‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 78 sur 133 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

fit tourner son esprit vers d'autres espérances vagues et nouvelles.

— Au lieu de quitter cette Venise si chère pour aller mourir en terre ferme, pensait-il, si j'embrassais un métier quelconque? Si je m'associais à quelque gondolier? Je me placerais au traghetto de San-Samuel; je verrais à mon aise le beau palais Foscari en faisant traverser le grand canal à tout le monde. Lorsque de jolies filles passeraient l'eau dans ma gondole, je les regarderais avec tendresse , et si le hasard amenait Luigia au traghetto, je lui dirais : « Cruelle et divine Luigia ! »

Zanetto fit un long discours adressé en imagination à son infidèle, avec tant de pathétique et d'émotion, qu'il s'étonna luimême à force d'éloquence et demeura persuadé que Luigia n'y résisterait pas si elle venait à entendre un langage aussi touchant.

174 LE NOUVEL ALAUDIN.

— Mais, ajouta notre héros, pourquoi attendre que le hasard amène Luigia au traghetto San -Samuel? Puisque ce discours ne peut manquer de lui percer le cœur, essayons de la voir aujourd'hui, et perçons ce cœur le plus tôt possible.

Un peu ranimé par cette idée ingénieuse, Zanettose dirigea lentement vers la paroisse de Saint-Zacharie. Le soleil était levé lorsqu'il arriva devant la maison du vieux juge. Une voisine qui était devant sa porte reconnut le pauvre garçon et s'apitoya en le voyant pâle et consterné.

— C'est une barbarie, dit-elle, que de maltraiter un si beau giovinetto. A tous péchés miséricorde, et ses péchés ne sont pas gros. Luigia osera-t-elle jamais regarder les jambes de son mari, ayant vu celles-ci?

Voilà comme on égare les jeunes femmes dans le sentier de la perdition.

— Oui, dit Zanetto, c'est une grande

Page 1