CHAPITRE VIII
énergie. Il se traîna jusqu'à la Piazzetta, le menton incliné sur la poitrine, le cœur gros, les yeux obscurcis par les larmes, et il poussa des soupirs à fendre les pierres.
Il fut tiré de sa rêverie par les cris de la foule qui venait assister au tirage de la loterie.
Au pied du Campanile de Saint-Marc, sur le côté qui fait face à l'entrée du palais ducal , est un petit monument inachevé , semblable au portail d'un temple en miniature. Une grille ornée de statuettes en bronze du plus beau style de la renaissance, en ferme l'entrée au public. C'est là qu'on procède au tirage des billets, le samedi à deux heures. Zanetto se trouva entraîné par les flots du peuple jusqu'au pied du petit monument. La cérémonie était commencée. Le préteur du sestiere y représentait la magistrature ; le prêtre avait déjà béni l'urne. On avait montré les quatre-vingt dix
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numéros à rassemblée; l'enfant vêtu en chérubin levait déjà le bras pour tirer un billet. Zanelto se souvint alors du terne donné par la Zingara, et il aperçut à côté de lui la figure odieuse de Marcantonio, qui le regardait avec un sourire sardonique.
— Don Zanetto, lui dit le Taccagno, vous allez reconnaître l'excellence de mes conseils et l'utilité de la science du calcul; mais que votre terne sorte ou non, je vous prie de vous rappeler que vous me devez deux livres.
— Chien de Taccagno! s'écria Zanetto avec indignation ; tu peux disposer de toutes les richesses du monde, et tu oses réclamer deux misérables pièce* de monnaie, quand tu sais que je suis ruiné ! Est-ce pour me réduire à l'extrémité ou pour insultera mon chagrin ?
— Je ne vous insulte point, répondit Marcantonio ; je réclame ce qui m'est dû.