CHAPITRE IV
— Vous êtes un étourneau, s'écria le baron, qui regrettait sa démonstration philosophique. On ne peut pas vous parler sérieusement. Allez au diable !
Saint-André enfonça son chapeau sur ses yeux et partit à grands pas. Fleuranges n'y prit pas garde et demeura en consultation
avec lui-même. Son premier soin fut d'examiner le fragment de papier. Il n'y trouva que ces trois mots : « Ingrat ! je... jamais... » L'écriture était d'une femme, les lettres étaient bien formées, point de fautes d'orthographe. Mais que pouvait signifier cette moitié de phrase ? Était-ce « Ingrat !
je vous aime plus que jamais? » ou bien :
« Je ne vous re verrai jamais? » ou, comme le dernier mot était à la ligne et que le papier de la lettre paraissait grand, ce pouvait être : « Ingrat ! je vous défends de me revoir jamais. Je vous bannis de mon cœur à tout jamais. Je vous déteste, et je reconnais que
j'aurais du ne vous aimer jamais. » Ces dernières versions plurent à Fleuranges, et il les adopta de préférence à la première.
Cette pauvre fille était évidemment trahie par son amant. Pour aller au plus pressé, le chevalier compara le sourire qu'on lui avait adressé au rayon de soleil qui se fraye un passage à travers une pluie d'orage. Ensuite, il fit d'autres comparaisons sur les bras d'albâtre, sur le cou plus blanc que neige, sur les cheveux d'ébène, sur la bouche un peu grande, mais ornée de perles fines, et, quand il fut au bout de ses comparaisons, il reconnut enfin la gravité de sa blessure, dont il n'avait pas senti d'abord toute la profondeur.
— ciel! s'écria-t-il, me voilà amoureux ! que vais-je devenir? Moi qui ne suis ni inventif, ni entreprenant, ni passionné, comme Saint-André , je ne réussirai jamais à rien.