‹ Le nouvel Aladdin: suivi de Fleuranges (volume 2)Chapitre 92 sur 133 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

avoir en ma faveur les probabilités, ayant contracté l'habitude de toucher mon homme à la première botte; mais, Dieu merci, je n'ai jamais tué personne. Pour une petite saignée votre ami en sera quitte. D'un côté l'avantage de la jeunesse, les agréments de Ja figure, la fortune, l'appui de la famille; de l'autre, l'âge, l'expérience, un peu de bien jouer: en bonne justice, je dois blesser mon adversaire. A vingt ans on est trop jeune pour se marier ; il faut laisser cela aux gens qui ont la trentaine bien sonnée.

Allons, cher monsieur, me voici en garde.

En parlant ainsi , Saint-André ta tait le terrain avec son pied, pesait son épée dans sa main, choisissait la bonne place, et relevait la manche de sa chemise. Fleuranges, remarquant dans la physionomie de cet homme une expression singulière d'énergie et de résolution, en augura mal pour son compagnon de voyage. Il se tint près des

combattants , déterminé à percer de son épée celui qui s'aviserait d'employer quelque ruse interdite par les lois du duel; mais il fut bientôt rassuré sur la loyauté de l'un et l'habileté de l'autre. Tillemont para le mieux du monde cette première botte si vantée d'avance. Saint-André, un peu étonné de trouver un adversaire aussi adroit , se mit sur la défensive; deux fois il rompit d'une semelle devant une pointe menaçante qui venait effleurer sa poitrine. Pas un muscle de son visage ne bougeait. Enfin , un éclair partit de ses yeux gris. Fleuranges vit une espèce de sourire animer cette figure impassible , et Tillemont tomba frappé dans la poitrine.

— Mes amis , dit le blessé , je suis un homme mort.

— Vous l'avez tué, monsieur, s'écria Fleuranges.

— Cela est fâcheux, dit Saint-André,

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