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CHAPITRE IV

Quels esprits soot de Bien, ou n'en sont pas. Puisque Dieu nous a aimés le premier, en donnant pour nous son Fils , nous devons aussi aimer Dieu et le prochain, le parfait amour bannit la crainte.

i, Charissimi , noiite omni spiri- 1. Mes bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tui credere , sed probate spiritus si ei toutes sortes d'esprits ; mais éprouvez les Deo sint : quoniàm multi pseudopro- esprits , pour voir s'ils sont de Dieu : car phetae eiierunt in roundum. il est venu beaucoup de faux prophètes

dans le monde.

0) Matth. 21. 22. — (2) Joan. 6. 29. et 17. 3. — ^3) ioan. 13. 34. et 15. 12.

5150 I. EPITRE DE S. JTEAX.

Mes bien-aimés^ n'ajoutez pas foi d toutes sortes d'esprits. Saint Jean revient aui faux docteurs dont il avait parlé au chapitre second , et il fournit ici aux fidèles deux règlet certaines pour les connaître. L'une particulière, v. 2 L'autre générale o. 6. Il veut donc que les fidèles n'ajoutent pas foi à toutes sortes d'esprits^ mais qu'ils les éprouvent^ pour voir s'ils sont de Dieu. Par ces esprits qu'on doit éprouver, il faut entendre les docteurs qui se mêlent d'enseigner, et qui se donnent pour spécialement éclairés de l'esprit de Dieu. C'est ce qui parait évidemment dans la suite de ce verset Car la raison pour laquelle saint Jean veut qu'on les éprouve, c'est qu't7 est venu beaucoup de faux prophètes dans le monde. Puisqu'il y a donc beaucoup de faux prophètes, qui se disent remplis de l'esprit de Dieu comme les véritables , il est juste de ne recevoir pas indifféremment tous ceux qui se présentent sans les avoir éprouvés auparavant. Mais comment les simples fidèles pourront-ils faire ce discernement? Les prétendus réformés veulent que ce soit en confrontant ce qu'ils enseignent avec la parole de Dieu. Hais tous les fidèles sont-ils capables de faire cette confrontation? Calvin lui-même est ici forcé d'avouer qu'il ne sert de rien d'avoir é la main la parole de Dieu , si nous n'avons l'esprit de prudence, pour nous assurer de sa véritable explication. Niti adsit spiritut prudentiœ , nihil aut parum proderil verbum Dei , cujus inlerpretatio nobis non eons^ tabit. Or tous les fidèles ont-ils cet esprit de prudence et de discrétion? L'hérésiarque soutient qu'il ne manque jamais aux gensde bien , pourvu qu'ils le demandent à Dieu : mais comment peut-il donner cette assurance à chaque fidèle, lui qui au même endroit la refuse à toute l'Eglise et aux conciles les plus nombreux? C'est la cette question difficile que Calvin a reconnue, et sous le poids de laquelle il a manifestement succombé comme y succomberont nécessairement tous ceux qui quittent les principes de l'Eglise catholique, que saint Jean va nous enseigner.

2. In hoc cognoscitur »piritus Dei : 2. A ceci on connaît qu'un esprit est de omnis spiritus qui confitetur Jesum Dieu : Tout esprit qui confesse que Jésa»- Christum in carne venisse , ex Deo Christ est venu avec un corps de chair , est est : de Dieu.

J ceci Von connait qu*un esprit est de Dieu. Tout esprit qui confesse que Jésus-ChriH eêt venu avec un corps de chair, est de Dieu. La règle que donne ici saint Jean, est une règle particulière, qui peut ser\ir aux fidèles à se précautionner contre certaioes hérésies. Dès le temps de saint Jean il y avait des hérétiques qui niaient la vérité de l'incarnation, laquelle est le fondement de toute la religion chrétienne. Saint Jean les exhorte donc à s'dttacher fermement A ce point fondamental. Si quelqu'un , leur dit-il, confesse que le Verbe divin s'est fait chair, et qu'il a pris véritablement la nature humaine, vous pouvez en cela le regarder comme un véritable prophète; puisque la doctrine qu'il vous annonce , vient incontestablement de Dieu. C'est comme si les pasteurs de l'Eglise disaient maintenant aux fidèles : parmi tous les docteurs qui se mêlent d'enseigner, si vous en trouvez qui confessent que le corps de Jésus-Christ est réellement dans l'Eucharistie : que Dieu n'abandonne jamais les justes, jusqu'à les laisser dans l'impossibilité d'accomplir le précepte , ou de demander la grâce nécessaire pour l'observer, etc. Vous pouvez en cela les regarder comme des docteurs catholiques et orthodoxes, dont la doctrine a certainement Dieu pour auteur.

3. El ômnis spiritus , qui solvit Je- 3. Au contraire , tout esprit qui dÎTÎse sum , ex Deo non est : et hic est anti- Jésus , n'est point de Dieu : «t c'est là christus, de quo audistls quoniàm ve- l'antechrist , duquel vous avez ouï dire Dit > et nunc jam in mundo est. qu'il va venir , et dès à présent il est dans

le monde.

Au

Jésus natures,

doctrine, n'est point de Dieu et se vante faussement d'être animé de son esprit. An lieu de ces mots, qui solvit Jesum , il y a dans le grec, qui non confitetur Jesum Christum in came venissp. Mais les plus anciens Pères grecs et latins , comme saint Irénée. l, 3. c. 18. Tcitullien , l. 5. contra Marci, c, 16. Saint Cyrille, l. de reeld fide ad Reg. Saint Augustin, sur cet endroit; saint Léon, Ep. lO, c, 5, et une infinité d'autres ont lu comme la Vulgate. Socrate, l. 7. Hist. c. 32, nous apprend qu'il y avait de même dans les anciens exemplaires, et que les interprètes des premiers siéclet nous unt avertis que quelques-uns avaient corrompu celle épitre, afin de séparer Vhommê

Cn.\PITRE IT. }&M

d'arec Dieu dant Jésus-Christ, Il e^t probable que saint Gyprien était tombé sur un de ces exemplaires curroinpus : car il est le beul parmi les anciens, qui suive la leçon que nous avons maintenant dans le grec. — C'est là l'antechrist. Celui qui enseigne une doctrine pareille, est Tanfeobrist. Saint Jean ajoute que dès à présent il est ou monde , l'antechrist ; non pas dans sa propre personne, mais dans celle des hérétiques, qui sont animés de son esprit, et qui commencent déjà le mystère d'iniquité, que l'antechrist conduira à sa perfection. C'est dans ce même sens que Jésus-Christ , en parlant de Jean-Baptiste, disait qu'£lie était venu : Malt. 17. 12.

4. Yox ex Deo estis , filioli , et vi- 4. Pour vous , mes chers enfants , vous cistiseum, quoniàm major est qui êtes de Dieu, et vous l'avez vaincu cel iu \obis est, quàm qui in mundo. esprit : parce que celui qui est en vous ,

est bien au dessus de celui qui est dans le monde.

Pour vous , mes chers enfants , vous êtes de Dieu et vous l'avez vaincu cet esprit. Vous êtes enfants de Dieu , vous êtes animés de son esprit ; et vous en avei donné des niurques, en résistant courageusement à ces faux docteurs, ministres et précurseurs de l'antechrist, qui tachaient de vous séduire. — Parce que celui qui est en vous^ est bien au-dessus de celui qui est dans le monde. C'est comme si saint Jean disait : Si vous avei remporté la victoire sur les faux prophètes, qui voulaient vous entraîner avec eux dans le précipice de l'erreur : ce n'a pas été par vos propres forces, mais avec le secours de celui qui demeure en vous par sa grâce, et qui est plus puissant pour vous protéger, que le démon ou l'antechrist avec tous ses émissaires ue lest pour vous perdre.

5. Ipsi de mundo sunt : ideô de 5. Eux ils sont du monde : c'est pour mundo loquuntur, et mandus eos cela qu'ils parlent du monde, et que U audit (1). monde les écoute.

Eux, ils sont du monde. Ces faux docteurs sont pleins de l'esprit du monde ; ils en suivent les maximes , ils enseignent une doctrine convenable à la perversité du monde corrompu ; et voila pourquoi le monde les écoute si volontiers et les suit en foule. Tous les hérétiques se parent ordinairement d'un air de réforme et de sévérité : mais pour peu qu'on examine de près leur doctrine , on ne manque pas d'y trouver de quoi satisfaire la cupidité. La plupart des hérétiques qui infectaient l'&glise au temps de saint Jeau , niant la liberté , prétendaient que l'homme était toujours nécessité a faire le bien ou le mal. Or cet article seul met la convoitise bien au large, et adoucit infiniment toute la rigueur des maximes sévères qu'on se fait honneur de débiter.

6. Nos ex Deo sumus. Qui novit 6. Nous autres , nous sommes de Dieu. Deum , audit nos : qui non est ex Deo, Celui qui connaît Dieu, nous écoute: non audit nos : in hoc cognoscimus celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute spiritum veritatis, et spiritum crroris. point. A cela nous connaissons l'esprit de

vérité et l'esprit d'erreur.

Nous autres nous sommes de Dieu, Nous autres apôtres et pasteurs de l'Eglise de Jéaus-Christ , nous sommes de Dieu, nous sommes envoyés par lui , nous apportons une doctrine qui vient incontestablement de lui. C'est à nous que Jésus-Christ a confié les vérités de son Evangile ; c'est nous qu'il a chargés de l'annoncer à toutes les nations de la terre : c'est avec nous et avec ceux qui doivent nous succéder dans le ministère évangélique, qu'il a promis de demeurer toujours jusqu'à la consommation des siècles. — Celui qui connaît Dteu , nous écoule: celui qui n'est pas de Dieu, ne nous écoute point. Il parait par l'antithèse que met ici saint Jean , que connaître Dieu et être de DieUy c'est précisément la même chose. Celui donc qui est de Dieu , écoute les apôtres et ceux qui leur ont succédé ; c'est-à-dire qu'il est docile à la voix de l'Eglise, dans la personne des premiers pasteurs; qu'il se soumet à leurs décisions : qu'il est prêt à recevoir tout ce qu'ils enseignent , et à condamner tout ce qu'ils réprouvent; comme au contraire l'hérétique qui n'est pas de Dieu, se soulève contre l'autorité des apôtres et des pasteurs de l'Eglise , et refuse de les écouter. — A cela nous con-

(1) JoaoD. 8. 47.

3o2 I. EPITRE DE 8. JEAN.

nattions Vetpril de vérilé et l'esprit d'erreur. Voilà la règle générale q«e saint Jean donne A tous les fidèles, pour connaître si une doctrine est fausse ou véritable ; si ceilx qui l'enseignent sont des docteurs orthodoxes qu'on doive suivre, ou des imposteurs qu'il ne soit pas permis d'écouter. C'est cette soumission à la voix de l'Eglise , qui est la pierre de touche par le moyen de laquelle on peut distinguer le faux prophète du véritable. Si vous voyez qu'un homme combatte une doctrine que PEglise a consacrée par ses décisions , ou qu'il en enseigne une qu'elle réprouve : si au lieu de se souDiettre au jugement des premiers pasteurs, il le méprise, et n'épargne rien pour le décrier; fût-il du reste l'homme le plus savant et le plus éclairé qu'il y eût au monde , eût-il en apparence toutes les vertus ; à cela seul vous connaîtrez que c'est l'esprit d'erreur et de mensonge, et non pas l'esprit de vérité qui l'anime : ce seul défaut de soumission à la voix du plus grand nombre des premiers pasteurs vous autorise suffisamment à lui dire anathème , et vous oblige A le regarder comme un infidèle et un publicain. Cotte règle est générale , et convient à tous les temps ; elle est facile , et à la portée de tous les fidèles. Car il n'y en a point qui ne puisse savoir où est l'Eglise , et se r.on\aincre si celui qui lui parle, se soumet à ses jugements ou méprbe son autorité.

7. Charissimi , diligamus nos In- 7. Mes bien-ainoés , ayons de l'amour vicem : quia char lias ex Deo est. Et les uns pour les autres; parce que la omnis qui diligit > ex Dco uatus est et charité vient de Dieu. Or quiconque a de coguoscii Deum. l'amour, tire sa naissance de Dieu» et

connaît Dieu.

Parce que la charité vient de Dieu, La charité dont parle ici saint Jean , n*est pas une charité purement humaine que la chair ou le sang , ou d'autres raisons naturelles peuvent faire naître et entretenir; mais une charité surnaturelle, par laquelle notis aimons le prochain pour Dieu, et comme Jésus-Christ nous a aimés. Or cette charité vient de Dieu, elle est dans nous un des fruits les plus précieux de sa grâce. — Or quiconque a de l'amour^ tire sa naissance de Dieu y et connaît Dieu, Quiconque aime ses frères pour Dieu de cet amour surnaturel dont nous venons de parler , est véritablement enfant de Dieu ; et il cannait Dieu de la manière qu'il veut être connu. Car il n'est pas possible d'aimer de cette sorte le prochain, et de n'aimer pas Dieu lui-même. Par une raison toute contraire , celui qui n'a pas d'amour ne connaît pas Dieu , comme saint Jean le dit au verset suivant j c'est-à-dire qu'il ne le connaît qu'imparfaitement, qu'il ne rend pas justice à toute l'étendue de l'amour de Dieu pour nous, et des obligations ([ue cet amour nous impose. Car Dieu est charité ; c'est-à-dire infiniment et suréminemment charitable, comme nous disons d'un homme vraiment droit et sincère, que c'est la droiture et la sincérité même.

8. Qui non diligit, non novit Deum: 8. Celui qui n'a point d'amour, ne quoniàm Deus charitas est. connaît pas Dieu : car Dieu est amour.

0. In hoc apparu it charitas Dei in 9. Voici en quoi l'amour de Dieu a

nobis ; quoniàm Filium suum unige- paru à notre égard : c'est que Dieu a

nitum misit Deus in mundum , ut envoyé son Fils unique dans le monde ,

vivamus ner eum (1). afin que par lui nous ayons la vie.

10. In noc est charitas : non quasi 10. En cela consiste son amour. Ce

nos dilexerimus Deum , sed quoniàm n'est pas que nous aimassions Dieu ; mais

ipse prior dilexit nos , et misit Filium c'est que lui nous a aimés le premier , et

suum propitialionem pro peccatis qu'il a envoyé son Fils comme une vie-

nostris. Urne de propitialion pour nos péchés.

Ce n'est pas que nous aimassions Dieu : mais c'est que lui nous a aimés le premier. C'a été par un effet de sa pure miséricorde, que Dieu nous a aimés jusqu'à nous donner son Fiîs unique pour nous racheter. Car loin d'avoir rien fait pour mériter une grâ(« si singulière , nous étions en qualité de pécheurs les objets de sa haine et de sa ooSère, C'est par ce même endroit que saint Paul relève la charité de Dieu à notre égard : Rom» .5,6,8. Tit, 3, 5. On prouve par là efficacement que l'élection à la grâce eist purement gratuite , comme l'Eglise l'a défini contre les pélagiens et les semi-pélagiens. Mais on ne peut pas nécessairement en conclure que l'élection à la gloire soit pareille* ment gratuite , et se fasse sans aucune prévision des mérites , comme Estius l'a fausse-

(1) Joan. 3. 10.

Cn.iPlTRE IT. 5oS

ment prétendn. .\ntrement , il faudrait dire que tous ceuT qui flont élus é la grâce sont sauvés ; ou ce qui revient au uieme , qu'il n'y a qup ceux qui sont sauvés , qui soient élus à la grâce : ce qui est une hérésie de Calvin condamnée duus le concile de Trente.

11. Charissimi, si sic Deus dilexit 11. Mes bien-aimés, si Dieu nous a nos , et nos debemus altcrutrum di- aimés de la sorte , nous aussi nous devons ligere. nous entr'aimer.

12. Deum nemo vidit unquam. Si 12 Jamais personne n'a vu Dieu. Si diligamus invicem , Deus in nobis nous nous enir aimons, Dieu demeure en manet , et charitas ejus in nobis per- nous , et son amour est parfait en nous, fecta est (1).

Jamaù personne n* a vu Dieu, D'une vue intuitive, et tel qu'il est en lui-même. Personne, dis>-je, ne l'a jamais vu do la sorte dnns cette vie roartelie : car saint Jean nous a enseigné que dans l'autre, nous le verrons tel qu'il est en lui-même. Au reste, que cette sentence de saint Jean soit générale, et ne souffre aucune exception, saint Paul le déclare assez, 1. Timot, 6, 16, en disant que personne ne l'a jamais vu, et mêoie ne le peut voir : sed nec videre potesl. Voyez nos notes sur ce passage de saint Paul. Saint Jean veut par là nous faire entendre que Dieu étan!t invisible, nous ne pouvons pas l'aimer parfaitement dans cette vie; niais que nous pouvons en quelque sorte suppléer à ce qui nous manque de ce côté-là , en aimant nos frères pour l'amour de lui. C'est ce que saint Jean déclare en ajoutant, que si nous nous enlr aimons , Dieu demeure en nous, et que son amour est parfait en nous.

13. In hoc cognoscimus quoniàm in 13. A ceci nous connaissons que nous eo manemus, et ipse in nobis: quo- demeurons en lui. et lui en nous : c'est niàm de Spiritu suo dédit nobis. qu'il nous a communiqué de son Esprit.

A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui , et lui en nous : c'est qu'il nous a communiqué de son esprit. La charité parfaite, c'est-à-dire sincère et chrétienne que nous sentons pour nos frères, nous vient de l'esprit de Dieu ; et nous fait en même temps connaître que nous sommes à lui , et qu'il demeure en nous par sa grâce.

14. Et nos vidimus, et testifica- 44. De plus, nous avons vu de nos mur, quoniàm Pater misit Filium yeux, et nous rendons témoignage, que suum Salvatorem mundi. le Père a envoyé son Fils comme Sauveur

du monde.

De plus^ nous avons vu de nos yeux^ etc. Ceci a rapport au verset 9, où saint Jean a dit que Dieu avait montré sa charité envers les hommes , en envoyant son Fils unique pour les racheter. C'est ce Fils bien-aimé que nous avons vu de nos propres yeui , dit-il : et ainsi le témoignage que nous rendons là-dessus, ne peut être suspect.

13. Quisquis confessus fuerit quo- 15. Qui que ce soit qui confesse que niàm Jésus est Filius Dei , Deus in eo Jésus est le Fils de Dieu , Dieu demeure manet , et ipse in Deo. en lui , et lui en Dieu.

Qui que ce soit qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu , demeure en lui , et lui en Dieu. Cela doit encore s'entendre d'une foi vivre et agissante par la charité qui l'anime. Car les démons mêmes confessaient hautement que Jésus-Christ était le Fils de Dieu , Lue. 4, 41 , et cependant ils ne demeuraient pas dans Dieu, ni Dieu dans eux, au sens que saint Jean l'eutend.

IB.Etnoscognovimus, etcredidimus 16. Aussi, avons-nous reconnu, et a vons-

charitati , quam habet Deus in nobis. nous cru l'amour que Dieu a pour nous.

Deus charitas est : et qui manet in Dieu est amour ; et qui demeure dans la

charitate, in Deo manet, et Deus in eo. charité , demeure en Dieu , et Dieu en lui.

17. In hoc perfecta est charitas Dei 17. En cela notre amour envers Dieu

nobiscum , ut fiducie m habeamus in est parfait , que nous nous sentons de l'as-

die judicii : quia sicut ille est, et nos surance pour le jour du jugement : parce

sumus in hoc mundo. que nous sommes tels en ce monde qu'il

est lui-même.

(I) Joan. l. 18.- l.Tim. 6. 26.

En cela notre amour envers Dieu est parfait , que nous nous sentons de l'assurance pour le jour du jugement. Il y a seulement dans le grec àyxTrv] , cJiaritas, et dans le latin, eharitas Dei, qui peut s'entendre, ou de la charité que Dieu nous porte, ou de celle que nous avons pour Dieu. L'une et l'autre, quand elle est véritable et parfaite , nous donne une sainte confiance pour paraître devant lui au jour du jugement ; parce que nous sommes tels en ce monde qu'il est lui-même, imitant autant qu'il est eu nous sa sainteté; et faisant à son exemple du bien à tout le monde. De savants interprètes expliquent autrement cet endroit , et croient que saint Jean exhorte les fidèles à confesser constamment le nom de Jésus-Christ devant les tribunaux des infidèles, comme s'il disait : notre amour envers Dieu est parfait , en ce que nous nous sentons de rassu— rance pour confesser généreusement Jésus-Christ lorsque nous serons cités devant les juges pour y rendre raison de notre foi. Car nous sommes dans ce monde exposés à tous les mauvais traitements que Jésus-Christ a essuyés lui-même. Nous allons voir que cette explication a été suivie par plusieurs anciens Pères.

18. Timor noD est in cbaritate : sed 18. Il n'y a point de crainte dans la chaperfecta eharitas foras mittit timo- rite; mais la charité parfaite bannit la rem : quoniàm timor pœuam habet. crainte: parce que la crainte porte sa^eine Qui nutem timet, non est perfectus avec soi; et celui qui craint, n'a pomTlâ in charitate. perfection de la charité.

Il n'y a point de crainte dans la charité : mais la charité parfaite bannit la crainte. Une crainte violente et accompagnée d'inquiétude et d'anxiété, qui n'est point mêlée de confiance, et qui porte au désespoir. Une telle crainte ne se trouve point avec la parfaite charité ; et la charité parfaite ne peut manquer de la bannir. Ce n'est pas à dire pour cela que les justes et les plus grands saints ne puissent agir, et n'agissent en effet souvent par le motif surnaturel de la crainte des jugements de Dieu et de l'enfer. Saint Ambroise et saint Augustin assurent que ce motif a soutenu plus d'une fois la constance des martyrs au milieu de leurs supplices, où ils étaient prêts de fuccomber. Voyez Justiniani sur cet endroit. Ceux qui suivent la seconde explication que nous avons rapportée sur le verset précédent , entendent par la crainte dont il est ici parlé, celle qui nous fait appréhender les maux de cette vie, comme l'exil , la perte des biens, la prison , les supplices et la mort même. La crainte de tous ces maux ne domine point dans le cœur d'un homme qui aime parfaitement Dieu : l'amour de Dieu bannit cette crainte du cœur qu'elle possède. C'est ce qui a paru dans une infinité de martyrs, que l'appréhension des plus affreux supplices n'a pas empêché de confesser constamment la foi devant les tyrans. C'est ainsi que Tertullien a entendu cet endroit, l. Scorp. c. 12. Quam dilectionem , dït-iX , perfeetam adfirmat, nisi fugatricem iimorit, et animatricem confessionis ?

19. Nos ergo diligarous Deum, quo- 19. Nous donc aimons Dieu , paisqiw niàm Deus prior dilexit nos. Dieu nous a aimés le premier.

Aous donc aimons Dieu, La particule illative donc ne se lit point dans le grec que nous avons aujourd'hui : mais On la lit dans le manuscrit d'Alexandrie. Saint Jean tire cette conclusion de tout ce qu'il a dit ci-dessus de l'amour ineffable de Dieu pour nous, qui l'a porté jusqu'à nous donner son propre Fils pour nous racheter.

20. Si auis dixerit , quoniàm diligo 20. Si quelqu'un dit : j'aime Dieu, et Deum et rratrem suum oderit , men- qu'il haïsse son frère , c'est un menteur, dax est. Qui enim non diligit fratrem Car celui qui n'aime point son frère qull suum quem \idet , Deum quem non voit , comment peut-il aimer Dieu qu'il videt, quomodè potest diligereî ne voit pas?

Car celui qui n'aime point son frère qu'il voit , comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas. Saint Jean prouve que celui qui hait son frère, ne peut pas aimer Dieu, parce qu'il est beaucoup plus aisé de faire l'un que l'autre. Nous sommes plus portés à aimer les choses que nous voyons, que celles qui sont au-dessus de nous, et dont nous n'avons qu'une connaissance assez imparfaite. Si donc nous n'aimons pas nos frères que nous voyons de nos yeux , qui ont la même nature que nous , et qui portent des traits si frappants de toutes les perfections de Dieu ; comment pourrons-nous aimer Dieu quo nous ne voyons pas, et que nous connaissons si imparfaitement lui-même?

21. Et hoc mandatum habemus à 21. Et c'est là un commandement qui

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