CHAPITRE IV
sang, s'il te fallait, pour vous sauver de cette ruine complète; ou plutôt, comme il sentirait combien ses vœux sont inutiles, je suis sûr qu'il s'offrirait avec ravissement à partager votre sort. Il ne possède qu'un petit bien, situé au bord d'une rivière, dans le plus joli lieu du monde. Sa mère vous adorerait, et il consacrerait le reste de sa vie à tâcher de vous faire oublier ce que vous avez perdu. Un jour , peut-être , si vous aviez quelque tendresse pour lui , vous ne souhaiteriez plus de rien changer à votre existence.
— Ma nièce, dit la marquise, que pensezvous de ceci ? Vous n'êtes pas dans des conditions à faire la petite bouche. Répondez vous-même à M. le chevalier.
— Monsieur, répondit Henriette en tremblant, si je connaissais ce gentilhomme dont vous parlez, et qu'il s'exprimât comme vous venez de le faire...
— - Eh bien? reprit la marquise, achevez donc. Faut-il se laisser tant prier pour dire ce qu'on pense? Que les filles d'à présent ont le cœur loin des lèvres ! Bonté divine !
De mon temps, on nous aurait cousu le gosier que nous aurions bien su répondre à nos amoureux.
— Ma tante , ménagez-moi. Je vous ai dit le fond de mes pensées ; soyez mon avocat*
— Je le veux bien. Mon cher Fleuranges, dans ma jeunesse , on vous eût dit tout franchement : «Est-il possible, chevalier, que vous m'aimiez encore après mes bizarreries et mes caprices? Je ne sais quel démon, ennemi de mon bonheur, m'a toujours fait parler au rebours de mes sentiments ; mais cette fois au moins ma bouche sera d'accord avec mon cœur. Apprenez que je vous aime, et que je vous aimais dès le premier jour que je vous ai vu... »