ADIEU
1 Amos 9, 11 et suiv.
2 C'est-à-dire des viandes offertes en sacrifice aux dieux. Voir verset 29. Voir aussi 1 Corinthiens 8 et Romains 14.
5 C'est-à-dire des mariages mixtes entre païens et chrétiens.
Ὁ Plusieurs anciens manuscrits ajoutent venus d'ici. Ὁ Voyez plus haut note sur le verset 20.
[nai
Les délégués prirent donc congé de l'Église et se rendirent à Antioche. Ils rassemblèrent tous les frères et leur remirent la lettre. Sa lecture les remplit de joie et de courage. Judas et Silas, prophètes eux-mêmes, encouragèrent les frères dans de longs discours et les affermirent.
Quelque temps après, ils retournèrent avec les vœux des frères auprès de ceux qui les avaient envoyés.
Cependant Paul et Barnabas restaient à Antioche, prèchant l'Evangile et enseignant avec plusieurs autres la Parole du Seigneur.
Quelque temps plus tard, Paul dit à Barnabas : «Retournons visiter les frères dans toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur pour voir en quel état ils se trouvent. » Barnabas proposa d'emmener aussi Jean, surnommé Marc!, Mais Paul n’était pas d’avis d'emmener celui qui les avait quittés en Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur œuvre. Ge dissentiment fut si grave qu'il se séparèrent, et Barnabas, emmenant Marc, s’embarqua pour l'ile de Chypre.
Quant à Paul, il choisit Silas et partit, recommandé par les frères à la gràce du Seigneur ; il parcourut la Syrie et la Gilicie, en fortifiant les Églises.
Il arriva aussi à Derbé et à Lystres et y trouva un disciple appelé Timothée, fils d'une Juive devenue croyante, mais dont le père était Grec. Les frères de Lystres et d’Iconium avaient bonne opinion de lui. Paul voulut l'emmener avec lui; il le prit donc et le circoncit, à cause des Juifs de l'endroit; car tout le monde savait que son père était Grec.
Dans toutes les villes où 115 passaient, 115. faisaient connaître et recommandaient d'observer les décisions prises par les apôtres et les Anciens de Jérusalem. C’est ainsi que la foi des Églises s’affermissait et que leur nombre augmentait tous les jours.
1 Jean, surnommé Mare, Voir note sur ch. 12 verset 12.
Ils traversèrent la Phrygie et le pays des Galates (le saint Esprit les avait empêchés de prêcher la Parole en Asie).
Arrivés du côté de la Mysie, ils se proposaient d'entrer en Bithynie, mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas.
Ils traversèrent alors rapidement la Mysie et descendirent à Troas ; Paul y eut une vision pendant la nuit; un Macédonien se présentait à lui et lui disait en le suppliant : «Passe en Macédoine et viens à notre aide.»
Immédiatement après que cette vision lui eut apparu, nous cherchâmes à partir pour la Macédoine; nous comprenions que Dieu nous appelait à y prêcher l'Évangile 1.
Embarqués à Troas, nous marchâmes, vent arrière, sur l’île de Samothrace; le lendemain sur Néapolis et, de là, nous nous rendîimes à Philippes, la première ville de la province de Macédoine et une colonie.
Nous restämes quelques jours dans cette ville. Le jour du sabbat nous sortimes des portes et nous nous rendimes au bord de la rivière, où nous supposions qu'on se réunissait pour la Prière 2, Nous primes notre place, et nous nous entretinmes avec les femmes qui y étaient rassemblées.
Il y en avait une appelée Lydie, marchande d’étoffes de pourpre de Thyatire, une prosélyte*, qui nous écouta. Le Seigneur lui toucha le cœur, de sorte qu’elle fit attention à ce que disait Paul. Quand elle eut été baptisée avec sa famille, elle nous invita en disant : «Si vous me croyez fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison; demeurez-y;» et elle nous en pria instamment,.
1 Le lecteur remarquera cette substitution subite de la première personne du pluriel à la troisième personne du singulier. L’auteur ne rapporte plus des faits dont il a entendu parler, il est témoin oculaire de ce qu’il raconte. Voir, sur ce sujet, la préface.
2 Littéralement : où nous supposions qu'il y avait une Prière. On appelait « Prière» le lieu de réunion des Juifs dans les villes où ceux-ci étaient trop peu nombreux pour bâtir une synagogue. Cette assemblée se tenait d'habitude en plein air et dans le voisinage d’une rivière dont l’eau servait aux ablutions.
3 Une prosélyte: littéralement : une craignant Dieu. Voir note sur 10, 2.
4 Sa famille ou sa maison. Ce terme comprenait non seulement les parents et les enfants, mais aussi les serviteurs et les esclaves habitant la maison.
Il arriva, comme nous allions à la Prière!, qu'une esclave, possédée d’un Esprit devin, se présenta à nous. Elle faisait gagner beaucoup d'argent à ses maïtres en annonçant l'avenir. Elle se mit à nous suivre, Paul et nous. «Ces hommes-là, criait-elle, sont des serviteurs? du Dieu suprême, ils vous annoncent le chemin du salut. » Elle fit cela plusieurs jours; enfin Paul, impatienté, se retourna et dit à l'Esprit : «Je t’ordonne, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette femme.» A l'instant même, il sortit.
Cependant les maîtres de cette esclave, se voyant enlever le gain sur lequel ils comptaient, se saisirent de Paul et de Silas, les trainèrent sur la place publique devant les magistrats et les amenèrent aux préteurs. «Ces hommes-à, dirent-ils, troublent notre ville; ce sont des Juifs, et ils prêchent des coutumes qu'il ne nous est permis ni d'accepter ni de suivre, puisque nous sommes Romains!»
La populace se souleva aussi contre eux, et les préteurs leur firent arracher leurs vêtements et les condamnèrent à recevoir la bastonnade. On les frappa cruellement, puis on les jeta en prison, et il fut recommandé au geôlier de les garder en lieu sûr. Celui-ci, pour obéir à cet ordre, les mit dans le cachot le plus reculé et engagea leurs pieds dans les ceps.
Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient, chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les écoutaient, quand tout à coup se produisit un tremblement de terre si violent que la prison fut ébranlée jusque dans ses fondements ; toutes les portes s’ouvrirent instantanément, et les liens de tous les prisonniers se relàcherent.
Le geôlier, réveillé en sursaut et voyant ouvertes les portes de la prison, tira son épée et voulut se donner la mort, croyant que les prisonniers s'étaient échappés. Mais Paul lui parla: «Ne te fais point de mal, lui cria-til, nous sommes tous ici.» Alors le geôlier demanda de la lumière, entra précipitamment dans le cachot et se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas ; puis 11 les fit sortir et leur dit: « Seigneurs, que faut-il que je fasse
1 La Prière : Voir note sur le verset 13.
2 Grec: des esclaves.
pour être sauvé?» Ils lui répondirent : «Crois au Seigneur Jésus 1 et tu seras sauvé, toi et ta maison?.» Et ils lui annoncèrent la Parole de Dieu ὃ, à lui et à tous ceux de sa famille.
Le geôlier les prenant avec lui à l'heure même, pendant la nuit, lava leurs plaies et se fit immédiatement baptiser, lui et tous les siens. Puis 11 les conduisit dans son logement et leur donna à manger; il était transporté de joie, et tous les siens l’étaient avec lui, d'avoir cru en Dieu.
Le jour venu, les préteurs envoyèrent les licteurs dire au geôlier : «Relâche ces hommes!» Le geôlier rapporta ces paroles à Paul : «Les préteurs me font dire de vous relâcher ; partez donc et allez en paix.» Mais Paul répondit aux licteurs: «Ils nous ont fait frapper en public et sans jugement, nous, des citoyens romains, puis 115. nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous font sortir en cachette! Non, non, il faut qu'ils viennent euxmêmes et nous raccompagnent! » Les licteurs répétèrent ces paroles aux préteurs. Ceux-ci, apprenant qu'ils étaient romains, prirent peur; ils vinrent les apaiser, les raccompagnèrent et les prièrent de quitter la ville. Quant à eux, à leur sortie de prison, ils se rendirent chez Lydie, ils y virent les frères, leur adressèrent quelques exhortations et partirent.
Ils traversèrent Amphipolis et Apollonie et arrivèrent à Thessalonique, où les Juifs avaient une synagogue.
Selon sa coutume, Paul s’y rendit et, durant trois sabbats, il discuta avec eux, expliquant et démontrant, d’après les Écritures, que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts, «et ce Christ, disait-il, c’est le Jésus que je vous annonce.» Paul et Silas gagnèrent quelques Juifs qui se rallièrent à eux, un grand
1 On peut traduire aussi : Ate foi au Seigneur Jésus ou : Aie confiance dans le Seigneur Jésus. Voir note sur Jean 14, 1.
2 Ta maison ou : ta famille. Voir note sur le verset 15.
5. Plusieurs anciens manuscrits lisent : la parole du Seigneur.
4 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : et c’est, disait-il, celui que je vous annonce, le Ghrist Jésus.
nombre de Grecs «craignant Dieu» ! et beaucoup de femmes de la meilleure société.
Mais les Juifs, pleins de jalousie ?, recrutèrent une bande de vagabonds, de ces vauriens toujours prêts à faire du bruit, et mirent le trouble dans la ville. Ils assaillirent la maison de Jason et y cherchèrent Paul et Silas pour les mener à l'assemblée populaire.
Ne les trouvant pas, ils trainèrent Jason et quelques frères devant les politarques #, en criant : «Geux qui ont bouleversé le monde entier sont dans la ville, Jason les a reçus: tous ces gens-là sont en révolte contre les édits de l'Empereur’; ils ont un autre roi qu'ils appellent Jésus.» La foule et les politarques qui entendaient ces paroles en furent fort émus, et ils ne laissèrent aller Jason et les autres qu'après avoir exigé d’eux une caution.
Sans tarder, la nuit suivante, les frères firent partir Paul et Silas pour Bérée; en y arrivant, ils se rendirent à la synagogue des Juifs. Ceux-ci étaient mieux élevés que ceux de Thessalonique ; ils accueillirent très volontiers la prédication de la Parole, et tous les jours ils étudiaient les Écritures pour y vérifier ce qu’on leur disait. Beaucoup devinrent croyants, ainsi que des femmes grecques du meilleur monde et un grand nombre d'hommes.
Mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent que Paul avait annoncé la Parole de Dieu à Bérée, ils y vinrent pour mettre le trouble dans le peuple. Alors les frères firent immédiatement partir Paul dans la direction de la mer: Silas et Timothée restèrent à Bérée.
Ceux qui accompagnèrent Paul le menèrent jusqu'à Athènes, et ils s'en retournèrent, chargés par lui de mander à Silas et à Timothée de venir le rejoindre le plus tôt possible.
Paul, qui les attendait à Athènes, se sentait indigné jusqu'au
1 «Craignant Dieu». Voir note sur Actes 10, 2. 2 ]1 s’agit ici des Juifs restés incrédules.
3 Chez lequel demeuraient Paul et Silas.
t Les magistrats.
» L'Empereur. Voir note sur ch. 25, verset 8.
fond de l’âme de voir la ville remplie d’idoles. Cependant il s’entretenait dans la synagogue avec les Juifs et les prosélytes, et sur la place publique, tous les jours, avec les premiers venus.
. Entre autres, il fut entrepris par quelques philosophes épicuriens et stoïciens. «Que veut donc dire ce radoteur?» disaient les uns. «C’est, paraît-il, un prêcheur de nouveaux dieux», disaient les autres, parce que Paul leur annonçait l'Évangile de Jésus et la résurrection 1.
Ils le prirent avec eux et le conduisirent à l’Aréopage, en lui disant : «Pouvons-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu enseignes? car tu nous racontes là des choses étranges; nous désirons bien savoir ce que tout cela signifie.» (Tous les Athéniens et les étrangers domiciliés dans la ville ne s’occupaient qu’à dire ou à apprendre des nouvelles).
Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, s’exprima ainsi :
« Athéniens,
«En tout, je vous trouve le plus religieux des peuples. Comme, en effet, je regardais, en passant, vos objets sacrés, j'ai trouvé un autel sur lequel était écrit: A un Dieu iNconnu. Ce que vous . honorez sans le connaître, moi, je viens vous le révéler. »
«Le Dieu qui ἃ fait le monde et tout ce qu'il renferme, étant maître du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d'homme, et il ne saurait être servi par des mains humaines comme s'il avait besoin de rien, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. C’est lui qui a fait naître d’un seul homme toutes les nations, et les ἃ fait habiter sur la surface de la terre, fixant à chacune la durée de son existence et les limites de son domaine. C’est lui qui leur a donné de le chercher pour voir si elles parviendraient à le trouver et à le toucher ?...... quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous. Car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mOuvens, que nous existons, comme l'ont dit quelques-uns de vos poètes :
1 Grec: leur évangélisait Jésus et la résurrection. ? 11 faut évidemment sous-entendre ici : elles n’y sont point parvenues,
ra
Co
Qt
«De sa race nous sommes! 1»
«Étant de la race de Dieu nous ne devons pas croire que la Divinité ressemble à l’or, à l'argent, à la pierre sculptés par l'art et le génie de l’homme. Oubliant done des siècles d’ignorance, Dieu maintenant invite partout tous les hommes à se repentir?, car il a fixé un jour où il doit juger le monde avec justice, par un homme qu’il a désigné pour cela, et qu’il a accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts °......»
Quand ils entendirent parler de «résurrection des morts», les uns se mirent à plaisanter, les autres dirent : «Nous t’écouterons là-dessus une autre fois. »
C’est ainsi que Paul sortit de leur assemblée.
Quelques hommes cependant se joignirent à lui et devinrent croyants, entre autres Denys, membre de l’Aréopage; il y eut aussi une femme du nom de Damaris et d’autres avec eux.
Après cela, Paul partit d'Athènes et vint à Corinthe.
Il y trouva un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, et récemment arrivé d'Italie avec sa femme Priscille#, chassé de Rome comme tous les Juifs par un édit de Claudeÿ. Il se réunit à eux et comme ils étaient du même métier que lui, il demeura chez eux pour y travailler. [15 étaient, de leur état, fabricants de tentes.
Chaque sabbat il parlait à la synagogue, et il gagnait des Juifs et des Grecs.
Quand Silas et Timothée arrivèrent de Macédoine, Paul se consacrait uniquement à la prédication, aflirmant aux Juifs que Jésus était le Christ. Mais ceux-ci s’opposaient à lui et l’insultaient; alors, secouant sur eux la poussière de ses vêtements, il leur dit : «Que
1 Moitié d’un vers hexamètre emprunté au poète Aratus de Tarse (Phænom, 5). Un vers semblable se lit aussi dans l’'Hymne à Jupiter de Cléanthe.
2 Ou: à se convertir.
3 On peut lire aussi, d'après une autre ponctuation : qu'il a désigné pour cela en l’accréditant auprès de tous et qu'il a ressuscité d'entre lès morts...
4 Priscille, Ailleurs, par exemple Romains 16, 3, ce nom est écrit : Priscæ,
5 Claude, Voyez note sur 11, 28.
votre sang retombe sur votre tête! J'en suis innocent et désormais je m’adresserai aux païens !. »
Il sortit de la salle et se rendit chez un certain Titius Justus, 7, 18 homme «craignant Dieu?», dont la maison était contiguë à la synagogue. Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur 8 avec toute sa maison, et plusieurs des Corinthiens qui entendaient Paul devenaient croyants et se faisaient baptiser.
Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision: «Sois sans 9 crainte, parle au contraire, ne cesse de parler, car je suis avec 10 toi; personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal, parce que j'ai un grand peuple dans cette ville. »
Paul alors s’établit à Corinthe pendant un an et demi, et il y 11 prêcha la parole de Dieu.
Pendant le proconsulat de Gallion en Achaïe, les Juifs, tous 42 d'accord, se soulevèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal : «Cet homme, dirent-ils, excite les gens à rendre à Dieu 43 un culte contraire à la Lot. »
Paul ouvrait la bouche pour répondre, quand Gallion, s'adressant 14 aux Juifs: «S'il s'agissait de quelque crime ou de quelque méfait, 15 leur dit-il, j'accueillerais vos plaintes comme il convient, ὁ Juifs! mais s’il s’agit de vos discussions sur une doctrine, sur des noms propres, sur votre Loi particulière, regardez-y vous-mêmes; je ne veux pas juger ces questions-là. » Et il les renvoya du tribunal. 16
Tout le monde alors tomba sur Sosthènes, le chef de la syna- 17 gogue, et l’on se mit à le battre devant le tribunal. Gallion ne s’en soucia nullement.
Paul resta encore longtemps à Corinthe; puis il prit congé des* 18 frères et s’embarqua pour la Syrie avec Priscille ὁ et Aquilas, après s'être fait raser la tête à Kenchrées; car il avait fait un vœu.
1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: Moi, qui suis innocent, m'adresserai désormais auæ paiens.
2 «Craignant Dieu» Voir note sur 10, 2.
3 Priscille. Voir note sur le verset 2.
[os]
On débarqua à Éphèse; Paul y laissa ses compagnons et se rendit à la synagogue, où il s’entretint avec les Juifs. Mais quand ils lui demandèrent de prolonger son séjour, il n’y consentit pas et leur dit en prenant congé d'eux: «Je reviendrai une autre fois chez vous, s’il plaît à Dieu. »
Il partit d'Éphèse, débarqua à Césarée et, après être monté à Jérusalem ! pour saluer l’Église, il descendit à Antioche,
Il en repartit après un court séjour et traversa successivement le pays des Galates et la Phrygie pour fortifier tous les disciples.
Cependant un certain Juif, du nom d’Apollos, né à Alexandrie, un homme éloquent, arriva à Éphèse ; il connaissait à fond les Écritures. On l'avait instruit dans la doctrine du Seigneur; c'était une âme ardente qui prèchait et enseignait avec soin ce qui concerne Jésus, bien qu'il ne connüt que le baptême de Jean.
Quand il commença à parler librement dans la synagogue, Priscille et Aquilas qui l’entendirent l’emmenèrent avec eux et lui exposèrent plus exactement la doctrine de Dieu.
Lorsqu'il se proposa de passer en Achaïe, les frères l’y encouragèrent et écrivirent aux disciples de lui faire bon accueil.
Une fois arrivé, il se rendit, par la grâce de Dieu, très utile aux croyants; car il réfutait vigoureusement les Juifs en public, leur démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ.
Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, qui venait de par-
+ . - : ᾿ SR x courir les parties les plus élevées du pays, descendit à Ephèse et
y trouva quelques disciples. Il leur demanda : «Avez-vous reçu
l'Esprit saint, quand vous êtes devenus croyants?» — «Nous n'avons pas entendu parler d’un Esprit saint, » lui répondirent-ils. ΠῚ reprit alors: «Quel baptême avez-vous done reçu?» — «Le
1 Ces mots : à Jérusalem sont sous-entendus dans le texte.
baptème de Jean, » répliquèrent-ils. Mais Paul: «Jean ἃ baptisé; c'était un baptême de repentance !, et il disait au peuple de croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus.» Apprenant cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus; Paul leur imposa les mains, et l'Esprit saint descendit sur eux; ils se mirent à parler en langues étrangères et à prophétiser. Ils étaient douze en tout environ.
Paul se rendit à la synagogue, et il y prêcha en toute franchise sur le Royaume de Dieu. Pendant trois mois il s’efforça, par ses discours, de convaincre les Juifs. Mais quelques-uns restèrent endurcis, incrédules, et se mirent à décrier l’enseignement de Paul devant la foule; alors il se sépara d’eux, et tous les jours il réunit à part ses disciples dans un endroit qu'on appelait: «École de Tyrannus ». Cela dura deux ans, de sorte que tous les habitants de l'Asie, Juifs et Grecs, entendirent la parole du Seigneur.
Dieu faisait par les mains de Paul des miracles extraordinaires; au point qu'on mettait sur les malades le linge ou les vêtements qu’il avait portés, et ils étaient guéris de leurs maladies et délivrés des mauvais Esprits.
Alors quelques exorcistes juifs ambulants essayèrent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient au pouvoir des mauvais Esprits. Ils disaient : «Je vous adjure par ce Jésus que prêche Paul.» (C’étaient les sept fils d’un archiprêtre juif, Skevas, qui faisaient cela.) Mais le mauvais Esprit leur répondit : «Je connais Jésus, et je sais qui est Paul; et vous, qui êtes-vous?» Et puis, sautant sur eux, l’homme qui était possédé du mauvais Esprit en terrassa deux et eut si bien le dessus qu'ils durent s'enfuir de la maison sans vêtements et tout blessés.
Le fait fut connu de tous les Juifs et de tous les Grecs qui habitaient Éphèse, et tous furent frappés de stupeur; on magnifiait le nom du Seigneur Jésus. Plusieurs de ceux qui étaient devenus croyants venaient confesser et reconnaitre leurs pratiques. Ceux
1 Ou: de conversion.
qui s'étaient livrés à la magie vinrent en foule, apportèrent leurs livres et les brülèrent publiquement. On en estima la valeur; elle se trouva être de cinquante mille pièces d'argent. |
C'était ainsi que la parole du Seigneur gagnait en force et en autorité.
Après ces événements, Paul forma le projet de se rendre à Jérusalem en traversant la Macédoine et l’Achaïe. — «Quand j'aurai fait cela, disait-il, il faudra aussi que je voie Rome.» Puis 1] envoya en Macédoine deux de ses aides, Timothée et Éraste, mais lui-même resta encore quelque temps en Asie.
Ce fut vers cette époque que la diffusion de l'Évangile fut l'occasion de troubles assez sérieux. Un orfèvre, du nom de Démétrius, fabriquait des réductions en argent du Temple d’Artémis 1. Ses ouvriers trouvaient à ce travail un profit considérable. Il les réunit un jour, avec tous les ouvriers du même état, et leur dit :
«Ephésiens ?,
«Vous savez que cette industrie fait notre fortune, et vous voyez et entendez dire que non seulement à Éphèse, mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a gagné et entrainé une foule de gens, en disant que les dieux faits de main d’homme ne sont pas de vrais dieux. Ce ne sont pas seulement nos intérêts qui vont être en souffrance, c’est le Temple même de notre grande déesse Artémis qui ne compte plus pour rien, et bientôt il ne sera plus question de la majesté de celle que toute l’Asie, que le monde entier adore. »
Ces paroles les rendirent furieux et ils se mirent à crier: « Vive la grande Artémis d'Éphèse! »
L’agitation gagna la ville entière.
Toute la foule se porta au théâtre en y entraînant Caïus et Aristarque, les Macédoniens qui accompagnaient Paul. Lui-mème
1 Artémis, nom grec de la déesse Diane.
2? Le mot que nous rendons par Éphésiens où habitants d'Ephèse (ou ch. 14, verset 45, par Lycuoniens) signifie proprement hommes.
voulait se montrer au peuple, mais les disciples le retinrent. Il y eut même des Asiarques ! de ses amis qui le firent prier de ne pas se présenter au théâtre. Chacun criait de son côté; aussi l’assembiée était-elle très confuse et le plus grand nombre ne savait pas même pourquoi on s'était réuni.
Enfin, on fit sortir de la foule un certain Alexandre que les Juifs voulaient mettre en avant. Cet Alexandre, ayant fait signe de la main, se préparait à prendre devant le peuple la défense des siens. Mais la foule s’aperçut qu'il était juif, et alors elle se mit à crier d’une seule voix pendant près de deux heures : « Vive la grande Artémis d'Éphèse ! »
Le chancelier de la ville parvint enfin à l’apaiser, et prononça ces paroles : |
« Habitants d'Éphèse ?,
«Quel homme au monde ignore que votre ville d’Éphèse ne soit la gardienne du Temple de la grande Artémis et de sa statue tombée du ciel? Cela est incontestable; il faut donc que vous restiez calmes et ne fassiez rien avec précipitation. Vous avez amené là ces hommes, mais ils ne sont coupables ni de sacrilège ni de blasphème envers votre déesse. Si Démétrius et ses ouvriers ont à se plaindre de quelqu'un, il y ἃ des tribunaux, il y a des proconsuls, qu'on se fasse assigner! S'il s’agit d’autres choses, on peut les examiner dans une assemblée légalement convoquée. Autrement nous risquons d'être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd'hui, car nous n’avons aucune bonne raison à donner pour expliquer notre rassemblement. »
Làa-dessus, il congédia l’assemblée.
Quand la tranquillité fut rétablie, Paul convoqua les disciples, leur fit ses adieux et partit pour la Macédoine.
1 Les Asiarques étaient à la fois prêtres et magistrats; élus par leurs concitoyens, ils étaient chargés d'importantes fonctions dans les grandes villes de la province d'Asie,
3 Voir note sur le verset 25,
Il parcourut cette province et, après avoir longuement exhorté les fidèles, il passa en Grèce et s’y arrêta trois mois. Les Juifs lui tendirent un guet-apens au moment où 1] allait s’embarquer pour la Syrie; il se décida alors à retourner par la Macédoine, et il fut accompagné jusqu’en Asie par Sopater, fils de Pyrrhus de Bérée, par les Thessaloniciens Aristarque et Secundus, par Caïus de Derbé et Timothée et par les Asiates ! Tychique et Trophime.
Ces frères prirent les devants et nous attendirent à Troas.
Nous-mêmes nous partimes de Philippes après les fêtes de Pâques et, après une traversée de cinq jours, nous les rejoignimes à Troas, où nous passâmes sept jours.
Le premier jour de la semaine, comme nous étions réunis pour rompre ensemble le pain, Paul, qui voulait partir le lendemain, s’entretint avec l’assemblée et prolongea son discours jusqu’à près de minuit. Il y avait plusieurs lampes dans la chambre haute où nous étions réunis. Un jeune homme, nommé Eutychus, assis sur le bord de la fenêtre, s’endormit profondément pendant le long discours de Paul, et, emporté par le sommeil, il se laissa tomber du haut du troisième étage en bas. Quand on le releva, il était mort. Mais Paul descendit, se pencha sur lui, le prit dans ses bras : «N'ayez aucune inquiétude, dit-il, son âme est encore en lui.» Ensuite il remonta, il rompit le pain et il mangea, puis il reprit longuement la parole jusqu’au point du jour, où il partit. Quant au jeune garçon, on le ramena plein de vie; ce fut pour tous une immense Joie.
Quant à nous, nous avions pris les devants; nous nous étions embarqués pour Assos, où nous devions reprendre Paul; c’est lui qui l'avait ainsi décidé; il préférait faire la route à pied. Quand il nous eut rejoints à Assos, nous le primes à notre bord, et nous nous rendîmes à Mitylène. Partis de là, toujours par mer, nous passions le lendemain en vue de Chios, le surlendemain nous touchions à
1 L’Asiale était l’homme né en Asie; il ne faut pas le confondre avec l’'Asiarque (19, 31), qui était un magistrat de la province d'Asie.
Samos, et enfin, le jour suivant, nous abordions à Milet. Car Paul avait résolu de dépasser Éphèse sans s’y arrêter, afin de ne pas perdre de temps en Asie. Il se hâtait pour être à Jérusalem, si possible, le jour de la Pentecôte.
Cependant, de Milet il envoya à Éphèse et fit appeler les Anciens de l'Église ; quand ils furent réunis auprès de lui, il leur dit :
« Vous savez, depuis le premier jour de mon arrivée en Asie, ce que j'ai sans cesse été pour vous; vous m'avez vu servir le Seigneur avec une grande humilité, dans les larmes, et au milieu des épreuves qui me venaient des Juifs et de leurs emhüches; vous savez que je ne vous ai rien caché de ce qui pouvait vous être utile, que je vous ai prêché, que je vous ai instruits en public et en particulier, conjurant Juifs et Grecs de se convertir à Dieu et de croire en notre Seigneur Jésus !, »
«Et maintenant voilà que, lié par l'Esprit, je vais à Jérusalem ; je ne sais ce qui m'y arrivera; je sais seulement que, de ville en ville, l'Esprit saint m'avertit et me déclare que des chaînes et des tribulations m'y attendent. Mais peu m'importe; je fais volontiers
le sacrifice de ma vie, pourvu que j’achève ma course, que je termine le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus: rendre témoignage à l'Évangile de la grâce de Dieu. »
«Ὁ vous tous, au milieu de qui j'ai vécu, annonçant le Royaume, Je sais que vous ne verrez plus mon visage. Je proteste donc aujourd’hui que je suis innocent de la perte de ceux qui périront. Car je n’ai rien négligé pour vous faire connaître tout le conseil de Dieu.»
« Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, au sein duquel l'Esprit saint vous a placés comme Surveillants?; paissez l'Église de Dieu ὁ qu’il a acquise par son sang. Je sais qu'après mon départ des loups rapaces se glisseront parmi vous et n’épargneront pas le
1 Quelques très anciens manuscrits lisent : notre Seigneur Jésus-Christ,
5 Surveillants. Voir note sur 1 Tim. 3, 1.
3 Quatre anciens manuscrits lisent : l'Église du Seigneur ; mais les deux plus anciens et tous les autres lisent : l’Église de Dieu.
CS
troupeau. Du milieu de vous se lèveront des hommes prononçant des discours pervers pour entraîner les disciples à leur suite. Veillez donc, vous souvenant que pendant trois années, nuit et jour, je n'ai cessé d’exhorter chacun avec larmes. »
«Et maintenant je vous recommande à Dieu! et à la parole de sa grâce, à lui qui peut vous édifier et vous assurer un héritage parmi {ous ceux qui lui sont consacrés. »
«Je n’ai désiré ni l'argent, ni l'or, ni le vêtement de personne. Vous savez que ces mains ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. Je vous ai toujours montré comment il faut, par le travail, avoir encore de quoi secourir les indigents, et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus quand il ἃ dit: «Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. »
Il paria ainsi, puis il se mit à genoux, et 1] pria avec eux tous. On n’entendait qu’un long sanglot. Ils se jetaient à son cou et l’embrassaient.
C'était la parole de Paul : « Vous ne verrez plus mon visage», qui les avait le plus aflligés.
Ils le conduisirent au bateau.
Nous étant enfin séparés, nous reprimes la mer et marchant, vent arrière, nous arrivions bientôt à Cos; le lendemain nous étions ἃ Rhodes, le troisième jour à Patare. Là nous trouvions un navire qui faisait voile pour la Phénicie et qui nous prit à son bord. Bientôt l’île de Chypre était en vue, mais, la laissant sur notre gauche, nous marchions sur la Syrie et nous arrivions à Fyr. C'était là que le navire devait laisser son chargement.
Nous allâmes voir les disciples et restèmes sept jours avec eux. Dirigés par l'Esprit, ils disaient à Paul de ne pas monter à Jérusalem; mais, notre séjour achevé, nous nous mimes en route pour le départ. Tous, avec leurs femmes et leurs enfants, nous conduisirent hors de la ville; et là, agenouillés sur le sable du rivage, nous priâmes ensemble et nous nous dîimes adieu.
1 Un des plus anciens manuscrits et d'anciennes autorités lisent : au Seigneurs
Nous montämes ensuite à bord et les frères retournèrent chez eux.
Notre traversée se termina par le trajet de Tyr à Ptolémaïde; nous allâmes y saluer les frères et restâmes un jour avec eux; le lendemain nous partions pour Césarée.
À notre arrivée, nous nous rendimes chez l’évangéliste Philippe, qui était l’un des sept diacres. C’est chez lui que nous demeurèmes. Il avait quatre filles non mariées, qui étaient prophétesses.
Nous y étions depuis plusieurs jours lorsque arriva de Judée un prophète du nom d’Agabus. Il vint à nous, prit la ceinture de Paul et, s'attachant les pieds et les mains, 1] dit : « Voici ce que déclare l'Esprit sant : L'homme à qui appartient cette ceinture sera ainsi lié à Jérusalem par les Juifs et livré par eux aux mains des païens,. »
A ces paroles les gens de l'endroit et nous, suppliâmes Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il nous répondit : «Que faitesvous là 1 à pleurer? et à me fendre le cœur? Je suis prêt, quant ἃ moi, non seulement à me laisser enchaïîner, mais à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus.» Comme nous ne pouvions le persuader, nous n'insistèmes pas davantage et nous
dimes : «Que la volonté du Seigneur se fasse ! » . Ces quelques jours passés, nous fimes nos préparatifs de départ, et nous montâmes à Jérusalem.
Quelques-uns des disciples de Césarée nous y accompagnèrent et nous conduisirent chez un ancien disciple, un Chypriote, nommé Mnason, qui devait nous donner l'hospitalité.
Les frères, à notre arrivée à Jérusalem, nous firent un fort bon accueil.
Le lendemain, Paul se rendit avec nous chez Jacques; tous les Anciens s’y étaient rassemblés. On se donna le salut de paix, et Paul raconta en détail ce que Dieu avait fait dans le monde païen
1 Quelques anciens manuscrits lisent : Que faites-vous là, dit-il, à etc, 3 Plus exactement : à sangloter.
G Pr À
par son ministère. Les Anciens, l’entendant, rendaient gloire à Dieu.
Cependant ils lui dirent: «Tu vois, frere, que les Juifs devenus croyants ! se comptent par milliers, et tous sont d’ardents zélateurs de la Loi. Or, on leur a raconté que tu prêches l’apostasie de la Loi de Moïse à tous les Juifs disséminés parmi les païens, les détournant de circoncire leurs enfants et de marcher selon les rites d'Israël, Qu'y a-t-il donc à faire? Il est de toute évidence qu'une foule énorme se rassemblera, car on apprendra ton arrivée ?. Fais ce que nous allons te dire: Nous avons ici quatre hommes qui ont contracté un vœu. Prends-les, purifie-toi avec eux, supporte les frais pour qu'ils puissent se faire raser la tête; chacun saura alors que ce qu’on ἃ raconté de toi n’est rien et que toi aussi tu pratiques la Loi et l’observes. »
«Quant aux païens devenus croyants, nous avons décidé (et nous le leur avons fait dire) qu’ils devaient s'abstenir des viandes offertes en sacrifice aux dieux, du sang, des animaux morts par suffocation, et de la fornication . »
Paul alors se mit en la compagnie de ces hommes et dès le lendemain il se purifia avec eux, puis il entra dans le Temple pour indiquer d’avance le jour où les rites de purification seraient achevés et où chacun d’eux ferait offrir le sacrifice.
Les sept jours allaient expirer, quand les Juifs d'Asie l’aperçurent dans le Temple, ameutèrent toute la foule et mirent la main sur lui: «Au secours ! enfants d'Israël! crièrent-ils, le voilà, l’homme qui déclame partout, devant tout le monde, contre le peuple, contre la Loi, contre ce saint Lieu! Il vient de plus d'introduire des païens dans le Temple; c’est un profanateur du sanctuaire ! » — On avait vu, en effet, Trophime d’Éphèse dans la ville avec lui, et on croyait que Paul l'avait introduit dans le Temple. —
1 Un des plus anciens manuscrits lit : Tu vois, frère, que ceux qui sont levenus croyants... etc.
2 Deux très anciens manuscrits et plusieurs anciennes autorités omettent ces mots : Une foule énorme se rassemblera, car. et lisent: Qu'y a-t-il donc ἃ faire? IL est de toute évidence qu'on upprendra ton arrivée.
3 C'est-à-dire des mariages mixtes entre paiïens et chrétiens.
LES ACTES DES APÔTRES 405 Toute la ville fut bientôt en émoi; le peuple accourut de tous côtés, on s’empara de Paul, on l’entraîna hors du Temple, dont les portes furent immédiatement fermées, et on se mettait en devoir de le tuer, lorsque le tribun de la cohorte fut informé que Jérusalem tout entière était en émeute.
Il prit immédiatement quelques soldats et centurions et descendit? en courant vers les Juifs, qui, voyant le tribun et les soldats, cessèrent de frapper Paul. Le tribun s’approcha, le fit saisir, donna ordre de le lier de deux chaînes et demanda qui il était et ce qu'il faisait. Mais les bruits les plus divers se croisaient dans la foule et le tumulte l'empêchant de rien savoir de positif, il donna ordre de mener Paul à la Forteresse ?.
Quand ils furent sur l'escalier, la presse était telle que les soldats furent obligés de le porter. Une foule énorme le suivait en criant : «A mort!»
Au moment d'entrer dans la Forteresse, Paul dit au tribun: «M'est-il permis de te parler?» — «Tu sais le grec? lui répondit, tu n'es donc pas le Juif d'Égypte qui a dernièrement soulevé et entraîné avec lui au désert quatre mille sicaires?» Paul repartit : «Je suis un Juif de Tarse, je suis citoyen d’une ville importante de Cilicie, permets-moi, je te prie, de parler au peuple.»
Le tribun le lui permit.
Paul alors, debout sur ies marches de l'escalier *, fit signe au peuple de la main. Un grand silence s’établit et il prononça en langue hébraïque les paroles suivantes :
«Mes frères et mes pères,
«Ecoutez ce que j'ai maintenant à vous dire pour me justifier »
— (quand on l’entendit parler en hébreu, on redoubla d’atten-
ion) — il continua : «Je suis un Juif, né à Tarse, en Cilicie, mais
1 «IL descendit» l'escalier qui conduisait directement de la Tour Antonia dans le parvis des Gentils ou cour des païens, la grande cour du Temple. Ce fut sur les marches de cet escalier que Paul se tint pour parler au peuple (verset 40).
? La Forteresse ou la Tour Antonia, où siégeait la garnison romaine de Jérusalem.
3 Voir note sur le verset 32.
PR, τ
j'ai été élevé dans cette ville-ci, j'ai fait mes études aux pieds de Gamaliel, dans toute la rigueur de la Loi de nos pères!; j'ai été plein de zèle pour la cause de Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui. Cette secte, je lai persécutée à mort; jai chargé de chaines, j'ai jeté en prison hommes et femmes, comme peuvent l’attester le grand-prêtre et le Sanhédrin tout entier. Car c’est d'eux que j'ai reçu des lettres pour nos frères de Damas, et j'y allai pour amener prisonniers à Jérusalem ceux que j'y trouverais et les faire punir. J'étais en chemin et j’approchais de Damas, quand tout à coup, vers midi, une vive lumière venue du ciel brilla autour de moi, je tombai par terre et j'entendis une voix qui me disait : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » — Je répondis : «Qui es-tu, Seigneur?» — La voix me dit : «Je suis Jésus de Nazareth que tu persécutes. » — Ceux qui étaient avec moi avaient vu la lumière, mais n’avaient pas entendu la voix de celui qui me parlait. Je dis alors : «Que dois-je faire, Seigneur?» et le Seigneur me répondit : «Relève-toi, rends-toi à Damas, et là on te dira tout ce que tu as l’ordre de faire. » — Gomme je n’y voyais pas (la lumière m'avait ébloui), mes compagnons me prirent par la main et me menèrent à Damas. Un certain Hananias, homme pieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les résidents juifs, vint se présenter à moi et medit: «Saul, mon frère, regarde », — et immédiatement je le vis. Puis il me dit: «Le Dieu de nos pères t’a prédestiné à connaître sa volonté, à voir le Juste et à entendre les paroles de sa bouche; car tu seras son témoin auprès de tous les hommes, témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant pourquoi tarderais-tu? Lève-toi, reçois le baptême et purifie-toi de tes péchés en invoquant son nom.» De retour à Jérusalem, comme j'étais en prière au Temple, je tombai en extase, et je le vis qui me disait : « Hâtetoi de partir, sors au plus vite de Jérusalem, car ils n’accepteront pas le témoignage que tu me rends.» Et je lui dis : «Seigneur, il savent eux-mêmes que j'ai fait emprisonner et flageller dans les
1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation: J'ai été élevé dans cette ville-ci aux pieds de Gamaliel; j'ai fait mes études dans toute la rigueur de la loi de nos pères.
LES ACTES DES APÔTRES 407 OM GE - τοῦς τσ δὰν synagogues ceux qui croient en toi, et quand ils ont versé le sang d'Étienne, ton témoin, j'étais là, présent, j’applaudissais, je gardais les vêtements des bourreaux» ; et il me dit: « Va, car je t’enverrai au loin vers les païens....., »
On l'avait écouté jusque-là, mais, à ce mot, les clameurs recommencèrent: «À mort, cet homme! il ne faut pas lui laisser Ja vie!» Ils vociféraient, ôtaient leurs vêtements, faisaient voler la poussière.
Le tribun commanda alors de le faire entrer dans la Forteresse et de le mettre à la question pour savoir la vraie cause de tous ces cris contre lui. Comme on l'avait déjà attaché au poteau pour recevoir les coups de lanières, Paul dit au centurion qui commandait: «Vous est-il permis de flageller un citoyen romain qui n'est pas même condamné? »
À ces paroles, le centurion alla en référer au tribun: « Que vas-tu faire? lui dit-il, cet homme est citoyen romain. »
Le tribun vint à Paul et lui dit: «Réponds-moi, es-tu citoyen romain?» — «Oui», lui dit Paul. Le tribun repartit: «Moi, j'ai dépensé une somme considérable pour avoir ce titre.» — «Et moi, lui répliqua Paul, je l’ai par ma naissance.» Les exécuteurs s'écartèrent immédiatement, et le tribun commença à avoir peur, voyant qu'il avait fait mettre aux fers un citoyen romain.
Le lendemain, voulant savoir positivement quels griefs articulaient les Juifs, il lui fit ôter les fers et donna ordre de convoquer le haut sacerdoce et le Sanhédrin en entier; puis il amena Paul et le fit comparaître devant eux. Paul, regardant en face le Sanhédrin, dit:
«Frères, - «C'est en toute bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à aujourd’hui... »
Le grand-prêtre Hananias ordonna alors aux assistants de souffleter Paul sur la bouche. «Dieu te frappera à ton tour, muraille
1 Otaient leurs vêtements pour le lapider.
blanchie!» répondit Paul en se tournant vers lui, «tu sièges pour
me juger selon la Loi, et c’est au mépris de la Loi que tu ordonnes
de me frapper!» — «Quoi! tu injuries le grand-prêtre de Dieu ! » dirent les assistants. Mais Paul: «Je ne savais pas, frères, que ce füt le grand-prêtre, car 11 est écrit: «Tu n'insulteras pas le chef de ton peuple. 1»
Paul, sachant que l'assemblée était composée en partie de Sadducéens, en partie de Pharisiens, s’écria en plem Sanhédrin : «Frères, je suis Pharisien, fils de Pharisiens, c’est pour mon espérance, c’est pour la résurrection des morts qu'on me met en jugement ! »
Ces paroles provoquèrent une scission entre les Pharisiens et les Sadducéens et l’assemblée se divisa. En effet, les Sadducéens nient la résurrection, l'existence des anges et des Esprits; les Pharisiens admettent tout cela. Il s’ensuivit une discussion tumultueuse ; certains Scribes du parti pharisien se levèrent, prirent la défense de Paul et dirent: «Nous ne trouvons rien à reprocher à cet homme... Si un Esprit lui ἃ parlé! un ange, peut-être ? !».…
La dispute s’envenimait, et le tribun craignait que Paul ne fût mis en pièces; il donna ordre à une escouade de soldats de descendre dans la salle, d’arracher Paul de leurs mains et de le reconduire à la Forteresse.
La nuit suivante, le Seigneur lui apparut et lui dit: «Courage ! comme tu as été mon témoin à Jérusalem, 1] faut aussi que tu sois mon témoin à Rome!»
Le lendemain matin, les Juifs formèrent entre eux un complot et s’obligèrent par vœu à ne manger ni boire tant qu'ils n'auraient pas tué Paul. Ils étaient plus de quarante à avoir fait cette conjuration.
Is allèrent trouver les chefs des prêtres et les Anciens et leur dirent: «Nous nous sommes obligés par vœu, sous les plus
1 Exode 22, 28. Cette citation forme dans le texte grec un vers iambique. ? On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Qui sait si un Esprit ou un ange ne lui a point parlé?
terribles anathèmes, à ne rien manger que nous n'ayons tué Paul. Jntervenez donc, avec le Sanhédrin, auprès du tribun pour obtenir une nouvelle comparution, comme si vous vouliez étudier plus à fond son affaire. Quant à nous, nous sommes prêts; nous le tuerons dans le trajet. »
Mais le fils de la sœur de Paul entendit parler de ce guet-apens, se rendit à la Forteresse, y entra et révéla tout à Paul. Celui-ci fit alors appeler un des centurions : « Mène ce jeune homme au tribun, Jui dit-il, il a quelque chose à lui communiquer. »
Le centurion l’emmena donc chez le tribun et lui dit: «Le prisonnier Paul m'a fait appeler et m'a prié de t’amener ce jeune homme, qui ἃ quelque chose à te dire, »
Le tribun prit le jeune homme par la main, le conduisit à l'écart et lui demanda : «Qu’'as-tu à me communiquer?» — « Les Juifs, répondit-il, sont convenus de te prier de faire comparaître Paul demain devant le Sanhédrin, comme s'ils voulaient étudier plus à fond son affaire. Garde-toi de le faire ; c’est un guet-apens; ils sont plus de quarante qui se sont obligés par vœu à ne manger ni boire avant de l’avoir tué. Ils sont tout prêts ; ils n'attendent que ton consentement.» Le tribun renvoya le jeune homme en lui défendant de parler à personne de ce qu'il venait de lui apprendre.
Puis il fit appeler deux centurions : «Tenez prêts, leur dit-il, à partir de la troisième heure de la nuit!, deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents hommes du train? pour aller jusqu'à Césarée, »
1 Neuf heures du soir,
3 Hommes du train. Le mot grec est dexiolabe, c’est-à-dire : celui qui tient dans la main droite. Ce mot ne se trouve chez aucun auteur grec et est inconnu de toute l'antiquité classique. On en est réduit, pour le traduire, à des conjectures. On ἃ essayé de le rendre par archer, frondeur ou lancier, parce que ces soldats tenaient leur arme dans la main droite, mais la langue grecque avait des mots pour désigner ces différents corps de troupes, et Luc, qui savait fort bien le grec, ne les ignorait certainement pas. D’ailleurs la garnison à cheval de la forteresse Antonia se composait, dit Luc lui-même, de soixante-dix cavaliers, sans indiquer de quelle arme, et tous accompagnaient Paul. Une seule conjecture est plausible. Lysias, trouvant ce chiffre de soixante-dix cavaliers trop
t2 re)
Il commanda aussi de se pourvoir de montures pour Paul, afin de le mener sain et sauf au procurateur Félix. En même temps il écrivit à celui-ci une lettre, dont voici la teneur :
« CLAUDIUS LYSrAS À SON EXCELLENCE LE PROCURATEUR FÉLIX.