CHAPITRE X. 4SS
f^audio suscepîstîs , cognoscenles vos avec joie qu'on vous enlevât vos biens, babere meliorem , et manentem subs- sachant que vous avez un fonds plus riche taDtiam. et toujours durable.
Car vou$ avez compati à ceux qui étaient dont les fers. Saint Paul venait de dire que les Hébreux avaient été e<'i spectacle au monde, et par leur constance à souffrir les persécutions, et par leur charité à prendre part aux peines de ceux qui étaient dont les mêmes épreuves. Il explitpie ici en quoi ils y ont pris part; c'est en compatistant à ceux qui étaient dans les fers^ en les consolant, et en les soutenant de leurs libéralités. Il y a dans le {',rec d aujourd'hui, roI$ âirr/noiç fiov y vinculis meis. Vous ûtei compati à mes fers. Notre interprète a lu ^tvpLioi^, vinctis , eomnie on lit encore dans l'ancien manuscrit d'Alexandrie, et dans plusieurs autres. L'interprète syriaque a lu tuut de même dans les siens: et Ton ne peut guère douter que cette leçon ne soit la véritable. Car le nom de saint Paul était si peu agi-éable aux Hébreux , même convertis, que la plupart des Pères croient que c'est pour cela qu'il n'a pas mis son nom à la téfe de cette Ëpilre. 11 n'est donr. pas vraisemblable qu';i parte ici de la compaesion qu'ils ont portée a .ses fers. D'ailleurs, notre leçon s*accorde mieux avec ce que dit le mêaie apôtre, ffeb. 13. 3. — Et vous avez souffert atec Joie qu'on vous enlevdt imhiens.Ou par l'autorité publique qui les confisquait , et les réunissait au domaine; ou par des séditions du peuple aigri contre ceux qui quittuient la loi de Moïse, pour embrasser celle de Jésus-Christ. Cet endroit fait voir qu^alors tous les chrétiens i.*e quittaient pas la propriété de leurs biens en recevant la foi de Jésus-Christ : ce qui paraît encore par l'exhortation que saint Paul fait plus bas aux Hébreux même d'eiercer Thospitalité : Ueb. 13, 2. — Sachant que vous avez un fonds plus riche et toujours durable. Ce qui animait les Hébreux à souffrir avec joie la perte de leurs biens, c'est qu'ik envisageaient des yeux de la foi les biens célestes, dont leur patience devait être couronnée. Saint Paul les loue en cela ; et au verset suivant, il les exh(»ite à conserver la fermeté de leur cour«<];e, qui sera suivie d'une si grande récompense. Et encore plus bas, v. 36. Il leur représente que la patience leur est nécessaire; afin qv,'en faisanl la volonté de Dieu^ ils reçoivent l'effet de ses promesses^ Ce qui prouve , et que nos bonnes œuvres sont méritoires, et qu'il est permis à un chrétien d'agir en vue de la récumpeiisc céleste, comme le concile de Trente l'a décidé. Il y a dans le grec ordinaire, yivôvxovm sxetv Iv iautoXi , cognoscentet habere in vobis ipsis. Il ajoute «ncore, |v éu^savol^, m cœlis . qui n'est point dans la Vulgate , et qui probablement de la marge est passé dans le texte grec. Au reste, le manuscrit d'Alexandrie est encciré ici entièrement conforme à la Vulgate.
35. Noiite itaque amillere confiden- 35 Ne perdez donc point celte fermeté tiam veslrara, quae magnam babel r«- de courage que vous avez , et qui sera suiinunerationem. vie d'une si grande récompense.
36. Patienlia cnim vobis necessaria 36. Car la patience vous est nécessaire ; est ; ul voluntateni Dci facicntes , re- afin qu'en faisant la volonté de Dieu , vous portelis promissionem. receviez l'effet de ses promesses.
37. Adhuc enim modicum aliquan- 37. Aussi bien ce qui reste de temps lulum, qui venturus est, veniet, et est court, et même très-court. Il viendra non tardabit (1) : celui qui doit \eoir , et il ne tardera point :
Aussi bien ce qui reste de temps est courte et même très-court. Saint Paul excite les Hébreux a la patience, en leur annonçant que le temps de leurs épreuves ne sera pas '0"g, et qu'ils en seront bientôt délivrés par le jtisfe juge, qui témoin de leurs combats, viendra sans retardement pour couronner leur patience, et titer vengeance de leurs persécuteurs. Ce qu'il prouve par le témoignage du prophète que nous allons examiner. — // tiendra celui qui doit venir, et il ne tardera point; b tpx^fxzvoi ;n|ec ; ^■olI où xpovuït qui venturus est véniel , et non tardabit. Ces paroles et celles du verset ■suivant, sont tirées du chapitre 2. d'Habacuc v. 3. et 4. 11 y a dans la Vulgate, conformément à l'hébreu, veniens veniet : ce qui se rapportée la vision qu'avait «ue 1« pfophète. Saint Paul a cependant eu raison de la rapportera Jésus-Christ. Caria vision et la «'hose vue, la promesse et la chose promise, ne sont, à le bien prendre, que la nieine chose. Quand donc Dieu dit au prophète : Attendez la vision que je vous ai montrée, c'est conmie s'il lui disait : Attendez celui que je vous ai montré qui doit venir. C'est pourquoi les LXX , ont changé le féminin en masculin , en disant ipx^l^^'^^i
ll;nabac.2. 3.
iiUh veniens, ou tenturus véniel : à quoi saint Paul a ajouté Tarticle o tpyj/i&oi, qui venit^ ou qui venlurus est^ par où Jésus-Christ est évidemment désigné dans l'Écrilure : Malt. 11,3. Luc. 7, >9. Joan. 12, 27. Apoc, 1 , 4. Saint Paul ne marque point par là le premier avènement de Jésus-Christ, qui était déjà passé; mais le second, où il doit venir juger tout le monde. En quoi il ne s'éloigne point du sens du prophète. Car llabacuc, au chapitre 1 , v. 3. s'était plaint à Dieu de ce que l'impie était dans la prospérité^ pendant que le juste était opprimé par ses violences. Quarerti' pieit contemptorei , et lacet conculcanle impio jusliorem se? C'est pour justifier sur cela sa providence, que Dieu répond au prophète, que son Fils viendra sans retarde» ment pour punir les impies, et pour consoler les affligés : ce qu'il a commencé de faire é son premier avèi\pment; mais ce qu'il ne fera pleinement qu'au second, dont parle principalement le prophète. Voyez Ribera sur le ch. 2 d'Habacuc.
38. Justus autem meus ex fide vi- 38. Cependant le juste qui est à moi, vit. Quôd si subtraxerit se , non pla- vit de la foi. Que s'il vient à se révolter, cebit aniroae mes (1). il ne sera pas agréable à mes yeui.
Cependant le juste qui est à moi, vit de la foi. Ces paroles sont encore du prophète llabacuc. On lit dans tous les exemplaires de la y uX^ale, justus autem meus ex fide viûl, BU lieu que le pronon meus ne se trouve point dans ie grec ordiiiaire. Il y a cependant bien de l'apparence qu'on l'y lisait autrefois. Car on le lit encore aujourd'hui dans l'ancien manuscrit d'Alexandrie . et il se trouve pareillement dans la version grecque du prophète llabacuc, o âe âUatôi fiou |x izlçeaç ^■hfsixa.t, juslus autem meus ex fiai Hiel, Quant au sens de ce passage, il est assez difficile de le bien déterminer. Car il semble que ces paroles dans le prophète ont un sens tout différent de celui dans lequel Kaint Paul les explique. Saint Paul parait lui-même les expliquer diversement dans plusieurs endroits où il les cite. En effet, Rom, l , 17, et Gai 3, I 1 , il s'en sert pour )irou\er que l'homme est justifié, non pas par les œuvres de la loi, mais par la foi (ie Jésus-Christ; et ici il les euiploie pour faire entendre aux Hébreux, que c'est par la foi qu'ils doivent se soutenir au milieu des épreuves où ils sont exposés. Pour coorilipr le prophète avec saint Paul, et saint Paul avec lui-même, il faut remarquer qu'il Y a deux sens dans les paroles du prophète. 1" Selon le sens historique, le pro- ]>hète se plaint à Dieu des calamités que souffrait son peuple dans ja captivité de Dabylone; et Dieu promet au prophète d'envoyer Cyrus, qui détruira l'empire des Assyriens, donnera la liberté aux Israélites, et les renverra dans leur patrie ^ où ib mèneront une vie tranquille et heureuse. C'est par la foi à ces promesses, que Dieu veut que les Israélites se soutiennent au milieu des maux qu'ils endurent : Justus autem meus ex fide vivet. 2« Selon le sens mystique et plus relevé, le prophète, par la captivité de Babylone, représente la captivité du genre humain sous l'empire du démon ; et Dieu promet au prophète d'envoyer son fils, qui détruira l'empire des puissances de l'enfer, et remettra les hommes en pleine liberté. C'est par la foi en ce divin libérateur, que les hommes vivront, c'est-à-dire recevront la vie de la grâce, y feront de nouveaux progrès, et mériteront par là de vivre éternellement dans ie ciel. Ce&t ainsi qu'Eusèbe explique cette prophétie, l. 6. Demonstr. Etang. £t saint Jérôme sur le 3. chap. de l'Ëpître aux Gaîates , assure que ces paroles du prophète contiennent une prophétie manifeste de Jésus*Christ. Cela étant supposé, il e^t facile de voir que saint Paul s'accorde parfaitement avec le prophète, lorsq n'écrivant aux Romains et aux Galates, il prouve par ce passage que ce n'est pas par les oeuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ que les hommes sont justifiés : ce qui doit s'entendre et de la première justification, et du progrès dans Injustice. D'où il s'ensuit encore, que l'apôtre ne s'éloigne ni du prophète, ni de lui-même, lorsqu'il emploie ici le même passage, pour prouver aux Hébreux que c'est par la foi en Jésus-Christ qu'ils doivent ])ersévérer dans lu justice .. et s'y maintenir au milieu des persécutions qu'ils endurent. — Que s'il vient à se retirer, il ne sera pas agréahle à mes yeux. Ces paroles sont encore du prophète Habacuc, suivant la version des LXX. L'hébreu est un peu différent : mais le sens est le même. Cela signifie que comme le juste vit de la foi en Jésus- Christ ; de même s'il vient â se séparer de Jésus-Christ, en renonçant à lui, quoi si subtraxerit se , s'il vient à perdre cette même foi, il ne pourra être agréable aux yeui de Dieu, ni manquer d'attirer sur lui sa colère.
(1) Rom. 1.17. -Gai. 3. 11.