‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 18 sur 133 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

doré sur les franges. Quant à votre robe de mariage, elle effacera le manteau de gala de la dogaresse, à moins que les marchands de la Merceria n'aient plus d'étoffes de luxe dans leurs magasins.

— Ah ! quel bonheur ! Bon Zanetto, prenez ce mouchoir blanc comme un gage de ma foi : je suis votre femme. Sauvez-vous :

voici mon père qui paraît au coin du quai.

Si vous me trompez, j'en mourrai de chagrin .

— Que saint Jean, mon patron, me brise les os, si je vous manque de parole {

Zanetto reçut le mouchoir blanc, le couvrit de baisers, et prit la fuite par une ruelle. A peine seul, il fut effrayé de tous les gros mensonges qu'il venait de débiter,

— Si j'avais seulement pris la bourse de deux mille ducats, pensait-il, je pourrais acheter des habits neufs, louer une gondole à la journée, et faire semblant d'être riche; mais avec ce prétendu talisman, que vais-je

devenir? Luigia elle-même aurait reconnu mon imposture à l'état déplorable de mes vêtements, si le soleil n'était pas couché.

Demain, ne me voyant pas revenir, elle devinera que je suis un fourbe; elle me méprisera, et ce coquin de Marcantonio sera son mari. Ah ! malheureux talisman ! maudit Turc ! infortuné Zanetto !

En achevant ses lamentations, notre étourdi arriva par un détour à la Piazzetta; il aperçut, à dix pas de la rive, une barque dans laquelle était un Turc : il reconnut Ali-Mahamud, qui partait avec son sac pour monter sur un brigantin qu'on voyait au loin.

— Par pitié ! seigneur marchand, arrêtez ! lui cria Zanetto.

— Que veux-tu, mon fils? répondit le Turc en s'éloignant.

— Je veux épouser la belle Luigia. Je

suis amoureux d'elle.

— Écris-lui une lettre bien tendre, et

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