‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 59 sur 133 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chant; c'est votre gendre bien-aimé, cher seigneur juge.

— Tous les pilotis de Venise s'écrouleront, répondit don Vitale, ayant que tu sois mon gendre.

— Alors, cher seigneur, vous qui êtes une des colonnes de la justice, dites-moi s'il convient, lorsqu'on retire sa parole, de conserver les présents de noce qu'on a reçus.

Mon collier de perles fines vaut plus de cent mille ducats ; s'il vous plaît de le garder, comptez-moi cette petite somme, et nous serons entièrement dégagés tous deux.

— Cent mille ducats! répétèrent les Taccagni à l'unisson.

— Je n'ai point de collier à toi, vaurien.

— C'est-à-dire que vous niez avoir reçu le présent ; mais le marchand qui vous Ta donné sur un billet de moi est tout prêt à témoigner contre vous.

— Nous connaissons la loi, reprit don

136 LE NOUVEL ALADDIIf.

Vitale avec émotion. Elle dit qu'en fait de meuble, possession vaut titre, et un collier est un meuble. Ces affaires-là sont portées au prétoire, et comme je suis pretore, tu serais condamné. Ainsi tais-toi , ou je te fais remettre dans la prison d'où tu sors.

— Vous irez en prison vous-même, dit Zanetto d'une voix terrible, juge prévaricateur. Apprenez que le doge est de mes amis :

c'est lui qui m'a tiré des plombs en me demandant pardon de la méprise dont j ai été victime, et voici une bague surmontée d'un diamant qu'il m'a donnée tout à l'heure.

Regardez; son chiffre et ses armes y sont gravés à l'intérieur.

Les Taccagni virent en effet sous le chaton les initiales L. M. surmontées de la couronne ducale. Un murmure d'effroi s'éleva dans la bande et les vieillards se balancèrent en frissonnant, comme des arbres secoués par la tempête.

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