LA GRACE SOIT AVEC VOUS TOUS
PRÉFACE
L'adresse de cette lettre nous apprend qu’elle a été écrite à un nommé Philémon; or, nous comprenons, d’après Coloss. 4: 9-17, que Philémon devait être un riche personnage de Colosses ou des environs immédiats de cette ville. Très zélé à répandre l'Évangile (Ép. à Philém., verset 5), il avait une église dans sa maison, c’est-àdire que celle-ci servait de centre à une congrégation chrétienne. Appia était sans doute la femme de Philémon. Quant à Archippe, il était (Coloss. 4: 17) un des ministres ou des diacres de l’Église de Colosses et devait faire partie de la famille de Philémon; peutêtre était-il son fils.
Paul avait rencontré en prison un esclave fugitif qui venait d’être arrêté. Cet esclave avait volé son maître en s’enfuyant. Il s'appelait Onésime. Or il se trouva que cet Onésime appartenait à Philémon et que c'était de chez Philémon qu'il s’était enfui. Paul l'avait converti au christianisme et lui avait persuadé de œetourner auprès de son maître. Notre épître est la lettre de recommandation dont Onésime était porteur pour Philémon. Elle nous montre Paul dans l'intimité. Ce n’est plus le lutteur et le dogmaticien qui nous ÿ apparaît, mais l'ami ne parlant que de ce qui lui tient à cœur au moment même.
Ce billet devrait être placé dans le Nouveau Testament immé-
610 LE NOUVEAU TESTAMENT diatement après la lettre aux Colossiens. Tychique était porteur de celle-ci comme Onésime de celui-là, et tous deux partirent ensemble de Césarée pour Colosses (Coloss. 4: 7-10). Nous disons de Césarée, car Paul écrivit ces lettres, comme celle aux Éphésiens, pendant ses deux années de captivité à Césarée en 59 ou 60 au plus tard.
L’attitude prise par l’apôtre en face de l'esclavage est très nette. Lorsqu'un esclave devient chrétien, il n’est pas affranchi de fait. Son maître, même un maître chrétien, a encore des droits légaux sur lui. Mais l’esclave et le maître sont frères « δὲ selon la nature et selon le Seigneur » (verset 17). Par suite, le maître chrétien, tout en ayant le droit strict de garder son esclave, doit cependant l’affranchir. Je suis certain, dit Paul (verset 21), que tu iras au delà de ce que je te demande, c’est-à-dire que tu l’affranchiras. |
L’épître à Philémon a toujours fait partie, dans l’Église des premiers siècles, du recueil incontesté des lettres de Paul.
PAUL, PRISONNIER DE JÉSUS-CHRIST, ET LE FRÈRE TIMOTHÉE A PHILÉMON, NOTRE BIEN-AIMÉ ET NOTRE COLLABORATEUR, A NOTRE SOEUR APPIA, A ARCHIPPE, NOTRE COMPAGNON D'ARMES, ET A L'ÉGLISE QUI S'ASSEMBLE DANS TA MAISON 1.
GRACE ET PAIX VOUS SOIENT ACCORDÉES PAR DIEU NOTRE PÈRE ET PAR LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Je rends sans cesse grâce à mon Dieu quand ton souvenir se présente à moi dans mes prières. J'apprends, en effet, ta foi au Seigneur Jésus et ton amour pour tous les fidèles, et je demande que ta foi se communique et porte des fruits et que tu saches ce qui pour nous ? est le bien, en vue de Christ! Ton amour, en effet, nous ἃ causé beaucoup de joie et de consolation, car les cœurs des fidèles ont été tranquillisés par toi, frère.
Aussi aurais-je le droit en Christ de te prescrire en toute confiance ce que tu dois faire; mais je préfère m'adresser à toi au nom de cet amour, et en mon nom, au nom de Paul, un vieillard, et, dans ce moment, un prisonnier de Jésus-Christ.
Je l'adresse donc une prière pour mon fils, que j'ai engendré dans les fers, pour Onésime. Il s'appelle Utileë, et il ne te servait
1 Ta maison, la maison de Philémon.
? Quelques anciens manuscrits lisent : pour vous. 3 Le mot Onésime signifie en grec : utile.
à rien autrefois. À l’avenir il nous servira beaucoup à tous les deux. Je te le renvoie, lui, c’est-à-dire la meilleure partie de moi-même. Je voulais le retenir auprès de moi, pour qu’au lieu de te servir, il me servit pendant que je suis prisonnier pour l'Évangile; mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin de ne pas t’obliger à lui faire du bien, et de te laisser entièrement libre. Peut-être n’a-t-il été séparé de toi un moment qu'afin que tu le retrouves à jamais non plus comme esclave, mais comme frère bien-aimé au lieu d’esclave; oui, bien-aimé de moi d’abord et plus encore de toi et selon la nature et selon le Seigneur !
Si donc tu me considères comme ton ami, reçois-le comme moi-même. S'il t'a fait quelque tort, s’il te doit quelque chose, passe-le à mon compte.
Moi, Paul, — j'écris ceci de ma main — je te rembourserai, sans te rappeler que tu es mon débiteur et que tu l'es de ta propre personne. Allons, frère, fais-moi ce plaisir dans le Seigneur! Tranquillise mon cœur en Christ!
Je t’écris convaincu de ton obéissance, certain même que tu iras au delà de ce que je te demande.
En même temps, prépare-toi à me recevoir; Car J'espère vous être rendu, grâce à vos prières.
Épaphras, mon compagnon de chaînes en Jésus-Christ, te salue ainsi que Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes collaborateurs.