CHAPITRE VI
Ëîevont-noug donc à ce qu*il y de plus parfait. Il parait d'abord que Tapôtre aurait dû tirer une conclusion toute contraire. Car \enant de dire que les Hébreux étaient des enfants, r|ui avaient besoin de lait, et qui ne pouvaient souffrir la nourriture solide qui ne convient (lu'aui parfaits ; il était naturel de s'en tenir à leur rebattre les premiers éiéniens de la doctrine chrétienne, dont il ne les supposait pas encore trop instruits. Mais si Ton y prend {>;arde de plus près, on trouvera sans peine que sa conduite s'accorde parfaitement à leur besoin. Au verset 1 1 du chapitre précédent, il leur avait déclaré qu^il nvuit de {grandes c1io?;es à leur dire sur le sacerdoce de Jé»us-Christ figuré par celui de Mclchisédech , mais qui seraient bi^n difficiles à explrquer, û causê de leurleniear cl de leur peu d'application pour les entendre : par où il leur insinue que leur incapacité ne vient que de leur propre néglipenre, et qu'il ne tient qu'à cinc de la vaincre. Il a donc raison, des les exhorter à quitter cette enfance spirituelle , pour «rrriver à la connaissunc^ de ce qu'il y a de plus sublinrte dans la religion. C'est comme ti l'apôtre disait : J'ai des mystères bien plus sublimes à vous ctévelopper, et qui paraissent bien au dessus de votre portée. Car vous êtes encore comme des enfants, à qui l'on doit enseigner les premiers éléments de la doctrine chrétienne^ au lieu que depuis le temps que vous avez embras.«:é le Christian inné, "vous devriez être drs niaitres capables d'enseigner les autres. Mais c'est par votre négligence que vous êtes dans celte enfance, et faute de vous appliquer^ il ne tient qu'à vous d'en sortir , et de vous rendre capables de la doctrine sublime dont je dois vous instruire, et qu'il vou* est important de ne pas ignorer. Cest pourquoi appliquez-vous avec une ardeur toute nouvelle, et disposez-vous par là à entendre les mystères sublimes que je dois vous expliquer En un mot, tous les reprocbes précédents n'avaient d'autre but que de piquer leur émulation , et de leur faire désirer d'en apprendre davantage. — Laissant pour maintenant les premiers éléments de la doctrine de Jésus-Christ. àfévTsç , dimittenteSf ou relinquentes. Venons à ce qu'il y a de plus parfait, laissant là maintenant les premiers éléments, où nous pourrons ensuite revenir. Car saint Paul y revient effectivement sur la fin de cette épître î et c'est ce que l'interprète latin a marqué en traduisant intermittentes ; omettant pour un temps. — Sans recommencer à poser pour fondement , la pénitence quon doit faire des œuvres mortes , la foi en Dieu , etc. Saint Paul entre dans le détail des premiers éléments de la doctrine chrétienne , qu'il De veut pas maintenant s'aniêter à expliquer. Il les appelle les fondements ; parce que ce sont comme les premières pierres de l'édifice spirituel : c'est par là qu'on commence à le bâtir II n'€st pas nécessaire que je recommence à jeter ces premiers fondemenfs dans vos esprits : car il y a longtemps qu'ils y sont posés; il y a longtemps qu'on vous a donné ces premières instructions de la religion chrétienne. Parmi ces principes fondamentaux de la religion chrétienne, saint Paul met en premier lieu la pénitence qu'on doit faire des œuvres mortes , c'est-à-dire des péchés, qui non-seulement ne servent de rien pour la vie éternelle , mais qui en excluent, et donnent la mort pour jamais. Il ne s'agit pas ici de la pénitence sacrement , mais de la pénitence vertu , qui doit précéder le baptême. Quand on veut embrasser le christianisme, on doit commencer par détester les péchés de sa vie précédente. Aussi est-ce par là que saint Jean , qui voulait préparer les Juifs à recevoir Jésus-Christ et son baptême, commenta sa prédication : J^att, 3. V. 6. et seq. C'est par là tout de même que Jésus-Christ commença la sienne : ^tttt. 4, c. 17. et c'est aussi à cette pénitence que saint Pierre excitait les Juifs , pour les disposer au sacrement de régénération : Act 2. v. 38. Pœnitentiam agite, et haptiietur unusquisque vestrUm in nomine Jesu Christi in remissionem peccatorum cmtrorum. Il ne faut pas oublier cette remarque, qui est importante pour expliquer ce qui suit. Après la pénitence, sïiint Paul marque la foi en Dieu, qui doit aussi précéder le baptême , suivant ces paroles , Act, 8. v. 37. Si credis ex toto corde, licet. Par la foi en Dieu , saint Paul entend la croyance des articles contenus dans le symbole, qu'on faisait réciter aux adultes avant qu'ils reçussent le baptême.
2. Baptismatuni doctrine, imposi- 2. La doctrine des baptêmes, l'inipotJonis quoque manuum, ac resurrec- sition des mains, la résurrection des morts^ tionis mortuorum , et judicii œlerni. et le jugement élcrnel.
La doctrine des baptêmes , l'imposition des mains , la résurrection des morts , et le jugement éternel, 11 n'est pas nécessaire non plus que je vous répète ce qu'on a enseigné du baptême, de l'imposition des mains; c'est-à-dire comme l'expliquent la plupart des pères et des interprètes , du sacrement de confirmation , qu'on conférait aux fidèles après le baptême, pour leur obtenir la force de confesser généreusement la foi dont ils T«aaientde faire profession. Act. 8. v. 17. et 19. v. 6. On n'oubliait pas non plus d'en-
spigner aux cathécunicnes les aiticies de la résurrection des morts et du jugement éternel^ c'est-à-dire du jugement dernier, qui est appelé éternel ; parce que ce qui y aura clé défini , ne chan^^era jamais. Ou avait grand soin aussi d'instruire surtout les Juifs qui se convertissaient, de la résurrection des morts; parce qu'il y avait parmi eux beaucoup de sadducéens qui la oiaieiit. Cet article et celui du jugetiient dernier étaient encuie importants, pour soutenir les fidèles en général dans les persécutions que la profession du christianisme ne pouvait manquer de leur susciter. Les interprètes demandent ici pourquoi saint Paul dit au pluriel, la doctrine des haptémes? Le syriaque lit baptême au singulier, aussi bien que saint lugustin l. de Fide et Oper. r, 11. Mais on ne peut pas abandonner la leçon de la Yulgate, qui est conforme au texte grec, et à tous les autres Pères. Quelques-uns veulent que saint Paul se serve ici du pluriel, pour marquer les trois immersions qui se faisaient dans la cérémonie du baptême : d'autres qu'il distingue parla le baptême de l'esprit , celui du sang, et celui de l'eau : d'autres qu'il marque le baptême de Jésus-Christ et celui de Jean- Baptiste, dont on ne devait pas laisser ignorer la différence aux fidèles : d'autres enfio que par les baptêmes^ saint Paul entend certains jours solennels, auxquels les cathécu^ mènes s'assemblaient pour recevoir ce sacrement. On peut dire plus vraisemblableme&t avec Ribera , que saint Paul uomme \e8 baptêmes au pluriel, parce qu'il parle aux Hébreux, qui duus le judaïsme avaient une infinité de baptêmes ou d'ablutions, et qui les réitéraient ^ans cesse , comme nous l'apprenons do l'Evangile, Mare. 7. c. 4. Comme dune les Juifs convertis conservaient toujours une attache secrète pour leuii anciens usages , peut-être , selon la conjecture de Théophyiacte , voulaient-ils iatroduire tous ces baptêmes judaïques dans la loi de grâce; ou , selon OEcumenius, se persuadaient-ils qu'on pouvait réitérer celui de Jésus-Christ comme ceux-là. On ne devait pas manquer de les détromper et de les bien instruire sur tous ces points : et c'est ce que saint Paul appelle la doctrine des baptêmes ; comme s'il disait : je ne voii« répète pas maintenant les premières leçons qu'on ^ous a faites sur les baptêmes : on a eu soin de vous appresidre que nous n'en avons pas plusieurs comme sous la loi ;que nous n'en avons qu'un seul dans le christianisme, et qu'on ne peut pas le réitérer, il parait évident par le quatrième verset, que c'est là le véritable sens ds l'apôtre.
3. Et hoc faciemus , si quidem per- 3. Et c'est ce que nous allons faire, si iniserit Deus. Dieu veut bien le permettre.
Et c'est ce que nous allons faire, si Dieu teut bien le permettre, ('ela peut se rapporter à ce qui précède immédiatemeikt de cette sorte : je ne m'arrête pas maintenant à vous expliquer les premiers éléments de la doctrine chrétienne : je le ferai dans lu suite ., si Dieu ^eut bien me le permettre, illais il est plus naturel de le rapporter à cf s paroles du v. \. ad perfecliora feramur ; comme s'il disait : laissant là maintenant Ips piemiers éléments de la religion chrétienne, venons à ce qu'il y a de plus parfait; rt nous en tiendrons à bout , si Dieu \eui bien le permettre , c'est-à-dire si Dieu ne m'en empêche pas , comme il fait quelquefois les ministres de l'Evangile , Act. 16. v. 7 , et qu'il me donne les secours nécessaiies pour cela. Car il ne s'agit pas ici d'une simple permission , comme quand on dit que Dieu permet ou les péchés , ou de certain événements pernicieux.
4. Impossibile est enim , eos qui 4. Car il n'est point possible que ceux seniel sunt illuminati, gustaverunl qui ont éié une fois éclairés , qui oot amsi etiam donuni cceleste , et participes goûté le don du ciel , qui ont été faits facti sunt Spiritûs sancli {i) ; participants de l'Esprit saint ;
Car il n'est pas possible que ceux qui ont été une fois éclairés. Luther se sert de ce passage , pour prouver que cette épitre n'est ni de saint Paul , ni d'aucun autre apôtre; parce qu'il prétend que cet endroit ôte la pénitence aux pécheurs contre l'esprit du l'Evangile. C'est sr.r ce même pai^fage que se fondaient les novatiens . pour soutenir qu'on ne de\ait pas accorder la pénitence à ceux qui étaient tombés dans le péché api^ le baptême. Mais il n'est pas difficile d'ôter à Luther le vain prétexte qu'il ■ eu de rejeter cette épître , cl aux novatiens l'appui qu'ils ont cru y trouver à leurs crrcnr». Plusieurs Dou\euux interprètes croient qu'il s'agit ici de ceux qui après le Baptême, tombent dans l'apostasie , eu quittant la religiou quMs axaient embrassée. C'est, selt»<> eux , de ceux-là que saiut Paul dit , qu'il n'est pas possible qu'ils se renouteUetU en
(1) Matth. 12. 45. - Inf. 10. 26. - 2. Pet. 2. 20.