CHAPITRE VIII
bande des Taccagni qui prêche la lésine de la parole et de l'exemple. Nous trouverons votre ennemi, et nous lui reprendrons ce cachet de gré ou de force, quand je devrais lui tordre le cou. U s'agit d'une amourette, n'est-ce pas? Doublons les cent ducats convenus, et je vous réponds du succès.
— Je vous donne trois cents ducats, si vous voulez, dit le pauvre Zanetto en essuyant ses larmes.
— Vous aurez votre cachet, reprit le brigand ; j'en jure par Bacchus, par les trois Muses et les neuf Grâces.
— Ne perdez pas de temps, dit le marchand. Marcantonio est au café Lazzarone, ici près. Vous l'y trouverez jusqu'à dix heures.
— Suivez-moi, jeune homme, reprit le bandit, et laissez-moi faire.
Si notre héros n'était pas d'un courage trop téméraire, Marcantonio était encore
170 LE NOUVEL ALADDIlf.
bien plus poltron que lui. En voyant entrer au café Lazzarone son rival, accompagné d'un homme à mine scélérate, il crut aussitôt qu'on voulait l'assassiner. Bans sa frayeur, il prit une feuille de papier, et, sans savoir ce qu'il faisait, il écrivit au directeur de la police :
u Signor direttore, un brigand terrible et fameux, qui porte une balafre au visage, en veut à mes jours. Si vous ne le faites pas arrêter, envoyez-moi au moins une escorte au café Lazzarone, afin que je puisse rentrer chez moi sain et sauf. C'est votre devoir ; je vous somme de me secourir. »
Marcantonio cacheta la lettre avec le cachet de cuivre, et envoya à tout hasard le bottega du café à la direction générale. Au bout d'un quart d'heure, une escouade de six sbires, commandée par un lieutenant, s'empara des portes du café. Le lieutenant aborda poliment Marcantonio.