SALUT
«Cet homme a été arrété par les Juifs, et ils allaient le tuer, quand j'arrivai avec la troupe et le leur enlevai ; j'avais appris qu'il était citoyen romain. Voulant connaître le motif de leurs accusations, je le conduisis au Sanhédrin ; voici ce que je trouvai: des poursuites sur des questions relatives à leur Loi et aucun grief qui méritdt la mort ou la prison. Mais on m'a dénoncé un complot contre cet homme; je te l'ai donc envoyé sans retard et j'ai prévenu les accusateurs qu'ils eussent aussi à prendre la parole contre lui ? devant 101.»
Les soldats exécutèrent ces ordres; ils prirent Paul et le conduisirent de nuit jusqu'à Antipatris. Le lendemain, ils laissèrent les cavaliers continuer le chemin avec lui et rentrèrent à la Forteresse.
Ceux-là, arrivés à Césarée, remirent la lettre au procurateur et lui présentèrent Paul. Il la lut et s’informa de quel pays il était. Apprenant qu'il était de Cilicie : «Je t’entendrai, dit-il, quand tes accusateurs seront arrivés. » Puis il ordonna de le garder dans le prétoire d’'Hérode.
Cinq jours après arriva le grand-prêtre Hananias, accompagné de quelques Anciens et d’un avocat, un certain Tertullus ; 115 vinrent dénoncer Paul au procurateur. On le fit appeler, et Tertullus commença son accusation en ces termes :
faible, leur adjoignit deux cents hommes du train des équipages, les seuls qu’il eut à sa disposition, et Luc les appelle dexiolabes parce que d’ordinaire les soldats du train tenaient par la main droite un cheval de rechange non monté. Ils wétaient dans l’escorte de Paul que pour faire nombre et tenir en respect les Juifs qui auraient été tentés de faire un coup de main.
1 Quelques anciens manuscrits omettent sans retwrd, ajoutent formé par euæ et lisent: mais on m'a dénoncé un complot formé par eux contre cet homme, je te l'ai donc envoyé, etc.
2 Quelques anciens manuscrits omettent contre lui.
«Excellent Félix,
« Nous jouissons d’une paix profonde, grâce à toi, grâce aussi aux réformes faites au sein de ce peuple, et dues à ta sollicitude en tout et partout; nous en éprouvons une bien vive reconnaissance!. Mais je ne veux pas te retenir trop longtemps; je te prie seulement de nous écouter un instant avec ta bonté habituelle. Get homme est une peste; il excite des séditions parmi les Juifs dans le monde entier; il est chef de l’hérésie des Nazaréens; nous l'avons trouvé essayant de profaner le Temple; alors nous l'avons arrêté?. Tu peux, en l'interrogeant sur ces faits, apprendre de sa bouche tout ce dont nous l’accusons. »
Les Juifs s’associèrent à ces paroles et déclarèrent qu'elles étaient exactes.
Sur un signe du procurateur, Paul prit ensuite la parole :
«Voilà plusieurs années que tu administres ce peuple, Je le sais; aussi est-ce avec une grande confiance que je viens me défendre moi-même. Tu peux constater: — qu'il n’y ἃ pas plus de douze jours que je suis arrivé à Jérusalem pour y adorer*; — que personne ne m'a vu discuter avec quelqu'un dans le Temple ; — que je n’y ai point fait d'attroupement; — pas davantage dans les synagogues ou dans la ville; — et qu'ils ne peuvent pas prouver ce dont ils m’accusent maintenant *.»
1 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : dues à ta sollicitude; nous en éprouvons. en tout et partout, une bien vive reconnaissance.
2 La phrase qui forme le verset 7 dans les traductions ordinaires du Nouveau Testament manque dans tous les bons manuscrits. Elle est ainsi conçue: Nous avons voulu le juger sekon notre Loi: mais le tribun Lysias, étant survenu, l’a arraché de nos mains avec une grande violence, en ordonnant à ses accusateurs de venir devant toi.
3 C'est-à-dire: pour y remplir mes devoirs religieux. Gette expression: adorer, ou plus exactement se prosterner, impliquait l’accomplissement de tous les devoirs qu’un Juif fidèle devait remplir au Temple de Jérusalem.
4 On peut lire aussi, d’après une autre ponctuation : Tu peux constater qu'il n'y a pas plus de douze jours que je suis arrivé à Jérusalem pour y adorer. Personne ne m'a vu discuter avec quelqu'un dans le Temple, je n'y αἱ point fait . d’attroupement, pas davantage dans les synagogues ou dans la ville, etils ne peuvent pas prouver ce dont ils m'accusent maintenant.
«Mais voici ce que je t’avoue : Ii y ἃ une doctrine qu’ils appellent une hérésie, et c’est en la suivant: — que j'adore le Dieu de mes pères; — que je crois à tout ce qui est écrit dans «la Loi et les Prophètes 1»; — que j'ai en Dieu l'espérance (et eux aussi ils la partagent) qu'il y aura une résurrection des justes et des injustes. Voilà pourquoi je m'efforce moi-même d’avoir en tout temps une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes. »
«Après une absence de plusieurs années, 16 suis venu faire à mon peuple des aumônes, lui porter des offrandes. C'est alors que certains Juifs d’Asie m'ont trouvé dans le Temple, occupé à des purifications, sans le moindre attroupement, sans le moindre bruit. Ils auraient dù se présenter devant toi et m'accuser, s'ils avaient un reproche à me faire; ou bien, que ceux 1ci présents disent de quel méfait ils m'ont trouvé coupable quand j'ai comparu devant le Sanhédrin. Serait-ce de leur avoir dit ces mots, les seuls que je leur ai adressés : C’est la question de la résurrection des morts qui me fait juger aujourd'hui par vous?»
Félix, qui savait assez exactement de quelle doctrine 1] s'agissait, ajourna la cause, en disant: «Quand Lysias, le tribun, sera ici, j'étudierai votre affaire.» En attendant, il ordonna au centurion de garder Paul, mais de le traiter avec douceur et de n'empêcher aucun des siens de lui rendre des services.
Quelques jours après, Félix vint avec sa femme Drusille, qui était juive. Il fit appeler Paul et l’entendit parler de la foi au Christ Jésus ?; et comme il traitait de la justice, de la tempérance, du jugement à venir, Félix eut peur : «En voilà assez pour le moment, dit-il, je te ferai rappeler à la première occasion. » En outre, il espérait que Paul lui donnerait de l'argent, et, dans ce but, il le faisait venir assez souvent et s’entretenait avec lui.
Deux années se passèrent ainsi; Félix eut pour successeur Por-
1 «La Loi et les Prophètes». Voir note sur Matth, 22, 40, 2? Quelques manuscrits omettent Jésus.
cius Festus!, et comme il voulait faire plaisir aux Juifs, il laissa Paul en prison.
Trois jours après son arrivée dans sa province, Festus monta de Césarée à Jérusalem. Là, le haut sacerdoce et les autorités juives portèrent plainte contre Paul; ils lui demandèrent avec instance et comme une faveur (mais dans un but hostile) de le faire revenir à Jérusalem; 1ls auraient dressé une embuscade pour le tuer dans le trajet. Festus répondit que Paul resterait prisonnier à Césarée et que lui-même y retournerait bientôt. « Que les plus notables d’entre vous, ajouta-t-il, qui voudraient charger cet homme descendent avec moi et formulent leur accusation. »
Il ne resta avec eux que peu de jours, huit ou dix, puis retourna à Césarée.
Dès le lendemain, il siégea sur son tribunal et fit comparaître Paul.
A son entrée, les Juifs, descendus de Jérusalem, l’entourèrent, en formulant de nombreuses et graves accusations qu'ils ne pouvaient prouver ; tandis que Paul se défendait, en déclarant qu'il n'avait commis aucune faute ni contre la Loi juive, ni contre le Temple, ni contre l'Empereur ?.
Là-dessus, Festus, qui voulait faire plaisir aux Juifs, dit à Paul : « Veux-tu monter à Jérusalem et y être jugé sur tout cela en ma présence?» Paul lui répondit: «C’est devant le tribunal de l'Empereur que je comparais; c’est là que je dois être jugé; je n'ai fait aucun tort aux Juifs, et tu le sais fort bien. Si je suis cou-
1 Nommé procurateur par Néron.
2 Grec : contre César. Nous avons traduit ce mot littéralement dans les Évangiles (Matth. 22, 17; Marc 12, 14; Luc 20, 22), parce que la parole du Christ : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, est trop connue sous cette forme pour qu'il soit possible de la modifier. Mais Le César était, au temps de Jésus, Tibère et, au temps de saint Paul, Néron; son nom de César doit se traduire : l'Empereur, En français, nous réservons le mot César pour désigner le premier de tous : Jules César, et n’appliquons jamais ce nom à ses successeurs,
pable, si j'ai mérité la mort, je ne demande pas de grâce ; si, au contraire, je n’ai rien fait de ce dont ils m’accusent, personne n’a le droit de me livrer à eux par complaisance. J’en appelle à l’'Empereur ! »
Festus, alors, s’entretint un moment avec ses assesseurs οἱ répondit : «Tu en as appelé à l'Empereur, tu iras à l’Empereur. »
Quelques jours plus tard, le roi Agrippa et Bérénice vinrent à Césarée saluer Festus. Ils y restèrent plusieurs jours et Festus exposa au roi l'affaire de Paul. «fl y a ici un homme, lui ditAl, que Félix a laissé prisonnier ; pendant mon séjour à Jérusalem, le haut sacerdoce et les autorités juives ont porté plainte contre lui et m'ont demandé sa condamnation. Je leur ai répondu que la coutume romaine ne permet pas de livrer un homme par complaisance, sans que l’accusé ait été confronté avec ses accusateurs et ait eu toute facilité de se justifier de l'accusation. Ils sont alors venus ici et, sans perdre un moment, dès le lendemain, 16 siégeai sur mon tribunal et je fis comparaître cet homme. Les accusateurs qui se sont présentés n'ont relevé contre lui aucun des crimes que je m'attendais à voir établir; il ne s’est agi entre eux que de subtilités relatives à leurs croyances particulières et d’un certain Jésus qui est mort et que Paul dit être vivant. Ne sachant quel parti prendre dans une discussion de ce genre, j'ai demandé à Paul s’il voulait aller à Jérusalem et y être jugé sur tout cela, Mais il en ἃ appelé pour que sa cause fût réservée au jugement de Sa Majesté; j'ai alors ordonné de le garder en prison jusqu’à ce que je l'envoie à l'Empereur. »
Agrippa dit à Festus: «Je voulais justement entendre cet homme.» — «Τὰ l’entendras demain », répondit Festus.
Le lendemain, en effet, Agrippa et Bérénice vinrent avec une suite brillante et se rendirent à la salle d'audience, accompagnés des ofliciers de l’armée et des principaux personnages de la ville,
Sur l’ordre de Festus, Paul fut introduit.
Festus prit la parole :
«Roi Agrippa, et vous tous ici présents,
« Vous voyez cet homme à propos duquel tous les Juifs, en masse, et à Jérusalem et ici, sont venus m'importuner; ils me crient que je ne dois pas lui laisser la vie. Moi j'ai compris qu'il n'avait rien fait qui méritât la mort ; lui-même, d’ailleurs, en ἃ appelé à l'Empereur et j'ai décidé de le lui envoyer. Mais je n'ai rien de bien positif à écrire à son sujet au Maître; voilà pourquoi je l’ai fait paraître devant vous, et surtout devant toi, Roi Agrippa, et, après cet interrogatoire, j'aurai quelque chose à écrire. En effet, 16 trouve absurde d'envoyer un prisonnier sans Indiquer les charges qui pèsent sur lui.»
— «Je te donne la parole pour ta défense », dit Agrippa à Paul.
Celui-ci fit alors un geste de la main et se défendit en ces termes :
«Roi Agrippa,
«Je m'estime heureux d’avoir aujourd’hui à me disculper devant toi de tout ce dont m’accusent les Juifs, car tu connais parfaitement tous les usages de ce peuple et les questions qui le préoccupent. Je te prie donc de m'écouter patiemment. »
«Ce qu'a été dès l’origine ma conduite, pendant ma jeunesse, au milieu de mon peuple, à Jérusalem, tous les Juifs le savent ; ils me connaissent d’ancienne date, pour avoir appartenu, s'ils veulent bien en convenir, à la tendance la plus stricte de notre religion ; je veux dire que j'étais Pharisien. Et maintenant me voilà mis en cause pour avoir espéré en la promesse faite par Dieu à nos pères et que nos douze tribus, priant avec instance, nuit et jour, espèrent voir s’accomplir. Et c’est pour cette espérance-là, ὁ Roï, que des Juifs m’accusent! Est-ce que vous trouvez incroyable que Dieu ressuscite des morts ? »
«Pour moi, j'avais cru devoir m'opposer de toutes mes forces au nom de Jésus de Nazareth; et c'est ce que j'ai fait à Jérusalem. J'ai fait jeter en prison un*grand nombre de fidèles, m'y étant fait autoriser par les chefs des prêtres, et quand on les mettait à mort,
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J'y Souscrivais entièrement. Il m'arrivait dans toutes les synagogues de sévir contre eux et de les forcer à blasphémer. J'étais tellement furieux contre eux que je les persécutais jusque dans les villes du dehors. Dans ce but, je partis pour Damas avec de pleins pouvoirs et une autorisation délivrée par les chefs des prêtres, lorsque, en plein jour, sur la route, je vis, ὁ Roi, une lumière venant du ciel, plus brillante que le soleil et nous enveloppant de son éclat, mes compagnons de voyage et moi. Tous nous tombâmes par terre et j'entendis une voix qui me disait en hébreu : «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il t'est dificile de regimber contre l’aiguillon. » Je répondis : « Qui es-tu, Seigneur?» et le Seigneur dit : «Je suis Jésus que tu persécutes ; mais relève-toi, tiens-toi debout; voici. pourquoi je te suis apparu : pour t'élire serviteur et témoin de ce que tu viens de voir! et de ce que tu verras encore; je te protégerai contre ce peuple et contre les païens auxquels je t'envoie, pour leur ouvrir les yeux, pour les convertir des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu, pour leur obtenir, par la foi en moi, le pardon des péchés et une part de l'héritage promis à ceux qui lui sont consacrés. » Et alors, Roi Agrippa, je n'ai pas voulu désobéir à cette vision céleste; mais à ceux de Damas d’abord, ensuite à ceux de Jérusalem, puis à tous les habitants de la Judée et aux païens, j'ai prêché de se repentir, de se convertir à Dieu?, de faire des œuvres dignes de la repentance. Voilà Ὁ pourquoi les Juifs se sont emparés de moi dans le Temple et ont essayé de me tuer sur place. Mais, grâce à la protection de Dieu, j'ai vécu jusqu'à aujourd’hui, rendant témoignage aux petits et aux grands, sans rien dire en dehors de ce que «Moïse et les Prophètes » ont prédit devoir arriver; savoir que le Christ devait souffrir, et qu'étant le premier des ressuscités, il devait annoncer la lumière au peuple et aux païens.....»
1 Un des plus anciens manuscrits lit : de ce que tu viens de me voir. 2 Ou : de se convertir, de se lourner vers Dieu.
3 Ou: de la conversion.
1 «Moïse et les Prophètes» c’est-à-dire La Loi et les Prophètes. Noir note sur Matth. 22, 40.
Paul en était là de sa défense quand Festus dit à haute voix : «Tu es fou, Paul; tes longues études t'ont fait perdre l'esprit. »
Mais Paul: «Je ne suis pas fou, Excellent Festus, ce sont des paroles vraies et sensées que je prononce. Le roi connaît ces faits, aussi je m'adresse à lui avec confiance, car je suis persuadé qu'il n'en ignore aucun; tout cela ne s’est pas fait en cachette. Crois-tu aux prophètes, Roi Agrippa? Je sais que tu y crois.»
Agrippa dit alors à Paul: «Tu vas me persuader bientôt de me faire chrétien!» Et Paul: «Dieu veuille que tôt ou tard non seulement toi, mais tous ceux qui m'écoutent aujourd'hui en viennent à me ressembler... excepté par ces chaînes!»
Tous se levèrent, le roi, le procurateur, Bérénice, l'assemblée. En se retirant, ils s’entretenaient ensemble et se disaient que cet homme ne faisait rien qui méritàt la mort ou la prison. «On aurait pu relâcher cet homme, dit Agrippa à Festus, s’il n’en avait pas appelé à l'Empereur. »
Lorsqu'il fut décidé que nous partirions pour l'Italie, on remit Paul et quelques autres prisonniers à un centurion de la cohorte Augusta ?, nommé Julius.
Montés à bord d’un navire d’Adramyttium qui devait faire escale dans les ports de la province d’Asie, nous primes la mer; un Macédonien de Thessalonique, Aristarque, était avec nous.
Le second jour nous arrivions à Sidon, et Julius, qui traitait Paul avec beaucoup de douceur, lui permit d’aller visiter ses amis et de recevoir leurs soins.
Partis de là, nous suivimes les côtes de l’île de Chypre, parce que les vents étaient contraires, et, après avoir traversé la mer qui baigne la Cilicie et la Pamphylie, nous abordâmes à Myrra en Lycie. Là le centurion, ayant trouvé un navire alexandrin qui faisait voile pour l'Italie, nous fit monter à son bord.
Après plusieurs jours d’une navigation très lente, nous arrivions
1 Exclamation ironique.
? La cohorte Prima Augusta Italica,