‹ Le nouvel Hôtel de ville de Paris, 1872-1900Chapitre 16 sur 78 · ORNEMENTS DE LA FAÇADE CENTRALE · texte numérisé non relu

ORNEMENTS DE LA FAÇADE CENTRALE

LA FAÇADE CENTRALE

Dès la première délibération du Conseil municipal relative à la reconstruction de THôtel de Ville, il fut question de conserver la façade de l'ancien palais, dite faussement la façade Boccador, œuvre délicate, gracieuse, et pittoresque, d'un artiste français, Pierre Chambiges, « maistre des oeuvres du Roy au bailliage de Senlis », à qui les historiens du Louvre attribuent le rez-de-chaussée de la galerie reliant la façade sur la Seine aux constructions de Lescot; 'qui a collaboré à la construction des châteaux de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye, de la Muette (près de Saint-Germain-en-Laye), de Challuau (près de Moret), et qui était le fils de Martin Chambiges, l'auteur, avec Jean Vast, de la

façade de la cathédrale de Troyes, et du transept de la cathédrale de Beauvais.

Dans sa visite des ruines de IHôtel de Ville incendié, faite le 19 janvier 1872, le Conseil des Travaux d'architecture émettait à l'unanimité lavis de procéder, sans la démolir, à la restauration de l'ancienne façade. « Des travaux du même genre, est-il dit dans le procès-verbal, présentant des difficultés plus grandes encore, ont produit au Château de Blois les résultats les plus satisfaisants ; à prix égal, et même supérieur, le conseil insisterait pour la conser\'ation de la décoration originale que les sculpteurs d'ornements ne sauraient rendre avec la finesse des artistes de la Renaissance. » Après avoir cru, avant le déblaiement, que rien de cette façade ne pourrait être conservé, le Directeur des Travaux, M. Alphand, déclarait ceci, au Conseil municipal, le 17 mai 1872 : « La restauration coûterait peut-être plus cher qu une reconstruction totale, mais là n'est pas la question ; ce n'est pas une affaire d'économie, il s'agit de restaurer une façade qui a une valeur artistique considérable. Entre une restauration et une reconstruction, il y a la même différence qu'entre la copie d'un tableau et l'original. » Quand l'examen approfondi des parties de l'édifice que l'incendie avait relativement épargnées eut démontré l'impossibilité matérielle de les conserver, en raison de la calcination des pierres, la Commission des Beaux-Arts et des Travaux historiques, ainsi que le Conseil des Travaux d'architecture, décidèrent d'insérer dans le programme du concours de reconstruction ce deuxième paragraphe : » Restituer dans son intégralité première l'antique maison de François I", rechercher les moyens de la mettre plus en honneur et d en faire valoir le caractère et les exquises proportions. »

A la suite de la discussion ouverte au Conseil municipal, pendant la session de juin-juillet 1872, au sujet du rapport présenté par la commission chargée de létude de la question de la

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reconstruction de l'Hôtel de ville, il était voté la décision suivante : « La façade principale devra reproduire exactement l'ancienne façade du Boccador, et sera maintenue dans Taxe de l'avenue Victoria. »

MM. Ballu et Deperthes ont résolu le problème posé par le Conseil municipal. La façade centrale de l'Hôtel de Ville est la reproduction, légèrement agrandie, de l'œuvre de la Renaissance française, dans toute son élégance et dans toute son originalité. La façade présente une saillie de six mètres sur les constructions de caractère moderne; cette saillie a permis de dégager entièrement les pavillons d'angle, si charmants avec leurs échauguettes et leurs gargouilles, qui étaient encastrés dans les bâtiments de Godde et Lesueur, et de les surmonter d'un comble aigu, d'un bel effet architectural.

La façade centrale se compose de six parties : deux grands pavillons, deux tourelles, un corps de milieu, et un campanile.

Les grands pavillons sont percés à leur base d'une grande porte plein cintre, qu'entoure un chambranle mouluré et décoré de losanges, et que ferme une grille en fer forgé, à l'imposte écussonnée des armes de la Ville. Deux colonnes accouplées, d'ordre composite, à fûts cannelés et à bases losangées, montent de chaque côté de la porte, et supportent un entablement complet se prolongeant au-dessus de leurs archivoltes, dont les écoinçons sont ornés de moulures circulaires. Entre les colonnes est placée une niche abritant une statue et surmontée d'un petit dais saillant, fort délicatement ornementé, à dôme et lanternon soutenus par de fines colonnettes corinthiennes. Cette niche est la reproduction de la niche qu'on admirait sur la façade ancienne.

Les quatre statues représentent : au pavillon de gauche, Mohère, (par M Moreau-Vauthier) ; Turgot, (par M. Oliva) ; au pavillon de droite, Lavoisier, (par M. Idrac) ; Voltaire, (par

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M. Coûtant); qui personnifient la Comédie, la Philosophie, la Science, et la Politique : expressions diverses et caractéristiques du génie parisien. Le Conseil municipal avait adopté et maintenu énergiquement le système de n'admettre, sur les façades de l'Hôtel de Ville, que les statues d'enfants de Paris, même quand il s'agirait de personnages a yant joué un grand rôle dans l'histoire municipale, mais nés ailleurs, tels que Marrast, François Arago, Pétion, Danton, Audry de Puyraveau, Moreau de Saint- Méry, etc.

Des consoles renversées, ornées de feuillages, prolongent au premier étage les colonnes du rez-de-chaussée, et supportent des culots composés alternativement de cornes d'abondance, de guirlandes de fleurs et de fruits, avec têtes d'enfants, qui servent de piédestaux à des statues abritées dans des niches, que surmonte un fronton à consoles en forme de triglyphes. Une troisième niche est ménagée dans l'axe des portes du rez-dechaussée, différenciée des deux autres par une moins grande saillie de la console et du culot. Un double entrelacs circulaire encadre l'archivolte des baies et relie les frontons des niches. Les statues, dans le pavillon de gauche, sont celles de : Jean Goujon, le grand sculpteur de la Renaissance, (par M. A.-J. Allar); Guillaume Budé, prévôt des marchands au xvi" siècle, (par M. Tony Noël); Pierre de Montreuil, l'architecte de la Sainte-Chapelle, (par M. Marqueste) ; Achille de Harlay, premier président du Parlement de Paris au xvi" siècle, (par M. Thabard); Jean Bullant, l'architecte des Tuileries, d'Ecouen, et de l'Hôtel de Soissons, (par M. A-J. Allar); dans le pavillon de droite, Pierre de l'Estoile, le chroniqueur parisien du xvi' siècle, (par M. Thabard); Etienne Boyleau, l'auteur du « Livre des Mêstiers », prévôt de Paris sous Saint Louis, (par M. Allouard) ; Boccador, (par M. Blanchard, qui fort embarrassé pour représenter le pseudo-architecte de l'Hôtel de Ville, dont aucune iconographie ne contient le

portrait, parce que de son temps c'était un fort mince personnage, a eu l'idée de lui donner les traits de M. Ballu); Pierre Lescot, Tarchitecte du Louvre et de la Fontaine des Innocents,

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