evitant le* expresitans noutellet, qui ont quelque chose de profane^ 11 y a datm le grec d'aujourd'hui, x<vo^wv^a$ , verhorum inanitateSf et non pas , Jtottvofciviaç , verhorum novitates, comme a lu notre interprète. Vais saint Hilaire, saint Augustin, le commentaire attribué à saint Ambroise, et généralement tous les latins suivent la Vulgate. Théopbylacte même et OEcumeoius remarquent que saint Cbrysostôme a lu XKtvofuvlxf , quoiqu'on lise dans les imprimés d'aujourd'hui , Ks^off^^ttoL^. Au reste , l'apôtre en condamnant ici les nouveautés profanes, n'interdit pas les expressions nouvelles, dont TEglise se peut servir pour défendre les dogmes de la foi avec i>lus de précision con:re !es subtilités des hérétiques. C'est ainsi qu'elle a employé le terme de coneuhttantiel contre les ariens ; et elle a pu de même employer celui de irantsuhnaniiation contre les luthériens et les calvinistes. — • Et let difficultés qui naissent d*une fausse science, kiniBitisii ipeviavùftou yye&Tsuc * oppositiones falsi nominis scienliœ, ou falsd nominatœ icientiœ. C'est-é-dire évitez les difficultés que les ennemis de la vérité peuvent tirer d'une science qui ne mérite pas ce nom. Ayr<9easc$ peut encore se prendre pour avrdoyîaf , les contradictions dont la doctrine des hérétiques est remplie.
21. Quam quidam promittentes , 21. Dont quelques-uns faisant montre, circa fidem eiciderunt. Gratia tecum. sont déchus de la foi. La grâce soit a\ec Amen. vous. Amen.
Dont quelques-uns faisant montre , sont déchus de la foi. Saint Cbrysostôme croit que l'apôtre désigne ici les gnostiques, qui s'appelaient ainsi du mot grec yv&aii , comme qui dirait, savant par excellence; parce qu'ils se vantaient en efiPet d'être plus éclairés que tout le reste des hommes. Uais c'est le propre de tous les hérétiques , de faire montre d'une grande érudition^ et de regarder comme des ignorants tous ceux qui ne sont pas de leur parti.