CHAPITRE II
rai seulement un palais, vingt serviteurs, une belle femme et cent mille ducats de rente, je me confesserai, je ferai la pénitence qu'on m'ordonnera, et le magicien sera bien sot de me voir aller au ciel en dépit du talisman dont j'aurai recueilli le bénéfice.
En attendant les cent jnille ducats de rente, Zanetto commença par entrer chez un petit traiteur de sa connaissance qui lui servit, moyennant de grands frais d'éloquence, deux plats maigres à crédit :1e premier service était composé d'une poignée de riz cuit à l'eau, et le second d'une tranche de citrouille grillée. Avec cela un bon Vénitien n'a plus rien à désirer; aussi notre jeune homme, endetté de quatre sous, alla digérer en plein air plus content que s'il eût dtné chez un évéque. La foule des passants se dirigeait vers le théâtre San-Salvator, où la troupe de Sacchi jouait une nouvelle farce qui" faisait courir toute la ville.
Zanetto, dans l'âge des plaisirs, avec son imagination vive, enrageait de ne pouvoir aller au spectacle, et si on l'eût tenté dans ce moment, il aurait peut-être donné son cachet magique pour un billet de parterre.
Les Taccagni passèrent lentement comme une troupe de vautours. Zanetto se plaça derrière les six vieillards pour écouter leur conversation :
— Vous êtes un renégat, don Vitale, disait le doyen de la compagnie. Je ne vous reconnais plus ; et, si cela dure, nous vous destituerons de vos titres et avantages de notre société ; car vous me paraissez aujourd'hui destitué de tout bon sens. Est-ce bien vous que j'entends louer la comédie et les comédiens, ces agents de corruption et de ruine, qui pervertissent nos filles par leurs mauvais exemples et induisent en dépense nos garçons ?
— Ne vous y trompez pas, "signor mio, ré-