CHAPITRE IV
à moi quelquefois. Je me souviendrai toujours de vous. Je vous embrasse tendrement. A propos : j'oubliais de vous dire que c'est M. de Noyon qui me donne tant d'argent. Il est fort généreux. Je me suis bien fait prier, je vous assure ; mais quatre mille écus ! Il me les a payés. Je les ai dans mon tiroir, la moitié en pièces d'or, le reste en argent blanc. Je suis bien contente.
Adieu. »
— Moi aussi, je suis bien content, s'écria Fleu ranges. Ce bon Noyon I il me débarrasse d'un grand fardeau.
Le chevalier retourna chez lui. chantant de tout son cœur comme un écolier en récréation. Le soir, en se promenant dans les couloirs d'un théâtre, il aperçut M. de Noyon et Jeannette par la lucarne d'une loge. Il posa sa tête à la place de la vitre qui était baissée :
— Je vous suis obligé, Noyon, dit-il en
riant. Vous me rendez un service signalé.
Ayez soin de cette bonne fille comme elle le mérite.
Quand une femme se mêle de faire du bien à ses amis, elle y met toute son âme ; elle y applique son esprit avec suite et s'en acquitte souvent avec bonheur, toujours avec grâce et intelligence. Ainsi faisait madame de Polignac. Au milieu de son emploi et des fatigues du métier de favorite d'une reine, elle trouvait encore le temps de penser aux autres. Gomme elle estimait le caractère de Fleu ranges, l'envie de le servir auprès d'Henriette ne lui sortait pas de la têle. Un soir qu'on jouait à la cour les Femmes Savantes, elle fut frappée du naïf dénouement de la comédie :
— Voilà, se disait-elle, le moyen de marier mon petit chevalier, non pas en dessillant les yeux d'une Philaminte, puisqu'on ne refuse pas de lui donner son Henriette,