CHAPITRE III
sentée de rompre avec Henriette, Fleu ranges ne se sentit aucune envie de faire retraite. Une certaine grâce qui accompagnait les railleries de la jeune personne le retenait sous le charme. Mademoiselle de la Noue n'eut pas l'air de s'effrayer beaucoup des menaces de sa tante, et ne traita point le chevalier avec plus de bonté. La marquise en perdit patience.
— Ma nièce, dit-elle tout à coup, au lieu de causer de bagatelles, vous feriez mieux de songer à vos affaires, car je vous assure qu'elles sont sérieuses.
— Je m'en vais donc y songer, ma tante.
Mademoiselle de la Noue sortit du salon
et ne revint plus. En quittant la rue de Yendôme, Fleuranges avait le cœur troublé. Il se disait que cette jeune fille fière et moqueuse devait pourtant avoir l'âme bonne au fond , qu'elle était au-dessus des autres par son esprit, que sa malice même
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paraissait pleine d'agréments , et que , pour la beauté , l'éclat et la grâce , elle n'avait point de pareille; mais, le charme étant détruit par une nuit de sommeil, le chevalier s'écria en s'éveillant qu'il serait fou de poursuivre une personne qui ne le voyait jamais sans le maltraiter. De peur de retomber dans sa faiblesse de la veille, il résolut de s'en aller à la campagne pour se distraire. Il emplit une valise de linge et d'habits, prit quelques volumes de Montaigne et de Rabelais, et se fit conduire au bois de Morfontaine, où il s'installa dans une auberge.
Notre chevalier était absent depuis quatre jours, lorsqu'un matin Henriette demanda au commandeur pourquoi on ne voyait plus Fleuranges.
— Ma chère enfant, répondit le bon vieillard, c'est un peu votre faute s'il ne revient plus, car vous ne l'avez guère encouragé.