CHAPITRE VIII
veux plus que les plaisirs amollissent mon âme. Je vous donne mon billet de loterie :
touchez-en le montant ; c'est le présent d'adieu d'un ami.
— Que dites-vous là ? répondit le Taccagno avec des yeux hébétés. Parlez-vous sérieusement ?
— Très-sérieusement : la gloire l'emporte, vous dis-je. Donnez-moi seulement un objet quelconque sans valeur, comme un gage de notre amitié, comme un souvenir de ma généreuse action, de mon sacrifice magnanime et de l'heureuse décision à laquelle je devrai un jour le grade de général.
— Un objet quelconque, sans valeur?
Quel objet voulez- vous?
— Je n'en sais rien : une épingle, un portefeuille, ou bien ce chapeau râpé que vous fouliez aux pieds tout à l'heure. Enfin, ce que vous voudrez.
— Et vous me donnerez en échange le billet de loterie et les cinq mille?...
— Je vous les donnerai, vous dis-je.
Marcantonio retourna ses poches. 11 s'y
trouva un bouton d'habit, un petit couteau, des clefs, quelques sous fort oxydés, et parmi tout cela le cachet de cuivre. Zanetto sentit sa langue se coller à son palais, son gosier se serrer, et le sang battre violemment dans ses artères. Cependant il surmonta son trouble.
— Prendrai-je ce couteau ? dit-il en balbutiant. Non, cela coupe l'amitié, comme dirait Marietta... Ce bouton d'habit? Vous en avez besoin... Ce cachet? Il ne vaut pas grand'chose; mais je vous écrirai de Dalmatie, et je fermerai mes lettres avec cela.
Le billet de loterie vous appartient. Le voici. Prenez-le. Touchez l'argent, et faites-en ce que vous voudrez.
Zanetto prit le talisman d'une main trem-