CHAPITRE IV
petite malice quand le tour était bien exécuté... Je joue trèfle.
— Je prends, dit Saint-André... Ainsi donc l'ami Fleuranges épouse votre charmante nièce?
— Oui, baron. C'est toute une histoire, une comédie que nous vous raconterons tout à l'heure... J'entends un carrosse.
M. de Béville entra tenant une corbeille de fleurs.
— Bonsoir, monsieur, lui dit la marquise.
Que portez-vous donc là ? Des fleurs pour ma nièce ! Vous êtes allé à la campagne ce matin ?
— Ce matin, madame! il y a plus d'une semaine que je suis absent.
— Oui , j'y pense ; c'est vrai. Je disais qu'on ne vous voyait plus. Je ne sais quel jour j'ai dit cela.
— Voyant qu'on m'eût laissé courir les champs jusqu'à la Chandeleur, sans s'inquiéter de moi, je suis revenu.
— Dans quel mois est-ce donc la Chandeleur? Février, je crois... Toujours du pique!...
— Mademoiselle votre nièce aime les marguerites. En voici une grosse provision.
C'est une rareté dans cette saison.
— Que cela est aimable ! dit Henriette.
Je me ferai une parure de ces belles fleurs.
— Pour le jour où nous signerons le contrat, reprit la marquise. Quel jour le signonsnous ?... Encore du pique !
— Le contrat? dit M. de Bé ville.
— A propos. Je vous présente notre neveu, M. de Fleuranges.
— Ma sœur, dit le commandeur, on peut dresser le contrat demain et le signer dans les quarante-huit heures. Nous avons des notaires expéditifs. . .
— Fleuranges , dit Saint-André , je suis votre témoin.
On annonça que le souper était servi.
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— M. de Béville , soupez avec nous , reprit la marquise. Je vous conterai la scène de ce soir.
On soupa gaiement. On signa le contrat trois jours après, et on fit Je mariage dans la quinzaine.
Mademoiselle de la Noue, une fois mariée, devint une femme aussi raisonnable , aussi égale d'humeur et de caractère qu'elle avait été fantasque et quinteuse jeune fille. Ces transformations ne sont pas rares dans le beau sexe. On en voit même de contraires à celle-ci, où il arrive qu'on a épousé le diable sous la forme d'un ange. Fleuranges tomba plus heureusement. Sa femme prit des goûts fort simples , le traita toujours avec douceur et affection , et lui joua des airs de clavecin autant qu'il en souhaita.
La révolution de 1789 ne trouva plus le commandeur ni la marquise , et l'échafaud y perdit deux tètes vénérables ; mais il se
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rattrapa sur d'autres. Saint-André s'était jeté fort avant dans les idées républicaines; il mourut bravement à Marengo , avec les épaulettes de colonel. Fleuranges , retiré dans ses terres, échappa aux orages politiques. Il vécut heureux. S'il eut beaucoup d'enfants, je n'en sais rien, mais je l'affirme néanmoins, afin que le lecteur , plus satisfait, pardonne volontiers les fautes de l'auteur, comme on disait jadis en Espagne.