CHAPITRE IV
Le chevalier eut bientôt imaginé le moyen simple de faire parler une portière en lui donnant un louis d'or. Il apprit que la grisette du quatrième étage se nommait Jeannette , qu'elle vivait toute seule, ne sortant que pour porter ou chercher de l'ouvrage ; qu'elle travaillait bien à l'aiguille et faisait des chemises. Fleuranges grimpa au quatrième étage afin de commander à mademoiselle Jeannette une douzaine de chemises , et , tout honteux de ne savoir inventer que ce misérable expédient , il frappa bien vite à la porte. La jeune fille vint ouvrir.
On ne voyait plus de traces de ses larmes , et un petit air de dignité respirait dans toute sa personne.
— Qu'y a-t-il pour le service de monsieur ?
dit-elle.
— Ma chère enfant, répondit Fleuranges, je viens vous prier de me faire des chemises. Ce n'est qu'un prétexte : je mourais
d'envie de vous voir et de causer un moment avec vous. Le puis-je sans vous alarmer ou vous fâcher ?
— Vous ne me fâchez point , monsieur , et je pense que vous n'avez pas envie de m'effrayer ni de me faire de la peine. Asseyez-vous ; je vous demande la permission de me remettre à l'ouvrage.
Mademoiselle Jeannette offrit une chaise et reprit son aiguille.
— Je vous ai vue tout à l'heure à votre fenêtre , lui dit Fleuranges. Vous pleuriez en déchirant une lettre. Sur un des morceaux de papier, j'ai lu ces mots : « Ingrat ! je ne vous reverrai jamais. » J'en conclus que vous êtes trahie par votre amant ; vous étiez belle et touchante ; votre chagrin m'a ému.
Sans savoir ce que je faisais , je suis monté chez vous dans l'intention de vous demander l'histoire de vos peines et pour vous offrir des consolations Je suis près de vous ,