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CHAPITRE II

7. Et justura Loth oppressum à 7. Et s'il a délivré le juste Loth accanefandorum injuria, acluiuriosà con- blé par la violence de ces méchants versatione eripuit : hommes , et par le dérèglement de leurs

mœurs :

8. Aspectu enim , et auditus justus 8. Car il avait les yeux et les oreilles erat : habitans apud eos, qui de die in chastes, demeurant avec des gens qui, diem animam justam iniquis operibus par des œuvres d'iniquité , tourmentaient cruciabant. cette âme juste.

Demeurant avec des gens qui par des œuvres d'iniquité tourmentaient cette âme juste. r/est-^-dire Loth lui-^méme, ce saint hominp étant autisi chaste qu'il était, c'était pour lui un cruel supplice, d'être le témoin de toutes les abominations que commettaient ces infâmes débauchés.

9. NovitDominuspiosdetentatione 9. Le Seigneur sait délivrer du péril eripere : iniquos vcro in diem judicii ceux qui ont de la piété, et réserver les reservare^ruçiandos : pécheurs aux tourments pour le jour qu'il

'""~* fera justice : ' '

Le Seigneur sait délivrer du péril ceux qui ont de la piété. Le vénérable Bède croit avec raison que c'est ici la conclusion de tout ce qui a été dit ci-devant depuis In >erset 4. Car sans cela le sens du discours demeurerait suspendu. C'est comme si saint Pierre disait : si donc Dieu a puni si sévèrement les anges rebelles et les hommes impies dont je viens de parler, et s'il a protégé si visiblement l'innocence du saint homme Loth ; on ne peut pas douter qu'il ne sache d'une science pratique , c'est -é dire qu'il n'ait le pouvoir et la volonté de délivrer ceux qui ont de la piété , et rés^ver les pécheurs aux tourments, pour le jour qu'il tirera vengeance de leurs crimes.

10. Magis autem eos qui post car- 10. Mais surtout ceux qui vivent selon nem in concupiscentiâ immunditiœ la chair en s'abandonnent à des passions ambulant, dominalionemque contem- infâmes, et qui méprisent l'autorité légi- Dunt. audaces, sibi placentes , sectas time, ces gens audacieux, pleins d'euxnon mcluunt introducere blasphe- mêmes, qui ne craignent point de se mantes : faire auteurs de sectes, allant jusqu'au

blasphème :

Mais surtout ceux qui vivent selon la chair. Dieu sait bien punir tous les pécheurs : mais sa vengeance éclatera surtout contre ces faux doctenrs , qui s'abandonnent aux plus sales voluptés , comme faisaient les simoniens, les cérinthiens et les autres. Saint Pierre fait ici un caractère de ces hérétiques , où il est facile de reconnaître les apôtres de la nouvelle réforme : l'impureté de Luther faisait rouvrir jusqu'à ses propres disciples. Zwingle et ses collègues avouaient leurs dérèglements en plein prêche, pour engager l'assemblée à leur accorder des femmes. Calvin fut repris de la justice pour une cause semblable , et aurait été brûlé tout vif, si on lui avait rendu bonne justice. Bèze a chanté lui-même ses infamies , et les a par là transmises é la postérité. Saint Pierre ajoute que ces faux docteurs «i^/)rt»cnf V autorité légitime des princes et des magistrats dépositaires de leur pouvoir, aussi bien que celle des évêques, que le Saint- Esprit a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu; que ce sont des gens audacieux et pleins d'eux-mêmes. \ ces traits on peut encore aisément reconnaître les nouveaux réformateurs. Personne n'ignore les furieux emportements de Luther contre Henri VIlï et les autres princes catholiques. Le soulèvement des paysans d'Allemagne, et les autres guerres civiles qui ont désolé ce vaste pays , sont une preuve qu'il n'était pas moins turbulent, que plein de lui-même et de mépris pour les autres. Calvin se donne à luimême les louanges les plus insipides , et traite tout ce qu'il y a de plus sacré avec le dernier mépris, la conjuration d'Araboise, et toutes les guerres civiles que les calvinistes ont excitées en France, ne prouvent que trop sensiblement le mépris que ces prétendus réformés font de l'autorité légitia.e Cependant Calvin se plaint ici de ce que les papistes les font passer pour des séditieux , et il se console de ce qu'on a fait le même reproche aux apôtres : comme si les apôtres avaient porté leurs disciples à prendre les armes contre leurs légitimes souverains, et les avaient engagés à leur présenter des requêtes les armes à la main. Calvin avoue encore au même endroit que l'anarchie introduit le désordre. Mais tout le monde sait que l'anarchie est l'âme du calvinisme , et que jamais hérétiques n'ont travaillé plus rfïicarement A l'établir. — Qui ne craignent voinl de se faire auteurs de sectes. Au verset premier de ce chapitre, saint Pierre avait

dit qu'ils introduisaient des sectes qui mènent é la perdition ; mais ce n'est pas le même mot grec dans les deux endroits. Car au verset premier il y a aipé<ruç , au lieu que nous lisons ici Sà^ocç. Il y a seulement dans le grec iô^xç où rpé/ÂOuçt^XocvfrjiiiowTiif ce qui peut signifier mot à mot, non verentur glortas hlasphemare^ c'e&t-à-dire eoiqui glorià et dignitate prœfulgenl, ils ne craignent point d'outrager ceux qui sont constitués en dignité. Il y a dans saint Jude, verset 8, dominationem spernunt^ majetiatem Uasphemantj ou le même mot (^ô^a^e&t rendu dans la Yulgate par majeslatem.

11. Ubi aDgeli fortitudine et virtute 11. Tandis que les anges, tout supé* cbm sint majores , non portant adver- rieurs quMIs sont en force et en puissance , sùm se execrabile judicium. ne se condamnent point entre eux d'une

manière qui tienne de l'exécration.

Tandis que les anges , tout supérieurs qu'Us sont en force , etc. On ne peut guère douter que saint Pierre ne se propose ici l'histoire qui est rapportée par saint Jude, verset 9, de la dispute de saint Michel et de Satan touchant le corps de Moïse. Saint Pierre veut donc dire que les faux docteurs qui attaquent avec tant d'insolence les dignités les plus sublimes, et qui vomissent contre elles mille imprécations , sont en cela bien différents des saints ancres, qui à Tégard même des mauvais, n'ont pas prononcé des paroles d'anathème et de condamnation . mais réservent à Dieu l'autorité de les juger et de les punir, comme fit saint Michel à l'égard de l'ange des ténèbres. Le grec ajoute ici napoL Kupita , apud Dominum , qui ne se trouve point dans la Yulgate , dod plus que dans le manuscrit d'Alexandrie , dans un de ceux d'Etienne , dans le syriaque et l'éthiopien.

12. Hi verô \elut irrationabilia 12. Mais comme ces gens-là , semblapecora , naturaliter in captionem , et blés à des bétes dépourvues de raison , in pernitiem in hisquœ ignorantbias- qui de leur nature sont pour être prises phemantes in corruptione suâ péri- et pour être détruites, blasphèment con- Dunt , tre les choses qu'ils n'entendent pas ; ils

périront dans la corruption où ils vivent ,

illaû comme ces gens-là , semllahîes à des héles dépourvues de raison , etc. Comme les animaux carnassiers se jetant avec impétuosité sur leur proie, tombent ordinairement dans les pièges qu'on leur tend , et y périssent : de même ces faux docteurs, qui blasphèment les mystères de la religion qu'ils ne connaissent pas, et les puissances dont ils ignorent que l'autorité vient de Dieu, se plongent dans des infamies, qui seront le principe de leur perte, et de leur éternelle damnation.

13. Percipientes mercedem injusti- 13. Et ils recevront le salaire de leur tiae, voluptatem existimantes diei iniquité , eux qui font leur joie d'un jour delicias : coinquinaliones , et maculae de plaisir, qui sont l'ordure et la saleté deliciis affluentes, in conviviis suis mêmes, regorgeant de délices, s'abaDluxuriantes vobiscum y donnant parmi vous à toutes sortes de

dissolutions dans leurs festins;

Eux qui font leur joie d'un jour de plaisir. Eux qui cherchent â passer tous lea jours de leur vie dans le plaisir et la débauche : ou bien saint Pierre veut marquer l'impudence de ces hérétiques, qui faisaient gloire de leurs brutales voluptés, et s'y livraient pour parler avec l'Ecriture, à la vue du soleil, au lieu que les autres cherchent pour cela les ténèbres. Ce qu'ajoute saint Pierre qu't/« sont l'ordure et la saleté m^me, etc, ^ nous dépeint au naturel toute la corruption d'un Luther, et son amour pour la botme chère.

14. Oculos babentes plenos adul- 14. Ayant les yeux pleins d'adultère , terii, et incessabills delicti. Pel- et d'une méchanceté qui n'a point de fin; licientes animas instabiles , cor attirant à eux les âmes volages , exercés exercitatum avaritiâ babentes , maie- en fait d'avarice , entants de malédiction : dictionis filii :

Ayant les yeux pleins d' adultère ^ etc. Il y a dans le grec pLotytxXiSoç, adulterœ; au lieu qu'on lit dans le manuscrit d'Alexandrie comme dans la Yulgate, piOixaXiccçt adulterii. Ils ne pensent qu'à attirer les femmes dans l'adultère. Il fallait que Luther eût les yeux et le cœur bien remplis de cette infâme passion, lorsque dans son sermon sur le mariage, il ne craignait point de débiter en pleine chaire cette abominable

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disjonctive, dont Epicare lui-même aurait rougi: ii non imlt uxor , veniat ancilla. Voilà tes prédicatiuiiB de ce réformateur, que Calvin regarde comme un grand apôtre, et que tout homme sensé reconnaîtra à ce seul trait pour ie ministre de Satan.

15. Derelinquentes reclam viam er- 15. Après avoir quitté le droit chemin, raveruDt , secuti viam Balaam ex ils se sont égarés , et ils ont suivi la (voie Bosor, qui mercedem iniquitatis de Balaam sorti de Bosor, qui fut épris du amavit (1) , salaire de sou iniquité ,

Ih ont suivi la voie de Balaam sorti de Bosor. Balaam voyant que Dieu ne lui permettait pas de maudire son peuple , donna aux Moahites le détestable conseil d'engager les Israélites dans Timpudicité, persuadé qu'il n'en faudrait pas davantage pour engager Uieu à les punir et à les livrer à leurs ennemis : Num. 25/2, 3,4. Comme donc ce faux prophète quitta la voie de Dieu , pour suivre sa cupidité, de même ces faux docteurs quittent la voie de la vérité enseignée par les apôtres , se livrent à toutes sortes de désordres, et tâchent d'y engager les autres.

16. Correptionera verô habuit suœ 16. Mais qui reçut une réprimande pour Tesaniie : subjugale mutum animal , sa folie. Un animal accoutumé au joug et borainis voce loquens, probibuit pro- muet, parlant à la manière de l'homme , phetae insipientiam (2). arrêta l'égarement du prophète.

Un animal accoutumé au joug et muet, L'ânesse de Balaam. Yoyez cette histoire au livre des Nombres, chapitre 22 , verset 28.

17. Hi sunt fontes sine aquâ, et 17. Ce sont des fontaines sans eau , et nebulffi turbinibus eiagilatae , quibus des vapeurs poussées çà et là par les caligo tenebrarum reservalur (3). tourbillons de vent : et c'est à eux que de

noires ténèbres sont réservées.

Ce sont des fontaines sans eau. C'est-à-dire que ce ne sont point de véritables fontaines. Ils ne donnent rien de ce qu'ils promettent, lis font espérer la paix de la conscience, la rémission des péchés par la seule foi; et dans tout cela il n'y a qu'illusion et mensonge. Ce sont encore des vapeurs poussées ça et là par des tourbillons de vent : ce qui marque l'inconstance des hérétiques dans leur doctrine, et leurs perpétuelles contradictions. Il est encore ici aisé de reconnaître les prétendus réformateurs. Ces gens qui prenaient le ton des prophètes , et qui se disaient envoyés de Dieu pour rétablir l'ancienne doctrine , n'ont pu convenir ensemble de ce qu'ils devaient enseigner. On les a vus se traiter de séducteurs et d'hérétiques, et se charger mutuellement d'anathèmea.

18. Superba enim vanitatîs loquen- 18. Car par des discours fastueux et frites , pelliciunt in desideriis carnis voles , ils tâchent d'attirer dans des pasluxuri» eos , qui paululùm effugiunt, sions charnelles et impures ceux qui se qui in errore conversantur : séparent tant soit peu des personnes engagées dans l'erreur.

Ceux qui se séparent tant soit peu des personnes engagées dans l'erreur. Les nouveaux docteurs n'engagent pas dans leurs pièges ceux qui sont affermis dans la religion, mais ceux qui se sont retirés depuis peu de l'erreur, et qui n'ont pas encore jeté de profondes racines dans la piété. Ce sont ceux-là qu'ils attirent à eux par l'amorce des plaisirs dont ils flattent leurs passions, qui ne sont pas encore bien éteintes. C'est ainsi que Luther et Calvin firent sortir tant de religieux et de religieuses de leurs monastères, en leur persuadant de renoncera leurs vœux, pour contracter des mariages sacrilèges.

19. Libertatem illis promitlentes , 19. Ils leur promettent la liberté , étant cùm ipsi servi sint corruptionis : à eux-mêmes esclaves de la corruption : quo enim quis superatus est , hujus puisque dès qu'on est vaincu par un autre, et servus est (4). dés là on est son esclave.

Us leur promettent la liberté. Ils leurs promettent non-seulement de les délivrer du joug du péché; mais encore de les affranchir de toute loi divine et humaine. C'est ce

(1) Jud. 11. — (2) Num. 22. 22.— (3) Jud. 12. — (4) Joan. 8. 34. -Rom. 10. 20.

que Luther fit dans son livre de la liberté chrétienne , qui produisit de si funeste effets dans toute r^llemagiie.

'20. Si enim refugleotes coinquioa- 20. Car si ceux qui en connaissant

tiones mundi iu cognitione Domini Jésus-Christ IVotre-Seigneur et noire Sau-

nostri et Saivatoris Jesu Christi , his veur , se sont retirés de la corruption du

rursus iroplicali superantur : facta monde , viennent à être vaincus en s'y en-

sunt eis poster iora détériora priori- géant tout de nouveau ; la dernière condi-

bus (1}. tion est pire pour eux que la première.

La dernière eondiiion est pire pour eux que la première» Et parce que leurs oiau«vaises habitudes se fortifient, et parce que leur monstrueuse ingratitude aaet obstacle à la grâce de Dieu, et les conduit à l'end urcissement dans te crime. Saint Pierre fait ici allusion é ce que Notre-Seigneur enseigne lui-oiéme. JUatt. 12, 45.

21. Melius enlm erat illis non co- 21. En effet, ce leur eût été une chose gnoscereviam justitiae , quàm post plus avantageuse, de ne connaître point agnitionem retrorsum converti ab eo, la voie de la justice , qu'après l'avoir conquod illis traditum est, sancto man- nue, de retourner en arrière , s'éloignant dato. de la loi sainte qu'ils ont reçue.

22. Gontigit enim eis illud veri pro- 22. Car il leur est arrivé ce que dit ce verbii : Canis reversus ad suum vo- proverbe si véritable : Le chien qui remttam ; et , sus Iota in volutabro tourne à ce qu'il avait vomi ; et le pourluti (2). ceau lavé qui se vautre dans la boue.

Le chien qui reloume â ce qu'il avait vomif ete. Saint Pierre ne pouvait mieux fdire sentir l'horreur de la rechute , que par les deux comparaisons qu'il emploie ici. Le chien et le pourceau étaient censés des animaux immondes dans l'ancienne loi. Jésus-Christ se sert de ces deux mêmes comparaisons , Hait, 7, 6. Lorsqu'il dit : Nolite dare iancium canibut , neque miUalis margarilas tetlras anle poreos. Les Romains s'eu servaient pareillement, pour marquer ceux qui étaient plongés dans la volupté , comme nous l'apprenons de ce vers d'Horace, Ep, 1 , 2. Ep. 2. VixiitH canis immundut et arnica luio sus. Au reste, le premier proverbe que cite saint Pierre, est tiié de Salomon , Prov. 26, 11. Il a ajouté le second de lui-même : mais on ne peut pas douter que ce ne fût un proverbe généralement reçu de son temps.

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