‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 60 sur 133 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Eh bien ! reprit le préteur , je te rendrai ton collier, s'il le faut absolument ; mais ce qui est donné ne devrait pas se reprendre, en bonne justice.

— Gardez le collier, seigneur, et permettez-moi de revoir votre aimable fille.

— Jamais tu ne la reverras avec ma permission , quand tu aurais dix colliers de cent mille ducats à lui offrir. J'ai trop souffert pour avoir manqué une fois à mes principes.

Je suis Taccagno ; mon gendre le sera comme moi. La bonne lésine dont nous faisons tous profession vaut à elle seule plus de biens que les trésors de l'Orient. Marcantonio aura ma fille. Je l'ai juré ; je le jure encore par saint Vitale, mon patron.

— Et moi aussi je ferai un serment, répondit Zanetto. Vois-tu ce lion de bronze qui se repose sur cette colonne depuis cinq cents ans ? Avant que ce ladre de Marcantonio épouse la fille, le lion de Saint-Marc

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ouvrira ses ailes et s'envolera par-dessus l'Adriatique , j'en jure par les armes du doge.

Après cette fanfaronnade débitée avec une assurance imposante, notre héros tourna sur ses talons et s'éloigna le long de la rive. Parvenu au premier Rio, il s'assit sur les marches du pont et cacha sa tôte entre ses mains pour réfléchir mûrement.

— Que ferai-je de ma dernière et précieuse empreinte de cire, se disait-il, de mon unique ressource? Écrirai-je à Luigia de me rendre sa tendresse? Non, Luigia m'aime au fond. Sommerai-je le père de me donner sa fille? Ce serait insuffisant : une fois marié, le beau-père me mettrait à son régime de Taccagno, et je mourrais de faim.

Prierai-je encore le doge de venir à mon secours ? mais il ne m'offrira que son crédit et ne me servira qu'une fois. Attendons une occasion favorable et décisive. Mais si j'at-

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