‹ Le Nouveau TestamentChapitre 16 sur 90 · SAINT MATTHIEU · texte numérisé non relu

SAINT MATTHIEU

PRÉFACE

Les quatre Évangiles portent dans tous les anciens manuscrits ces titres : selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean. Aujourd’hui cette manière de parler, signifierait : Évangile écrit d’après l’enseignement de Matthieu, de Marc, de Luc ou de Jean, et n'impliquerait pas nécessairement que les Évangiles ont été composés par ces écrivains; mais, dans le cas particulier qui nous occupe, ce serait une erreur que de donner un tel sens au mot : selon. L'Église primitive en le choisissant, entendait dire que l'Évangile, quel que soit l’homme qui le raconte; est toujours l'Évangile de Jésus-Christ. C’est Jésus-Christ qui nous ἃ donné l'Évangile : c’est Jésus-Christ seul qui en est l’auteur. Mais il ne l’a pas écrit lui-même ; ses disciples ont rédigé son Évangile et l'expression selôn Matthieu, Marc, Luc ou Jean signifie bien que ce sont Matthieu, Marc, Luc et Jean qui ont mis par écrit l'Évangile de Jésus-Christ.

Ces quatre Évangiles n’ont jamais été contestés dans l'Église primitive. Les trois premiers racontant souvent les mêmes faits, sont appelés Évangiles synoptiques, et il ne nous reste en réalité sur la vie de Jésus-Christ que deux sortes de documents ; le premier

formé par les trois premiers Évangiles, le second par le quatrième. Ce sont deux types d'informations fort différents et qu'il faut soigneusement distinguer. Nous n’en avons pas d’autres; nous ne pouvons ajouter aucune foi aux Évangiles dits apocryphes. Ils sont tous de composition tardive et n’ont jamais mérité aucun crédit. Quant aux autres Évangiles authentiques auxquels Luc fait allusion aux premières lignes de son récit (ἔν. de Luc 1, 1) et qui ont été nombreux, ils ont été perdus.

Le premier des quatre que nous possédons porte le nom de Matthieu, un des douze apôtres de Jésus-Christ. Et, en effet, l’antiquité chrétienne tout entière a considéré cet apôtre comme l’auteur du premier Évangile. Une telle opinion, exprimée sous cette forme, est une erreur. Ce n’est pas l’apôtre Matthieu qui a écrit notre premier Évangile. L’apôtre Matthieu avait écrit en hébreu un recueil des discours de Jésus-Christ. Ce fait nous est formellement attesté par Papias, un des plus anciens écrivains chrétiens, qui vivait dans la première moitié du second siècle. Ce Papias, dans un ouvrage malheureusement perdu, mais dont Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, cite quelques fragments, s’exprimait ainsi: Matthieu avait réuni et ordonné les discours du Seigneur en langue hébraïque et chacun les traduisait comme il pouvait. On ἃ prétendu quelquefois que notre Évangile ne serait autre qu’une traduction en grec de l’œuvre de Matthieu. Mais 1] est de toute évidence que le premier livre du Nouveau Testament est un écrit original. Il a des particularités de style qui excluent formellement toute idée de traduction et la manière dont l’Ancien Testament y est cité le démontre aussi sans réplique. De plus, notre premier Évangile est, comme ceux de Marc et de Luc, un écrit ne portant aucune trace de la rédaction d’un apôtre témoin oculaire des faits qu’il raconte. Enfin ce livre est anonyme et son auteur ne se donne nulle part pour l’apôtre Matthieu. Aujourd’hui les critiques sont unanimes à considérer notre premier Évangile comme un ouvrage pour la rédaction duquel son auteur a eu diverses sources à sa disposition et avant tout le recueil des discours de Jésus-Christ rédigé en hébreu par l’apôtre Matthieu. Ce recueil, reproduit par notre auteur dans son Évangile, est donc parvenu jusqu’à nous et c’est à bon droit que nous continuons d'écrire le nom de Matthieu en tête du premier des livres du Nouveau Testament.

Le but du rédacteur est de démontrer aux Juifs que Jésus est le Christ. De là ses allusions fréquentes aux antiques prophéties. Il écrivit son livre peu de temps avant la catastrophe de l’an 70, et en Palestine. Il n’y a aucune témérité à préciser davantage et à dire que l’ouvrage fut composé à Pella, sur la rive gauche du Jourdain, là où les chrétiens s'étaient réfugiés pendant la guerre juive qui éclata en 66.

L'auteur de l'Évangile selon Saint Matthieu ne raconte pas les faits dans un ordre rigoureusement chronologique. Nous divisons son écrit en quatre grandes parties. La première raconte les faits qui ont précédé le ministère de Jésus-Christ (1 : 1 à 4: 12). Après avoir donné la généalogie des ancêtres du Christ à partir d’Abraham (1 : 1 à 18), il raconte sa naissance et son enfance, (1 : 18 à ch. 3); puis le ministère de Jean-Baptiste (3 : 1 à 13); le baptême et la tentation (3 : 13 à 4 : 12).

Dans la seconde et dans la troisième partie, l’auteur expose le ministère de Jésus-Christ, d’abord en Galilée et hors de Palestine, ensuite en Judée et à Jérusalem. Cette division se retrouve identique, dans les deux autres synoptiques.

La seconde partie (ministère de Jésus-Christ en Galilée et hors de Palestine), s’étend de 4 : 12 au ch. 19. Elle s’ouvre par le récit de l’établissement de Jésus à Capharnaüm, la vocation des premiers disciples et le sermon sur la montagne (4 : 12 à ch. 8). Viennent ensuite, sans aucun ordre chronologique, des récits de miracles et des entretiens avec les Pharisiens (ch. 8 à ch. 9 : 35), l’envoi des douze en mission (9 : 35 à 11 : 2), l'opposition des incrédules et des adversaires (11 : 2 à ch. 13) une série de paraboles sur le Royaume de Dieu (ch. 13 : 1 à 53), de nouvelles manifestations hostiles et quelques récits de miracles (18 : 53 à 16 : 13); l’afürmation solennelle de la messianité de Jésus et des devoirs de ses

disciples (16 : 13 à ch. 19).

La troisième partie (ministère de Jésus-Christ en Judée et à Jérusalem) commence au chapitre 19 et se termine au chapitre 26. Elle s'ouvre par des entretiens de Jésus sur divers sujets (ch. 19 et 20). L'auteur nous rapporte ensuite l'arrivée à Jérusalem

(ch. 21 : 1 à 23), les discussions dans le Temple (ch. 21 : 23 à ch. 24) ; le discours sur la ruine de Jérusalem et sur la fin du monde et les paraboles sur le jugement dernier (ch. 24 et 25).

La quatrième partie raconte la Passion et la Résurrection. Elle commence avec le chapitre 26 et s'achève avec l'Évangile. Le repas de la Pâque nous est rapporté tout d’abord (ch. 26 : 1 à 30) ; puis l’arrestation, le jugement et la crucifixion (26 : 50 à ch. 28), et enfin le chapitre 28 renferme le récit de la résurrection.

L'ÉVANGILE

SELON

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