CHAPITRE V
aventurière, demeura un moment stupéfait et indécis ; mais lorsqu'il fut à trois pas de celle qui l'avait si cruellement joué , il ne put maîtriser son émotion ni retenir sa langue imprudente.
— Holà ! hé ! donna Jacomina , dit-il à demi-voix, ne passez donc pas si fière et reconnaissez au moins les gens. Rendez-moi seulement mon cachet de cuivre, et je me lai rai.
— Quel est ce fou? demanda la jeune fille avec effroi.
— Un fou, vive Dieu ! s'écria notre héros indigné. Je suis Zanetto Tomolo que vous avez bel et bien empoisonné avec de l'opium, et volé chez lui-même comme dans un coupegorge; je dis volé et dépouillé, entendezvous?
— Éloignez ce fou , cria la nièce du patriarche. Il va faire quelque malheur !
— C'est elle, répondit Zanetto, qui est
une malheureuse et de plus une hypocrite ; mais je lui arracherai son faux masque de dévotion. Elle me connaît bien, l'infâme !
— Assommez cet impie , ce sacrilège, ce profanateur! criaient les assistants.
Trois sbires s'avancèrent, accompagnés d'un sergent.
— Suivez-moi , jeune homme , dit le sergent. Il faut aller en prison, s'il vous plait.
— En prison! disait Zanetto en pleurant; c'est elle qu'on y devrait mener, la maudite voleuse !
— Tais-toi, mon garçon, ou je vais te faire lier les mains et fermer la bouche avec un bâillon.
Le cortège passa, et notre héros, saisi au collet par les sbires, n'essaya plus de se défendre. On le mena tout droit â la police de sûreté pour être interrogé par le commissaire de service. A peine eut-il raconté sérieusement , avec l'accent de la conviction