CHAPITRE I
diamants et de pierres précieuses. Les pachas deJanina et de Trébisonde, et même Sa Hautesse le Sultan , m'ont donné commission d'acheter ici des pierreries. Le moment est favorable à cause du besoin d'argent qu'ont une foule de femmes évaporées et de jeunes seigneurs chargés de dettes. Tout le inonde n'est pas aussi honnête que toi. Le fils d'un sénateur a vendu ses bijoux la semaine passée ; mais il a employé le crédit de son père pour se faire rendre les diamants et en garderie prix, en se disant trompé par un marché de dupe. Il avait bien reçu la valeur exacte de ses joyaux, et il a osé jurer par le dieu des chrétiens qu'on ne lui avait donné que la moitié de cette valeur. Pour éviter une affaire semblable, j'ai fait acheter ces diamants par un tiers, et je les déposerai chez un confrère, en attendant la nuit. Demain je pars avec ma fortune sur un brigantin de ma nation , et je me retire du
commerce , plus riche qu'on n'a besoin de l'être à mon âge.
— Quoi ! seigneur , dit Zanetto , ce sac est tout plein de diamants et de pierreries?
Oh! que je voudrais voir ces belles choses !
Comme cela doit briller ! Je vous demande pour unique récompense de mon faible service la permission de regarder vos trésors.
— Tu les verras, mon fils. Aide-moi seulement à porter ce sac jusqu'au logis de mon confrère, et veillons ensemble sur la couture ouverte.
— Me craignez rien, dit Zanetto en chargeant le sac sur ses épaules. Je tiens l'ouverture dans ma main, et s'il tombe une de vos précieuses lentilles , elle ne sera pas perdue.
On laissa la gondole à Saint-Pantaléon , pour tourner par une petite ruelle, au fond de laquelle était une porte basse. Le marchand turc frappa trois coups , et un nègre