‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 53 sur 133 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nstes, et grimpa sous le toit fatal, où le geôlier lui donna une chambre. Le séjour des plombs est mauvais en été, à cause de la chaleur ; en automne, à cause des zanzares, dont les morsures ne laissent jamais aux prisonniers un instant de repos ; mais Zanetto visita ce lieu de tristesse au printemps, qui est la saison la plus favorable. Il s'estima heureux de n'être pas logé dans les puits, que l'eau et l'obscurité rendent beaucoup plus dangereux et plus horribles. Une natte de jonc assez douce l'invitaitàdormir ; il s'y coucha pour se reposer de tant de secousses et adressa du fond de son cœur une prière à la madone; car s'il était vaniteux, égoïste, astucieux et libertin, du moins il avait de la dévotion, le bon Zanetto.

— Sainte Vierge, disait-il à mains jointes, je suis jeune, vous aurez pitié de moi, et vous me tirerez de cette injuste prison. Ce

maudit cachet constellé, au lieu de me rcn-

dre heureux, est la cause de tous mes maux.

Puisqu'il n'y a pas de profit à se fier aux magiciens, je me tourne de votre côté, et je vous promets un flambeau d'argent sur mes économies, si vous daignez demander à Dieu ma délivrance.

Après cette prière d'une exemplaire ferveur, le pauvre garçon s'étendit sur la natte et s'endormit. Une voix rude le réveilla au bout d'une heure ; c'était le geôlier qui l'appelait par son nom.

— On voit bien, don Zanetto, que vous n'avez pas un gros crime sur la conscience.

Vous dormez en véritable innocent. Je m'y connais. Mais quelle diable d'idée avez-vous eue d'insulter publiquement la nièce d'un patriarche?

— Elle m'a volé, cela est aussi vrai qu'il y a un pape à Rome, répondit Zanetto ; ou bien, si je me trompe, il faut donc qu'un démon ait pris la figure exacte de cette

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Jacomina pour venir chez moi et me dévaliser.

— Allons, ce sont des peccadilles que tout ceci, mon enfant. On ne vous étranglera pas pour si peu.

— Je l'espère bien : mais combien de temps me laissera-t-on languir ici?

— Selon le crédit de vos amis, selon le pouvoir de vos ennemis, selon la protection de votre patron saint Jean, qui est puissant dans le ciel. Quant au seigneur patriarche et quant aux seigneurs juges et commissaires, ils vous oublieront et vous laisseront en ma compagnie éternellement, si l'on ne se remue pas un peu pour vous faire sortir.

— Je suis perdu! s'écria Zanetto. Qui donc pourrait demander grâce ? Je n'ai pas un parent sur la terre, et des amis, en a-t-on dans la situation où je suis ?

— Eh bien ! mon garçon, vous habiterez longtemps cette chambre; elle est des rueil-

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leures de la maison; nous boirons une bouteille de vin ensemble, et je vous promets de vous faire une heure de causerie par jour. Avec cela on n'est pas à plaindre.

Le gardien tint sa promesse ; mais c'était surtout afin de partager la bouteille de vin accordée par l'État au prisonnier qu'il montrait tant d'envie de réjouir son hôte par sa conversation. Plusieurs semaines mortellement longues s'écoulèrent sans que notre héros eût aucun sujet d'espérance, et son courage était déjà fort abattu. Ce n'est pas à dix-neuf ans, ni avec l'organisation iinpressible et sensuelle d'un Vénitien, qu'on peut supporter la solitude et l'idée accablante de la captivité. Zanetto passait les journées à se lamenter, sans écouter les remontrances banales de son geôlier. Marietta la blanchisseuse lui avait envoyé du linge et des habits; c'était le seul témoignage d'amitié qu'il eût reçu dans son malheur.

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