CHAPITRE I
vint ouvrir. On traversa une cour humide , où l'herbe poussait entre les pierres, et on entra dans une grande salle froide, dont le mobilier n'était pas considérable, puisqu'on n'y voyait absolument que les quatre murs.
Le nègre apporta une nappe blanche qu'il étendit par terre. On y vida le sac , et Zanetto vit alors rouler devant lui un amas de pierres précieuses , si belles et si brillantes qu'il en ouvrit ses yeux grands comme la porte de l'arsenal.
— Voilà bien mon compte, disait le Turc, à genoux devant son trésor ; cent émeraudes, six vingts diamants, trois douzaines de topazes , dix-huit rubis de première qualité, etc.. Il ne manque rien. Gela représente les joyaux de cinq grandes familles.
U y a de ces pierres qui furent enlevées aux pachas de Candie, de Zara et de Chypre.
Qu'elles retournent dans le pays du soleil d'où elles n'auraient jamais dû sortir.
22 LE NOUVEL ALADSIN.
Le marchand ouvrit un petit caveau dont il avait la clef, en tira un coffret de bois desandal, et y plaça ses pierreries avec d'autres bijoux qu'il avait déjà , puis il referma le caveau et remit la clef dans sa poche. De retour à la Piazzetta, le Turc conduisit Zanetto sur les marches de la Monnaie.
Le soleil tournait derrière l'île du Redentore. Un long nuage rouge courait vers la pleine mer en prenant des formes variées et fantastiques. Le vent devenait frais et Zanetto sautait d'une jambe sur l'autre pour se réchauffer. Le marchand turc tira de sa poche une bourse pleine d'écus , et un petit cachet en cuivre. Il présenta les deux objets à Zanetto en lui disant :
— Choisis , mon fils , de cette bourse ou de ce cachet constellé. Avec ces deux mille ducats , tu vivras pendant quelques années dans l'abondance , mais tu retomberas ensuite dans ta médiocrité. Avec ce cachet, tu