CHAPITRE II
J^SQs-Christ , notre avocat auprès du Père , est une victime de propitiatioD pour les pécbéi do monde entier. C'est en observant les commandements de Dieu , qu'on montre si on le connaît , et si on Taime véritablement. De Tancien précepte et du nouveau : de ceux qui sont dans la lumière, on dans les ténèbres, il écrit pour ceui de divers âges, lei éloignant tous de Tamour du monde et du commerce des hérétiques, il recommande qu'après avoir une fois reju la foi , ils s'y attachent , en suivant la conduite dn Saint-Esprit.
1. FiLiOLi mei , hœc scribo vobis , 1. Mes ebers enfants, je vous écris ceci, ut non peccatis. Sed et si quis pecca- afin que vous ne péchiez point. Cependant, verit , advocatuni babemus apud Pa- si quelqu'un vient à pécher , nous avons trem Jesum Chrisium justum : un avocat auprès du Père : c'est Jésus-
Christ qui est tout juste :
Mes chers enfants, je vous écrit Cfct , afin que vous ne péchiez point. C'est coin me •i saint Jean disait : ce que je viens de vous enseigner touchant la corruption de notre nature si portée au péché , je ne vous le remets devant les yeux, qu'afin que vous n'oubliiez jamais votre propre fragilité , et que cette connaissance vous retienne dans une continuelle défiance de vous-mêmes, et vous fasse employer tous vos soins pour éviter le péché. — Cependant si quelqu'un vient à pécher ^ nous avons un avocat auprès du Père. Mais malgré votre attention et votre vigilance , si vous venez à pécher, ne perdez pas pour cela courage, et ne vous laissez pas aller au désespoir. Car je'vuus avertis que nous avons auprès du Père un avocat puissant, et qui a tout ce qu'il faut pour nous en obtenir le pardon. Cet avocat, c'est Jésus-Christ lui-même, qui étant le juste par excellence , n'a pas besoin de rien demander pour lui , et se trouve eu état de tout obtenir pour nous. Cela n'empêche pas que les saints ne puissent être aussi nos avocats, et nos intercesseurs auprès de Dieu , et que nous ne puissions nous adresser a eux , pour demander leurs suffrages. IMais il y a cette différence entre Jésus-Christ et
gS8 I. EPITHE DE S. JEATf.
eiix, que Jésus-Christ n'a besoin que de lui-même et de ses propres mérites, pour obtenir de Dieu tout ce qu'il lui demande en notre faveur; au lieu que les saints ne peuvent prier que par Jésus-Christ, et ne sont exaucés qu'en son nom. C'est lé la foi de l'Eglise clairement expliquée dans le concile de Trente. On ne conçoit pAs après cela comment Calvin et Bèze out ici le front de nous reprocher que nous dépouillons Jésus- Christ du titre d'avocat, pour en revêtir la sainte Vierge et les autres saints, quand nous sollicitons ses membres qui sont aussi les nôtres, ses enfants qui sont nos frères, et ses saints qui sont nos prémices , de prier avec nous et pour nous notre commun maître au nom de notre commun médiateur.
2. Et ipse est propitiatio pro pec- 2. Il est lui-même une victime de procatis nostris; non pro nostris autem pitiation pour nos péchés; et non*seuletantum , sed etiam pro totius mundi. ment pour les nôtres , mais aussi pour
ceui du monde entier.
n Bit lui-même une victime de propitiation pour nos péchés. Parce qu'en s'immolant sur la croix , il a pleinement satisfait pour eux , et nous a rendu Dieu propice par la valeur inûnie de son oblation. — Et non-seulement pour les nôtres ^ mais aussi pour ceux du mone/e entier. Saint Jean , par ces paroles, pour les nôtres ^ marque les fidèles qui composent l'Epilise de Jésus-Christ ; et sous ces autres, pour ceux du monde entier il comprend les infidèles mêmes, et généralement tous les hommes. Donc , pour conclure avec saint \ugustin. Tract. 12. in Joan. le céleste médecin est venu pour guérir, autant qu'il est en lui, le malade. Si vous ne voulez pas être sauvé par lui, vous serez condamné par vous-mêmes. Eryo quantum in medico est, sanare venit œgrotum.., Salvari nonvis ah ipso, ex te Judicaheris. Ce malade est tout le genre humain, qui était non-seulement malade , mais aussi mort par le péché. C'est ce qui fait dire au même Père, l. 20. de civit c. 6. que tous les hommes , sans aucune exception, sont morts , et que c'est pour tous ces morts que Jésus-Christ est mort lui-même. Omnes itaquemortui sunt in pecealis... Et pro omnibus mortuis tivus mortus est unus, id est nullum kahens omninù peecatum. Saint Prosper, resp. 9. ad. cap. Gai. donne la même étendue au monde pour lequel Jésus-Christ est mort, en disant qu'il a donné son sang pour le monde ; et que le monde n'a pas voulu être racheté , parce que les ténèbres n'ont pas reçu la lumière. Dédit pro mundo sanguinem suum ; et mundus redimi noluit ^ quia lueemtenehrœ non receperunt, Mais Calvin et Bèze prétendent que c'est tout le monde des élus , dont il est ici parlé ; et que c'est seulemeut pour leur salut éternel que Jésus- Christ a été une victime de propitiation. Ce sentiment a été clairement condamné par le concile de Trente : ce qui devait empêcher Estius de l'adopter , comme il a fait dans son commentaire. Car il y enseigne en termes formels que Jésus-Christ n'est l'avocat que des seuls élus , parce qu'il ne prie que pour eux : atqui tantûm Eleclorum advosatus est^ quia tantûm pro electis orat. Il ajoute qu'il n'est une victime de propitiation que pour les péchés des seuls élus , soit Juifs, soit gentils , et que c'est là le sens de saint Jean : Similiter ergà tantûm pro electorum peccatis , tam eorum qui sunt exgentibus , quam qui ex Judœis , significatur esse propitiatio. Jamais Calvin n'a plua clairement enseigné son hérésie. Si le nouvel interprète français avait fait attention à ces endroits d'Estius, il se fût bien donné de garde d'y renvoyer se« lecteurs. Estius n'est pas un auteur qui doive être écouté sur ces matières. Car non-seulement il enseigne que Dieu né veut sauver que les seuls élus dans notre état : mais il soutient de plus qu'il n'a voulu sauver que ceux des anges qui se sont réellement sauvés , et qu'il a refusé à tous les autres des grâces suffisantes pour pouvoir se sauver. C'est une impiété qui approche du manichéisme : impiété dont les calvinistes sont depuis longtemps revenus , et que Calvin lui-même a désavouée dans plusieurs endroits de ses ouvrages, quoiqu'il la soutienne dans d'autres.
3. Et in hoc scimus quoniàm cogno- 3. Et si nous observons ses commandevlmus eum , si mandata ejus obser- ments , par là nous sommes assurés que vemus. nous le connaissons.
Et si nous observons ses commandements , par là nous sommes assurés que nous U connaissons. Il nes^agit pas ici d'une connaissance stérile et de pure spéculation, d'une connaissance affectueuse et mêlée d'amour. C'est ainsi que le mot connaître se prend souvent dans l'Ecriture , comme dans ces endroits : Psal. 1.6: Novit Dominusciam justorum. 9, 1 1 : Qui noverit nomen tuum. Sap. 15, 3 : Nosse enim te consummaia justitia est. Joan 10, 14 : Cognosco oves meas , et cognoscunt me meœ., Dans tous ces endroits connailre signifie la même chose qu'aimer ; et l'ou voit clairement que saint