CHAPITRE VIII
— L'étrange chose que Fa varice! pensa Zanetto.
Tandis que notre héros se querellait avec son rival, l'enfant plongeait la main dans l'urne et il en tirait le n° 32.
— C'est un de mes numéros, dit Zanetto.
Tout n'est peut-être pas perdu.
— En effet, dit Marcantonio en riant, vous en êtes bien plus riche : au lieu de cent mille chances contre vous, il n'y en a déjà plus que huit mille. C'est une bagatelle.
Au second tour, l'enfant amena le n° 21.
— Encore un de mes numéros ! s'écria Zanetto. Savant Taccagno, comptez un peu ce qu'il reste de chances contraires.
— Il n'y en a plus que quatre-vingt-cinq, puisqu'on a tiré deux fois et qu'il doit encore sortir trois numéros.
— douce Zingara de mon cœur! murmurait notre héros, donne-moi cette fiche
184 LE NOUVEL ALADDIR.
de consolation , et j'abandonne l'ingrate Luigia au sot Marcantonio. Je t'épouserai, ô Zingara! Tu es jolie, bonne et tendre. Je t'arracherai à ton humble condition, et tu ne tourneras plus sur la table avec des épées dans les yeux que pour amuser ton mari.
Aux deux tirages suivants, le sort ne fut pas aussi favorable à Zanetto ; mais au cinquième et dernier tour, le préteur proclama le n° 50.
— Vive la Bohème ! vivent les Zingari !
cria Zanetto. J'ai gagné, en dépit de Newton. Je me moque de toi, Marcantonio, de ta science et même de ta puissance magique.
Je te rendrai tes deux livres de Venise ; je te payerai à dîner par-dessus le marché. Je possède cinq cent cinquante ducats !
La rumeur populaire répéta aussitôt qu'un terne venait d'être gagné. La Piazzetta retentit du bruit des applaudissements, et l'orchestre de la loterie courut chercher ses