LA GRANDE SALLE A MANGER LES SALONS DE PASSAGE
La Grande Salle à manger est une vaste pièce rectangulaire, de i8 mètres de longueur, sur i3 mètres de largeur, et 8"\2o d'élévation, éclairée par quatre fenêtres sur la place Lobau. Les murs, lambrissés en bois de chêne, de ton naturel, sont percés de quatorze baies, plein cintre, séparées, sur les faces est et ouest, par deux colonnes en bois, d'ordre composite, au fût mi-parti cannelé, rond, orné de bagues et de guirlandes de fruits sculptés; et, sur les faces sud et nord, par des pilastres de même ordre. Ces baies constituent les quatre fenêtres, une grande glace de milieu, et les neuf portes ouvrant sur le Salon d'entrée sud, sur la Galerie des Métiers, sur un pas-
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sage de service, et sur le Salon Lobau. Les colonnes soutiennent un entablement très orné, sur lequel repose un plafond d'une grande richesse.
L'ornementation de la Grande Salle à manger fut demandée, en i885, à trois artistes décorateurs, MM. Collignon, Frechon- Dupuis, et Compans, avec un délai de quinze jours pour la présentation des projets. L'architecte en chef de THôtel de Ville mourut peu de temps après; l'examen des projets de ce concours restreint fut le dernier travail auquel il se livra. Son successeur, M. Formigé, désigna M. Compans pour l'exécution de cette ornementation, d'après un projet nouveau, dont il fournit les éléments, en rapport avec la destination de cette partie des appartements de réception. Commencée en janvier 1886, elle fut terminée en quatre mois. Le devis avait été fixé à 27.529 francs, tout compris : la peinture, la dorure, et l'apprêt.
Le plafond est divisé en trois grands compartiments, — un compartiment ovale, de milieu, et deux rectangulaires, — occupés par des compositions picturales, et en dix caissons d'angle, de 3"", 40, sur 84 centimètres, composés et exécutés comme suit. Dans le milieu des grands caissons est une tête d'animal comestible — sanglier, chevreuil, mouton, bœuf, etc. — en ton ivoire, modelée et sertie, qu'entourent des armes de chasse, des cors, des trompettes, etc., entre-croisés, également en ton ivoire, modelés en sali d'or, et sertis. Du dessous des têtes partent des branches de feuillages de différentes essences, modelées en sali d'or, de grands rinceaux d'ornements en grisaille, modelés, et sertis, et de petits rinceaux, niellés, modelés en sali d'or, et sertis. A travers ces rinceaux s'élance, de chaque côté de la tête, et vers elle, un chien de chasse, de race variée, au corps peint en ivoire, modelé, et serti. Dans les caissons de chaque angle de la salle, les chiens sont remplacés par des renards, par des lièvres, etc., avec gibier de plume s'envolant. Il y a, en
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LA GRANDE SALLE A MANGER
outre, six petits caissons, de i",o5, sur 70 centimètres, à fond bleu, et à rosaces en sculpture, peintes à deux tons, grisaille et
GRANDE 6A1LE A MANGER
LE TOAST, par MM. Idrac et Coûtant.
ivoire, avec cartouches en volutes, et feuilles d'ornements modelés, et ombrés dans le ton des caissons. Les caissons sont bordés par une moulure en gorge, avec filets en imitation de faïence et feuille d'eau en bleu, et sertis. Les écoinçons de la grande
L'idée génératrice de la décoration de la Grande Salle à mang-er est la Glorification de la Terre, mère nourricière de THumanité.
Dans le plafond central, l'artiste a peint un laboureur, debout devant ses bœufs, l'aiguillon en main, tête nue, saluant le soleil qui monte à l'horizon : « Inonde de tes rayons, soleil, cette terre féconde qui, sous l'effort de l'homme, va répandre les trésors qu'elle contient. » Les deux petits plafonds, latéraux, symbolisent les deux éléments principaux et essentiels de la nourriture : le Pain et le Vin, par la figuration de la Vendange et de la Moisson, « en y ajoutant, déclare l'artiste, une pointe de caresse amoureuse destinée à produire la fécondité des races «. Les dessus de porte sont consacrés à l'allégorie des Aliments supplémentaires. Dans un enclos de ferme, sous les cerisiers en fleur, une paysanne et sa fillette cueillent des fraises. Un jardinier arrose les légumes d'un potager. Couchée sur la cime d'une falaise, une jeune fille cherche à distinguer dans le lointain, parmi les barques des pêcheurs, celle qui porte son fiancé. Un pêcheur lutte avec ses rames contre les vagues de la mer qui menacent de couler son
GRANDE S \LLE A MANGRR.
lA VENDANGE, p.iF M. Gcorjîcs Bertrand.
LA GRANDE SALLE A MANGER
bateau chargé de poissons.
Une gardeuse de dindons rêve devant la mer, embrasée par les rayons du soleil couchant. Assis sur un tertre, son chien couché à ses pieds, un berger surveille un troupeau de moutons. Une servante ouvre la porte d'un enclos aux cochons de la ferme. Un garçonnet, en gardant ses vaches, se taille une gaule dans une branche de noisetier.
Ces peintures ont été payées à l'artiste 49.000 fr.
Six statues de marbre blanc, placées dans les entrecolonnements, personnifient la Chasse (par M. Barrias), le Chant(parM. Dalou), laMoisson (par M. Chapu), la Vendange (par M. Crauck), la Pêche(par M . Falguière), et le Toast (par MM . Idrac et Coutan). Le devis de cette partie de la décoration de la Grande Salle à manger s'est élevé à la somme de 89.350 francs.
GRANDE SALLE A MANGER
LA MOISSON, par M. Georges Bertrand.
Deux salons, qui mesurent 7'",5o de longueur, sur 4^,50 de largeur, servent de pièces de communication, d'une part entre le Salon des Lettres et le cabinet de réception du Préfet de la Seine; et, de l'autre, entre le Salon Lobauet le Salon des Arts : ils sont dénommés Salons de passage. La Commission de déco-
ration les avait classés parmi les emplacements réservés pour les commandes directes aux artistes.
Le premier salon est orné d'une grande composition de M. Lhermitte, représentant « les Halles de Paris ■», à Theure matinale des arrivages et de la criée des légumes, des fruits, des fromages, des viandes, et des poissons; et de deux panneaux de fleurs, en dessus de porte, par MM. Quost et Monginot.
Le second salon contient une peinture de M. ïattegrain :
GRANDE SALLE A MANGER
LE9 VOLAILLES^ par M, GeoFges Bertr.and.
« l'Entrée de Louis XI, à Paris, le 3i août 1461 ». La scène, choisie par l'artiste, est la vue de la Fontaine du Ponceau, dont les maisons à pignons, et à tourelles en encorbellement, ont leurs fenêtres garnies de spectateurs, et leurs façades de rez-dechaussée transformées en échafauds où sont assises les dames et demoiselles, dans leurs plus beaux atours : robes de brocart, de drap de soie, de velours, largement décolletées, hauts hennins et escoffions ornés de pierreries et de perles. Louis XI, précédé de son écuyer, s'avance à cheval, sous un dais porté par les échevins, a tous vestus de robes de damas fourrées de belles