CHAPITRE VI
1) les reprend de ce qu'ils plaident devant nn juge païen. Faisant le dénombrement de certains péchés , qoi fermeront pour toujoars le ciel à ceox qui s'en trouveront coupables ; il dit que plusieurs choses lui sont permises qu'il ne lui convient pas de faire, et il montre que Ton doit éviter la fornication pour plusieurs raisons.
1. AuDKT aliquîs vestrûm habens 1. Quand quelqu'un de vous a un prt>negotium adversus alterum , judicari ces contre un autre , ose-t-il bien se faire apud iniques, et non apud sanctos? juger par des gens sans équité, plutôt que
par des saints ?
Quand quelqu'un de vous, etc. Est-il possible que dans les différends qui surviennent entre vous , vous osiez plaider devant des juges injustes, apud iniquos , c'est-é-dire devant des païens , plutôt que devant vos frères , apud Sanctos , c'est-é-dtre devant des chrétiens? L'apôtre suppose que ce sont des chrétiens qui ont procès ensemble. Il était permis à un chrétien qui avait affaire à un idolâtre, de comparaître devant des Juges infidèles , n'y ayant point alors d'autra moyen d'éviter l'oppression , ou de se faire rendre justice.
100 I. EPITRC DB S. PACl kVlL CORIlKTfllElVS»^
2. An nescitis quoniàm sancti de 2. Ne savez-vous pas que les sàiôtô hoc mupdo judicabunt ? Et si in vobis jugeront ce monde ? Et si c'est par vous judicabitur mundus , indigni estis qui que le monde sera jugé, êles-vous indignes de minimis judicetis ? " de juger des moindres choses ?
Ne tavex-vous pat que leê iainit jugeront de ce monde. Ne savez-vous pas qu'au jour du jugement dernier vous devez vous-mêmes juger ce monde profane , décider du sort éternel de ces infidèles. C'est ce que Jésus-Christ avait promis é ses apôtrea et en leurs personnes à tous les vrais fidèles, qu'à son dernier avènement il les placerait sur des trônes comme ses assesseurs, et les établirait juges de l'Univers. Vos qui teeuti eslit me , sedehitis super sedet duodecim, judicantet duodeeim irihut Itraèî , Matt. 19. 28. Saint Paul ajoute que ce privilège dont jouiront les saints au dernier jour , ne s'étendra pas seulement sur les hommes réprouvés , mais encore sur le démon et tous les mauvais anges. Car c'est ainsi que les saints Pères et les interprètes expliquent conriDiunément ces paroles , Nescitis quoniam angelos Judiceibimus ?
3. Nescitis quoniàm angelos judica- 3. Ne saTez-vous pas qne nous jugerons bimus ? quamô magis sscularia ? les Anges ? à combien plus forte raison
les affiaires du siècle ?
4. Sscularia igitur judicia si ha- 4. Si vous avez donc des procès snr des bueritis : conlemptibiles qui sunt in affaires du siècle , prenez pour juges les Ecclesiâ , illos constituite ad judican- personnes les moins estimées dans l'Eglise, dum.
5. Ad verecundiam vestram dico. 5. Je le dis à votre honte : Est-<;e que Sic non est inter vos sapiens quis- parmi vous il ne se trouve personne assez quam , qui possit judicare inter fra~ sage, pour juger ses frères ?
trem suum ?
6. Sed frater cum fratre judicio 6. Mais que le frère plaide contre le contendit ; et hoc apud infidèles ? frère : et cela au tribunal des infidèles ?
4. 5. 6. Si donc vous avez entre vous des disputes pour des intérêts temporels, prenez pour juges les plus simples de vos frères et les moins estimés, plutôt que de vous adresser à des infidèles. Ku reste , ce que je vous dis de prendre pour juges , les plus simples et les moins estimés d'entre vous , je le dis à votre honte , et pour vous mar^ quer l'indignation que me cause votre conduite. En effet , en vous voyant recourir ainsi à des juges idolâtres , n'^a-t-on pas sujet de croire que vous n'estimez pas assez vos frères, pour vouloir vous en tenir à leur jugement. Je vous déclare cependant que quelque peu estimables qu'ils soient, il vaudrait encore mieux les prendre pour juges et pour arbitres , que d*avoir recours à des idolâtres. Mais quoi , les choses en sont-elles là ? N'y a-t41 donc personne parmi vous assez sage et assez éclaire , pour juger de vos différends? Et faut-il que vous alliez porter le scandale de vos divisions jusqu'aux tribunaux des infidèles ? Quelques-uns croient que ces mots du verset 4. contemptihiUs qui sunt in Ecclesiâ , illos constituite ad judicandum , se doivent prendre dans le sens le plus propre , sans figure et sans ironie; comme si l'apôtre ordonnait aux Corinthiens de n'employer aux jugements des affaires temporelles que des personnes du commun , afin que les personnes d'^un mérite distingué puissent vaquer plus librement aux fonctions spirituelles. Mais la première explication parait plus suivie et plus juste.
7. Jam quidem omninè dellctuoi 7. C'est déjà une faute en vous d'avoir est in vobis , quôd judicia habetis des procès les uns contre les autres. Que inter vos. Quarè non magis injurîam ne prenez- vous plutôt en patience le tort accipitis ? quarè non magis fraudem qu'on vous fait ? que n'endurez-vous plutôt patimini(1}? qu'on vous fraude?
Cest déjà une faute en vùus , d'^anoir des procès» Ce serait une erreur de prétendre qu^un chrétien ne peut jamais sans péché se pourvoir en justice contre le tort qu'on lui fait en son honneur ou en ses biens. Saint Paul à la vérité semble condamner généralement tous les procès parce qu'en effet il s'y trouve presque toujoui*s du péché , au moins par rapport é une des parties , et qu'il arrive très-rarement qu'on se conduise sans passion , lors même qu'on a le bon droit de son côté. L'apôtre a donc eu raison de dire aux Corinthiens que les procès qu'ils avaient les uns contre les autres, étaient une marque qu'il y avait du péché ou du désordre parmi eux , sans qu'on doive conclure
(l) Matth. 5. 39. - Lue. 6. 29. - Rom. 12. 17. - 1 Thess. 4. 6.
CRAPITRK Vf. 101
de lé f qu'il n'y a point d'occasion où l'on puisse plaider innocemmenl. Il faut de plus remarquer que, selon la force du mot grec , ifrrnfia qui répond à celui de delietum, voici le sens qu'on peut donner A ce verset : c'est déjà une marque de votre faiblesse , que de vous voir plaider les uns contre les autres. Si vous suivies les maximes de l'Evengile , ne souffririex-vous pas plutôt en patience les torts que l'on youB fait : mais bien loin d'être arrivés à cet état de perfection, c'est vous-mêmes qu i faites tort aux autres.
8. Sed Tos injuriam facitis , et frau* 8. Mais TOus-mêmes tous faites tort datis : et hoc fratribus : aui autres , vous usez de IVaude ; et cela
à l'égard de vos frères :
9. An nescitis quia fniqui regnum 9. Est-ce que vous ne savez pas queteux Dei Don possidebunt? Noiite errare : qui font injustice , ne posséderont point le oeqae fornicarii, neque idolis ser- royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : vieates , neque adulteri , ni les fornicateurs , ni les idolÂtres , ni les
adultères ,
Ne vous y trompez pat. Ne vous laisses pas séduire, en vous faisant une conscience erronée , ou en suivant les maximes de faux docteurs. Il parait par la suite que l'erreur dont saint Paul veut préaerver les CSorinthieits, c'est que quelque-uns d*eox se formant u«e fausse idée de la liberté évangélique, se permettaient plusieurs choses illicites , et croyaient que la foi leur devait tenir lieu de tout.
10. Neque molles , neque mascu- 10. Ni ceux qui s'abandonnent au péché lorum concubitores , neque fures , de mollesse ou à celui de Sodome ; ni les neque avari , neque ebriosi, neque voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, maledici, neque rapaces, regnum Dei ni les médisants, ni ceux qui vivent de possidebunt. rapines ne posséderont point le royaume
de Dieu.
11. Et haec quidam fuistis : sed 11. Voilà ce qae vous avez été quelquesabluti estis , sed sanctificati estis, sed uns de vous : mais vous avez été lavés , jusiificati estis , in niHnine Domini vous avez été sanctifiés , vous avez été jus- Dostri Jesu Christi , et in spiritu Dei tifiés au nom de Jésus-Christ notre Seinostri. gneur , et par l'esprit de notre Dieu.
12. Omnia mihi licent , sed non 12. Tout m'est permis, mais tout n'est orania expédiant. Omnia mihi licent, pas expédient. Tout m'est permis, mais sed ego sub nuUius redigar potestate. je ne me réduirai sous la puissance de
personne.
I*Ottl m'eti permit, mait tout n*e$l pas expédient. Quelques-uns prennent le mot emnia dans toute son étendue; comme si saint Paul voulait dire , que l'homme par sa liberté naturelle a le pouvoir de tout faire. D'autres le restreignent , et l'entendent seulement des choses indifférentes par elles-mêmes , qui ne sont point défendues par la loi ; quoiqu'il se trouve quelquefois des circonstances , où il n'est pas expédient de les faire. Pour ce qui est de la liaison du discours , les interprètes tâchent d*en faire une chacun à sa manière. Les uns rapportent ce verset à ce qui a été dit jusqu'ici des procès des Corinthiens, et le regardent comme contenant la réponse à une objection que se fait saint Paul à ce sujet. Ne me dites pas qu'il vous est permis de défendre votre bien , et de voua adresser par conséquent aux tribunaux établis pour rendre la justice. Je veux que cela vous soit permis: Mais cola est-il expédient? Devet-vous pour de légers intérêts, vous assujettir et vous rendre comme les esclaves des hommes , avec un si grand danger de votre salut? Les mêmes interprètes donnent aussi le même sens A la première partie du verset 13. Etca ventri, et venter e$cit. J'avoue encore que les viandes sont faites pour le ventre , c'est-à-dire pour la nourriture de l'homme ; et que le ventre est destiné à recevoir les viandes nécessaires pour le soutien de la vie présente. De^ê autem et hune et hat destruet. Mais souvenes-vous que cette sujétion nest que passagère, que Bien la fera cesser dans l'autre vie , et qu'il est honteux à des chrétiens de se faire des procès pour des choses qui ne regardent que la nourriture et l'entretien du corps. Selon d'autres interprètes, ce verset 12 n'a point de rapport à ce qui a précédé , mais seulement à ce qui est dit au commencement du verset 13, touchant l'usage des viandes, dont l'apêtre parle plus au long dans les chapitres suivants. Voici à peu près leur explication. Tout m'est permis ; mais il n'est pas toujours à propos de faire tout ce qui est permis. Je ne veux pas m'asservir, ni m'assojetlir aux choses même dont l'usage n'est pas défendu; je yeax demeurer maitre de pouvoir m*eo abstenir : Omnia mihi lieent, ted ego tuh mUliuê redigar potettaie. La nécessité où l'homme est réduit par rapport aux
102 I. EPITRE DE S. PAVL AUX GORIPtTHIBNS.
\iandes et à la nourriture, dnit d'autant moins le rendre eaclave de son ventre , que cette nécessité n'est que passagère , et qu'il en doit être bientôt délivré : Esea veniri , et venter escit : Deus autem et hune et kai destruet. Ce qui confirme davantage cette dernière explication^ c'est que saint Paul se sert plus bas de cette même sentence, omnia mihi lieent, etc., en parlant de l'usage qu'on doit faire de certaines viandes, ch. 10. V.23.
13. Esca ventri.et venter escis: 13. Les viandes sont faites pour le ventre, Deus autem , et hune et has destruet : et le ventre pour les viandes : mais JDieu corpus autem non fornicationi , sed détruira l'un et l'autre. Le corps au reste Domino : et Dominus corpori. n'est point pour la fornication ; il est pour
le Seigneur , et le Seigneur pour le eorps*
Le eorpt est pour le Seigneur , et le Seigneur pour le corpt. Nos corps sont pour Jésus- Christ comme les membres sont pour leur chef; et Jésus-Christ est pour nos corps , comme le ohef est pour ses membres. Nous devons donc conserver ces membres purs et chastes , afin que par l'influence du chef, ils participent un jour à son immortalité et é sa résurreption {glorieuse.
14. Deus verè et Dominum susei- 14. Or, Dieu qui a ressuscité le Seigneur, tavit : et nos suscitabit per virtutem nous ressuscitera aussi par sa puissance, suam.
15. Nescitis quoniàm corpora vestra 15. Ne savez-vous pas que vos corps membra sunt Christi ? Tollens ergo sont les membres de Jésus-Christ? Me membra Christi, faciam membra me- serviraî-je des membres de Jésus-Christ retricis ? Absit* pour en faire les membres d'une prostituée ? Dieu m'en préserve.
16. An nescitis quoniàm qui adhs- 16. Ne savez-vous pas que celui qui ret meretrici , unum corpus efficitur ? s'attache à une prostituée , devient un Erunt enim (inquit) duo in carne même corps avec elle ? Car les (feux , unà (1). est-il dit , seront une même chair.
Deux seront tme même chair. Les paroles que cite ici saint Paul au sujet de la fomicotion, sont employées dans la Genèse pour exprimer l'union étroite que contractent ensemble le mari et la femme par un mariage légitime. Dans l'application qu'en fuit l'apôtre , elles ne marquent que l'union des corps ; dans la Genèse et par rapport au mariage légitime elles marquent encore une union morale, d'où résulte Tindissolabilité du mariage , ainsi que Jésus-Christ l'a déclaré en se servant des mêmes paroles.
17. Qui autem adhsret Domino , 17. Mais celui qui s'attache au Seiunus spiritus est. gneur, ne fait qu'un esprit avec lui.
Ne fait qu*un esprit avec lui, La foi et la charité qui l'attachent â Jésus-Christ font qu'il se conforme dans tous ses désirs et dans toutes ses actions à la volonté de Jésus- Christ.
18. Fugite fornicationem. Omne 18. Fuyez la fornication. Tout autre peccatum , quodcumque fecerit homo, péché que commet l'homme , est hors du extra corpus est : qui autem fornica- corps : mais celui qui commet la fornîcatur , in corpus suum peccat. tion, pèche contre son propre corps.
Tout autre péché que commet l'homme, etc. C'est-à-dire tout autre péché qui n'est pas simplement un acte de l'esprit, suppose communément l'abus de quelque chose qui est hors de nous, et qui est ou l'objet ou l'instrument de notre passion : Hais dans le péché d'impureté , c'est de notre propre corps que nous abusons , c'est lui que nous souillons. Plusieurs interprètes pour avoir pris dans une rigueur trop métaphysique les paroles de saint Paul, ont eu recours pour en justifier l'exacte vérité, à des explica> tiens forcées et qui paraissent assex inutiles. On peut consulter là-dessus Estius et Corneille de la Pierre.
19. An nescitis quoniàm membra 19. Ne savez-vous pas que votre corps vestra , templum sunt Spiritus sancti , est le temple du Saint-Esprit qui demeure qui in vobis est , quem habetis à Deo , en vous , qui vous vient de Dieu , et que et non estis vestri (2) ? yous n'êtes point à vous-mêmes?
(1 ) Gen. 2. 24. - Matth. 19. 5. - Marc. 10. 8. - Eph. 5. 31. — {1) Sup. 3. 17^- 2. Cor. 6. 16.