‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 77 sur 133 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Signor, lui dit-il, le café est cerné; je suis chargé de conduire en prison la personne que vous me désignerez.

— Arrêtez ce brigand, s'écria le Taccagno avec emphase, en montrant du doigt le balafré. x

La résistance étant inutile, le bandit se laissa désarmer et sortit entouré des sbires.

— Et toi, Zanetto, ajouta Marcantonio d'un ton de matamore , prends garde à tes paroles et à tes actions, car je t'apprendrai d'une façon sévère à respecter la vie des citoyens.

— Mon bon Marcantonio, dit Zanetto, ne vous fâchez pas. Je reconnais votre puissance. Je n'en ai pas abusé contre vous lorsque je la possédais. Soyez aussi généreux que moi. Je suis vaincu; épousez Luigia; je renonce à elle, et demain je m'engagerai comme volontaire dans le régiment de Dalmatie.

— Que parle-t-il de ma puissance ? pensa Marcantonio. Lui aussi la reconnaît et baisse pavillon devant moi ! Est-ce que je serais en effet supérieur aux autres hommes, connu du directeur de la police, estimé des sbires, redoutable aux brigands et plus joli garçon que don Zanetto? Et Luigia, est-ce qu'elle pourrait m'aimer malgré mes habits râpés et ma lésine ? Essayons-en puisque je n'ai plus de rival. Je veux lui écrire une lettre extrêmement passionnée avec des citations du Pastor fido de Guarini.

Tandis que l'amour-propre du Taccagno s'enflait, notre héros, complètement abattu par la perte irréparable du talisman, erra pendant toute la nuit dans les rues, croyant avoir des sbires à sa poursuite. Cependant au point du jour, comme l'air était doux et l'aspect de Venise admirable, il sentit sa douleur se calmer. La résignation lui vint ; la certitude de la perte de ses espérances

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