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CHAPITRE III

Or eesl le même de planter ei d'arroser. Celui qui plante et celui qui arrose, ne contribuent pas plus l'un ({ue l'autre au fruit que porte l'arbre; c'est de Uieu que vient la vertu intérieure qui fait fructifier. Pour eux, ils ne sont que de simples ou- "vriers, que Dieu met en œuvre , et qu'il récompensera, non selon le succès, puisque cela ne dépend point d'eux j mais selon la peine qu'ils auront prise, et selon le travail qu'ils auront fait.

9. Dei enim sumus abjutores. 9. Car nous sommes les coopérateurs

de Dieu.

Bei agricultura estis , Vous êtes son champ ,

Dei sdificatio estis. £t son édifice.

10. Secundum gratiam Dei, quœ 10. Selon la grâce que j'ai reçue de data est mihi , ut sapiens architectus Dieu , j'ai mis le fondement , à l'eiemple fundamentum posui ; alius autem d'un sage architecte. Un autre bâtit dessupercdificat. Unusquisque autem yi- sus : mais que chacun prenne garde de deat quomodô superœdificet. quelle manière il le fait.

Que chacun prenne garde de quelle manière il le fait. L'apôtre vient de montrer que quand bien même ceux qui avaient travaillé après lui à l'instruction des Corinthiens, ne leur auraient rien enseigné que de conforme à la saine doctrine , les Corinthiens n'ont cependant aucun sujet de s'intéresser si fort à leur gloire ^ ni de prendre plutôt le parti des uns que des auties. Mais il commence à insinuer que parmi ces nouveaux docteurs , qu'on faisait tant valoir , il s'en trouvait quelques-uns qui altéraient la pureté de la doctrine évangélique : ce qui sans doute ne tombe , ni sur Céphas , ni sut Apollo, mais sur d'autres personnes que saint Paul a la discrétion de ne pas nommer.

11. Fundamentum enim aliud nemo 11. Car pour le fondement , personne potest ponere prsler id , quod posi- n'en peut mettre d'autre que celui qui a tum est , quod est Christus Jésus. été mis , et c'est Jésus-Christ.

12. Si quis autem supersdifical 12. Que si quelqu'un pour bâtir sur ce super fundamentum hoc , aurum , fondement , emploie de l'or , de l'argent , argentum , lapides pretiosos , ligna , des pierres précieuses , du bois , du foin , fœnum , stipulam ; de la paille ;

Emploie de Vor , de l'argent , etc. Comme il est évident par la suite du discours qu'il s'agit ici des prédicateurs , il s'ensuit aussi de la , que par l'or, l'argent , les pierres précieuses , il faut entendre la doctrine évangélique préchée dans sa pureté, sans altération et sans mélange de doctrine étrangère ; que par le bois , le foin , la paille , on doit entendre toute doctrine opposée à Ta pureté de l'Evangile, et en particulier le mélange des cérémonies légales , pour lesquelles quelques Chrétiens nouvellement convertis conservaient encore de l'attache; sur quoi il est vraisemblable que certains docteurs avaient plus de condescendance qu'ils ne devaient. A la vérité , plusieurs saints Pères , et plusieurs interprètes ont appliqué ce texte à tous les fidèles en général : par Tor , l'argent, etc., ils ont entendu toute sorte d'œuvres , soit bonnes , soit défectueuses. Hais ils n'ont guère pu en user ainsi que dans un sens moral , et en raisonnant de toutes les actions des hommes par proportion à ce que dit saint Paul de la conduite des ouvriers évangéliques.

13. Uniuscujusque opus manifes- 13. Ce que chacun aura fait , sera mis tum erit. Dies enim Domini déclara- en évidence. Car le jour du Seigneur le i>it , quia in igné revelabitur , et découvrira : parce que le feu le fera pauniuscujusque opus quale sit , ignis raître, et que le feu fera l'épreuve de ce probabit. qu'est l'ouvrage de chacun.

L'intelligence de ce verset et des deux suivants est difficile : aussi les commentateurs y donnent des interprétations différentes. Par le jour du Seigneur, la plupart entendent le jugement dernier; d'autres, la fin du monde; d'autres, le temps de la tribu lation et des afflictions. On connaît aisément que chacune de ces explications fournit une manière sûre d'éprouver la solidité de la pure doctrine évangélique , et de la distinguer de toute autre doctrine , qui n'aurait pas pour fondement Jésus-Christ. Quelques nouveaux critiques supposant que le jour dont il est ici parlé , n'est autre chose que le temps de la destruction de Jérusalem et du triomphe du christianisme , disent qu'alors, quand ou verra la synagogue dissipée, le temple détruit, et les cérémonies légales entièrement abolies , il sera facile de juger qui des prédicateurs aura

92 I. EPITBE DE S. Pk€L kVX CORINTHIENS.

prêché la doctrine la plus solide , ou celui qui n'aura enseigné que le pur christianisme, ou celui qui aura voulu y faire entrer quelque reste du Judaïsme. On sera alors con- Taiiicu qu'il n'y a que la pure doctrine de TËvangile qui doive subsister : tout autre mélange sera rejeté et condamné. Ceux ntême qui auront voulu introduire ce mélange plutôt par faiblesse et par imprudence que par malice , ne se sauveront qu'à peine du malheur des Juifs incrédules. Leur ouvrage sera détruit , et ils ne pourront eu^omémes éviter de la part de Dieu un châtiment temporel , soit dans ce monde , soit dans l'autre.

14. Si cujus opus manserit quod 14. Si l'ouvrage de celui qui a bâti superœdiGcavit , mercedem accipiet. dessus résiste, il en sera récompensé.

15. Si cujus opus arserit , detri- 15. Si l'ouvrage d'un autre est consumé, Tuentum patietur : ipse autero sahus ce sera une perte pour lui : il sera néauerlt ; sic tamen quasi per ignem. moins lui-même sauvé , mais comme au

travers du feu.

Vfmime au travers du feu. Les interprètes catholiques prenant communément le mot de feu dans un sens propre , se servent de cet endroit pour prouver Texisfencc du purgatoire. Ceux même qui reconnaîtraient quelque sorte de métaphore dans le texte sacré, ne laisseraient pas d'admettre le sens propre par rapport à l'autre vie. Ils pourraient également conclure que puisque, selon lapôtie, l'ouvrier évangélique qui aura altéré la doctrine chrétienne, et qui se trouvera surpris par le jour du Seigneur, ne laissera pas d'être sauvé, il s'ensuit nécessairement qu'il doit satisfaire dans l'autre vie, s'il n'a pu le faire dans celle-'ci. Mais pourquoi, dira-t-on, celui dont l'ouvrage sera consumé par le feu, ne sera-t-il condamné qu'à une peine passagère? Ne mériterait-il pas le dernier supplice? On a déjà remarqué qu'il ne s'agit pas ici d'erreurs capitales à la foi. Ceux dont parle l'apôtre, conservaient le fondement de la religion. Ce qu'ils y ajoutaient par une prudence et une économie mal entendues, pouvait leur paraître nécessaire dans ces commencements. En un mot, ils n'étaient pas assez irrépréhensibles, pour éviter tout châtiment; mais ils n'étaient pas non plus assez criminefs, pour mériter un supplice éternel.

16. Nescitis quia templum Del 16. Ne savez-vous pas que vous êtes le estis , et Spirilus Deî habitat in vobis? temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu

habite en vous ?

17. Si quis autem templum Dei 17. Or si quelqu'un vient à profaner le violaverit , disperdet illum Deus. temple de Dieu , Dieu le fera périr. Car le Templum enim Dei sanctum est , temple de Dieu est saint > et vous êtes quod estis vos (1). vous-même ce temple.

Or ti qu£^qu*un vient à profaner le temple de Dieu, C'est-à-dire selon la force du texte grec, si quelqu'un détruit le temple de Dieu, s'il renverse cet édifice spirituel par une doctrine et par des maximes qui sapent les fondements de la foi; celui-là n'en sera pas quitte, pour passer comme par le feu. Dieu le fera punir, et le condamnera au feu éternel, comme un profanateur sacrilège du temple de Dieu.

18. Nemo se seducat : si quis vide- 18. Que personne ne se trompe soitur inter vos sapiens esse in hoc même. S'il y a quelqu'un parmi vous qui s«culo , stultus Gat ut sit sapiens. passe pour sage selon le monde, qu'il se

fasse fou pour être sage.

Que personne ne se trompe ^ etc. Que personne ne s'abuse soi-même, en présumant de ses propres lumières, ou en se laissant éblouir par la fausse science et la fausse sagesse de« autres. Si quelqu'un était tel, qu'il captive son entendement sous le joug de la foi , qu'il reçoive avec simplicité les vérités de l'Evangile que le monde profane traite de folie; c'est |e seul moyen d'être véritablement sage.

19. Sapientia enim hujus mundi , 19. Car la sagesse de ce monde est folie stultitia est apudDeum. Scriptumest aux yeux de Dieu, puisqu'il est écrit: enim : comprchendam sapientcs in j'embarrasserai les sages par leur propre astulià eorum (2). finesse.

J^ embarrasserai les sages par leur propre finesse. Je ferai que leur propre finesse et leur fausse prudence deviendra pour eux un piège , auquel ils se trouveront pris.

(1) Inf. 6. 19. - 2 Cor. 6. 16. — (2) Job. 6. 13.

CHAriTRE IV. 93

20. Et ileriim : t)omînus novit co- 20. Et dans un autre endroit : le Seigitationessapientium, quoniam vanœ gneur sait que les pensées des sages sont sunt (i). frivoles.

21. Nemo itaque glorietur in homi- 21. Ainsi que personne ne mette sa nibus. gloire dans les hommes.

22. Oronia enim vestra sunt , sive 22. Car tout est à vous , soit Paul , soit Paulus, sive ApoUo , sive Cephas , Apollo, soit Céphas, soit le monde , soit sive muodus , sive vita , sive mors , la vie , soit la mort , soit le présent , soit sive prxsentia , sive futura : omnia l'avenir : oui , tout est à vous ;

enim vestra sunt ;

21 . 22. Ainsi que personne, etc, TTe mettez donc point votre gloire dans les maigres qui vous ont enseignés ; ne dites point que tous êtes aux uns plutôt qu'aux autres , puisque vous n'êtes eo effet qu'a Jésus-Christ. Ces maîtres eux-mêmes sont plus à vous , que TOUS n'êtes à eux; puisque Dieu les a établis pour vous servir et vous instruire : de même qu'il vous a surbordonné toutes les créatures, afin qu'elles contribuent à votre avantage. — Soii la me, sait la mort. Ces paroles, sive vUa, sive mors^ doivent, ce semble, s'expliquer conjointement avec ces autres, sive prœsenlia ^ sive futura. Dieu a Toulu que tout fût pour votre usage , soit les choses présentes de ce monde, pendant cette vie, soit les choses futures de l'autre monde, après votre moi t.

23. Vos autem Christi : Christus 23. Mais vous, vous êtes à Jésus-Christ, autem Dei. et Jésus-Christ est à Dieu.

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