‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 13 sur 133 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pondit don Vitale. Je loue les comédiens, mais je ne vais point à leurs spectacles, et j'obéis en cela au précepte d'un sage qui a dit :

« Soyez bienveillant et ne méprisez aucune profession; sans quoi, gens économes, tout le inonde criera haro sur vous et sur votre bien; et si quelqu'un vous vole, on dira :

« Tant mieux î puisse-t-il tout perdre ! »

Louons doncles avocats, etn'ayonspas de procès. Louons les médecins, et soyons en bonne santé. Louons la chasse, et ne nourrissons pas de chiens. Louons la lagune et les gondoles en allant à pied. Louons l'amour, et n'ayons pas de maîtresse. Louons la bonne chère, les beaux-arts, la musique et les bons acteurs, et mangeons sobrement, n'achetons point de tableaux et laissons les autres entrer à l'opéra ou à la comédie. Si vous louez à un propriétaire la beauté de sa vigne, il vous retiendra peut-être à dîner pour vous en faire goûter le vin. Nous ne voulons rien

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donner qui coûte; prodiguons donc la louange, puisqu'elle ne nous coûte rien ; ce que nous attraperons en échange sera du bien gagné sans frais. Entendez-vous cela? Je vais vous prouver que je ne loue point la dépense que font les autres par envie de les imiter : tout à l'heure, une de nos voisines voulait emmener ma fille à San- Salvator. Je n'ai pas voulu que Lutgia vit ces histrions, de peur qu'elle ne prit trop de goût à ce plaisir dispendieux. J'ai proposé à la voisine de l'accompagner moimême au lieu et place de ma fille, parce que le spectacle est sans danger pour moi. La voisine a préféré emmener une autre dame de ses amies.

— A présent, je reviens de mon erreur, reprit le doyen des Taccagni, et je regrette que la pauvre Luigia n'ait pas vu le spectacle. Vous avez été trop sévère pour son jeune âge, don Vitale.

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