CHAPITRE II
mets-y ton cachet, dit Ali-Mahamud en continuant à s'éloigner.
— Il n'y a pas besoin de lettre : Luigia m'aime. C'est de l'argent, beaucoup d'argent qu'il me faut.
— N'as-tu pas ton cachet?
— J'ai promis à ma maîtresse un palais, des domestiques et des cuisiniers, des robes de soie toutes brodées. Je suis déshonoré si je ne trouve pas tout cela.
— Eh bien, emploie ton cachet, répéta le Turc en s'éloignant davantage.
— Àh ! seigneur Ali-Mahamud, cria Zanetto en faisant un porte-voix de ses deux mains, le père de ma fiancée est un ladre :
ne m'abandonnez pas. À qui demander ce palais, cet argent, ces domestiques et ces robes brodées ?
Le Turc répondit en criant aussi fort qu'il put ; mais Zahetto n'entendit que ces mots sans suite : « Riches marchands... banque...
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oolaire ; » et, croyant avoir manqué sa fortune, il se laissa tomber tout de son long devant la madone des gondoliers. Après avoir cogné son front par terre plusieurs fois, il demeura enfin immobile, plongé dans son désespoir.
Cependant, à force de réfléchir, il crut comprendre la réponse d'Ali-Mahamud, et s'imagina que le Turc avait dû lui dire ; « Adresse-toi aux plus riches marchands pour avoir des étoffes, à la première maison de banque pour de l'argent, à quelque notaire pour acheter un palais. » A cette idée, Zanetto se releva et courut à la boutique de l'écrivain public établi sous le Campanile de Saint- Marc.
— Mon ami, dit-il, je n'ai pas d'argent sur moi ; mais demain je vous donnerai trois florins si vous voulez me faire crédit de trois feuilles de papier à lettre et d'un peu
de cire d'Espagne.
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— J'aimerais mieux dix sous tout de suite que trois florins demain, répondit l'écrivain.
— ciel! s'écria Zanetto, faute de papier, je perdrais un palais, dix mille ducats et douze aunes de satin de la Chine ! Qu'il est difficile de commencer ses affaires lorsqu'on n'a rien ! Homme, donne-moi du papier, et demain je te le payerai un sequin d'or. Si tu me refuses ce faible service, je vais t'étrangler sur la place.
Le vieux écrivain, croyant avoir en face de lui un échappé de l'hospice des fous, ne résista plus et présenta bien vite ses plumes et son papier. Zanetto écrivit à la hâte ce qui suit :
« Seigneur banquier, j'ai besoin de dix mille ducats. Je pense que vous les accorderez si vous regardez attentivement le cachet qui ferme ma lettre. Envoyez-moi
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l'argent demain matin à huit heures de France.
« Giovanni Tomolo, cavalière,
« Demeurant via del Cristo, près San- Mosé, deuxième porte, maison de Marietta la blanchisseuse, au fond de la cour. »
Zanetto plia la lettre et l'adressa au signor Abraham Mûller, banquier. Sur la seconde feuille, il écrivit :
« Je prie Messer Tommaso Mereto, notaire con privilegioy de me chercher un palais à vendre, situé sur le grand canal, commodément et dans le voisinage d'un traghetto. J'en ferai l'acquisition tout de suite et j'en payerai la moitié en argent comptant, etc. »
La troisième lettre contenait ces mots :
« Paron Nicias est prié d'envoyer chez le