‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 104 sur 133 · CHANTRE II · texte numérisé non relu

CHANTRE II

madame; je la renfermerai en moi-même.

— On n'a pas d'idée d'une telle barbarie, dit le commandeur. Pourquoi pleurerait-elle si elle n'avait pas de chagrin?

— Parce que le noir lui sied. Vous n'cn~ tendez rien aux femmes.

— Vous me feriez damner. Ainsi donc, Tillemont n'est pas mort? je n'ai pas été à son convoi ce matin?...

— A son convoi ! dit Henriette en tombant danB un fauteuil; vous voyez bien qu'on me cachait cet affreux malheur !

— Non, reprit le commandeur, il n'est rien arrivé. J'ai la berlue ; et tenez, marquise, ce qui sort des yeux de cette enfant, sontr-ee des larmes, oui ou non?

~ Ce sont des larmes. Ne vous fâchez pas, mon frère. Je ne trouve pas mauvais qu'elle pleure, si cela. peut l'amuser. Je ne la gronde point. A son âge, on a parfois le besoin d'être éplorée, de laisser le blanc et

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le rose pour mettre une robe noire et à queue, car elle est à queue, cette robe de deuil.

— C'est une persécution, murmura Henriette en sanglotant. Après m'avoir reproché mon indifférence, on me fait un crime de ma douleur ; mais je vous déclare que je regarde M. de Tillemont comme mon

époux.

Mademoiselle de la Noue sortit tout en

pleurs, et remonta dans sa chambre, laissant le commandeur quereller la tante, qui se remit à son parfîlage. Cependant l'aventure surnaturelle avait fait quelque bruit dans Paris. Le soir, le salon de la marquise fut empli de gens pressés de connaître celte histoire. Trois vicomtes, six chevaliers et une douzaine d'abbés l'apprirent par cœur afin de la porter à tous les soupers. La mort de Tillemont étant certaine, on ne douta pas que le trépassé ne fût revenu faire sa

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