PAR M. CARRIERE
de le consolider en l'ornant, et de soutenir le plafond qui forme voûte )>; et dont les attitudes, les gestes et les expressions symbolisent la personnification : la Mathématique compte sur ses doigts; la Minéralogie contemple dans sa main une pierre précieuse ; la Physique tient une poignée d'électroscope ; la Chimie observe une cornue ; la Mécanique a son allégorie dans un corps aux formes vigoureuses ; le Magnétisme est une femme succombant à une force extérieure ; la Botanique laisse tomber des roses de ses mains; la Médecine étudie son visage dans un miroir. Ce sont là des figures féminines, assises, accoudées, ou couchées. Les figures d'enfants représentent ainsi la Zoologie, la Géographie, la Géologie, et l'Archéologie : le premier examine un crâne de mammouth; le deuxième promène son doigt sur une mappemonde; le troisième est le génie de la terre apparaissant à la lumière; le quatrième interroge le sphinx de l'Antiquité.
Dans les panneaux des pilastres, sur la paroi de fond et entre les baies s'ouvrant sur le Salon des Arts, MM. Jeanniot, Rixens, Berton, et Buland ont peint les personnifications de lAir, du Feu, de l'Eau, et de la Terre, dont la Science s'efforce de pénétrer les mystères, et de mettre la puissance d'action et les richesses au service de l'Humanité. Un marin, arc-bouté contre le bastingage de sa barque, retient le cordage de la voile que la tempête furieuse menace d'emporter. Une femme de pêcheur manoeuvre à force de bras le gouvernail du bateau en péril de dérive vers les brisants par les vagues furieuses qui l'assaillent. A la bouche béante d'un four, un puddleur, avec ses pinces gigantesques, brasse la fonte en fusion, dont les reflets incandescents l'embrasent. Assise dans un
verger, à l'ombre d'un arbre, une fille de ferme se repose; sa poitrine opulente fait craquer sur toutes les coutures le corsage qui l'enserre; ses pieds ont quitté les sabots qui les gênent :
expression de l'exubérance de vie de la nature rustique.
Les paysages qui décorent les pilastres des arcatures et des baies sur le quai et sur la Galerie des Métiers continuent les allégorisations des Eléments.
Dans la « Vue du petit bras de la Seine au Pont-Neuf » , M . Lépine a peint l'atmosphère printanière de Paris au bord du tieuvc. Les grands arbres en contre-bas du quai des Orfèvres projettent leur verdure tendre sur le ciel d'un bleu argenté, que reflètent les eaux en mélangeant leur ton de nuances glauques; au delà des premières arches grises du pont, le Louvre profile, à travers la buée qui monte de la Seine, la masse claire de ses longues façades, sous les ravons du soleil couchant. Ensuite, c'est l'Eté dans Paris, synthétisé par une « Vue du Valde-Grâce », que M. Luigi Loir a prise de la rue de la Santé : le soleil de juillet, dans la chaleur concentrée dune voie étroite, avive les tons des vieux murs et des vieux toits, les couleurs des robes claires, des chapeaux fleuris et des ombrelles, l'enluminure des palissades. Et, en pendant, M. Emile Barau montre l'Eté sur
SALON DES ARTS
LA PEINTURE, par M. Dagnan-Bouverel.
LE SALON . ES SCIENCES
la Seine, dans k Tlle de la Grande-Jatte », alors que, dans l'accablement de la canicule, la nature semble s'assoupir, sans perdre de sa grâce ni de sa gaieté. Puis, M. Vauthier fait voir Paris sous la neige, dans la brume d'hiver, qui, tout en enveloppant les maisons et les édifices, laisse transparaître leurs formes et leurs couleurs d'un charme mélancolique très doux.
Les médaillons, peints par M. Marchai, sont les portraits des savants les plus illustres : Cuvier, Ampère, Arago, et Lavoisier.
Le Salon des Sciences est orné, en outre, d'une cheminée monumentale en pierre, avec médaillon de céramique, oeuvre de M. Cavelier, consacrée à la Glorification des Sciences ; on Ta placée contre la paroi nord, sur un fond de tenture peinte, d'un
ton doré clair, aux semis de branches d'olivier en or vert. Cette cheminée a été payée 24.000 francs.
L'ornementation de ce salon a été exécutée par M. Guifard, Des arabesques en or, modelées en sali d'or, couvrent la contreface des piliers ; des bandes en ton gris bleu, redessinées d'or^ formant des divisions de panneaux à fond gris chaud, décorent les ébrasements de fenêtres. L'encadrement du plafond central est formé d'une moulure dorée, avec suite de médaillons sculptés,.
SALON DLS ARTS.
LA SCULPTURE, par M. Layraud.
peints en ton de grisaille, et dorés ; entre chaque médaillon, sont des panneaux carrés, à rosaces; puis viennent un courant de postes en grisaille, redessinées d"or sur fond gris foncé, et enfin un tore de laurier en sculpture, ton dor, accompagné de moulures grisaille et or. L'encadrement est complété par une large frise, fond brun rouge, ornée d'enfants à mi-corps, issant de culasses et de rinceaux, qui tiennent alternativement des cornes d'abondance, des vases, et des masques de comédie; aux angles de cette frise, des cartouches portent dans le centre le monogramme R. F. niellé d'or sur fond noir, le tout modelé en grisaille, avec mélange de parties en sali d'or. Un tore de laurier en sculpture, peint en ton doré, et rehaussé d'or, longe la corniche, et encadre l'ensemble du plafond. Les bordures des deux panneaux rectangulaires sont formées d'un tore de fruits sculptés, peints en ton d'or, et rehaussés d'or, et de panneaux fond noir, qu'ornent des arabesques d'or modelées en sali d'or, avec quelques parties en grisaille.
Les panneaux carrés des angles du plafond contiennent des grilles de ventilation en bronze, entourées d'un tore de fruits sculptés, peints et dorés.
Chacun de ces panneaux se subdivise en quatre petits pan-
SALON DES ARTS
LE roRT sAiNT-NicoLASj par M. Lapostolet,
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LE SALON DES ARTS
neaux ornés de motifs en grisaille et or, sur champ de ton gris soutenu. Dans la corniche, peinte en grisaille, les sculptures et les moulures sont dorées. Les cadres des panneaux des figures allégoriques et des paysages ont un courant de nielle en or et un accompagnement de moulures dorées. Aux piliers qui sont ornés de panneaux de figures, s'accotent^ sur la droite et sur la gauche, des motifs de pilastre composés de chutes de culots, de cartouches, de couronnes, de feuillages et de rubans, modelés en sali d'or et grisaille sur gris bistré ; pour les piliers qui portent les panneaux de paysages, cette décoration se complète d'un cartouche modelé en grisaille et or, avec table gris bleu sur fond grisaille.
Le Salon des Arts vient à la suite du Salon des Sciences, qu'il continue pour ainsi dire, par ses trois arcades ouvertes.
Au plafond de ce salon, M. Bonnat a peint « le Triomphe de l'Art » , dont l'artiste résume ainsi la genèse :
« Je demandais, un jour, à Taine, son avis au sujet d'un plafond que j'avais à exécuter.
Fallait-il représenter tel ou tel personnage, telle ou telle scène ? Après avoir réfléchi, il me répondit : <( Ce que vous voudrez, pourvu que ça fasse bien. « Taine avait raison. Il
SALON DES ARTS
LE PONT DE cHAMPiGNVj par M. Bellel.
SALON DES ARTS
l'idkal, par M. Bonnat.
ne faut pas trop chercher midi à quatorze heures pour une peinture décorative destinée à être regardée sommairement. Il n'en est pas moins vrai qu'il faut, tout de même, savoir ce que Ton veut représenter. J'avais à l'Hôtel de 'Ville à décorer le plafond du Salon des Arts, j'ai pensé qu'il fallait représenter l'Art sous la forme d'un jeune homme sur la croupe du « Grand Cheval de Gloire » de "Victor Hugo. Une renommée le précède, un génie le couronne, et il foule aux pieds, du moins Pégase, l'ignorance et la barbarie. Deux ligures complètent le plafond : l'Idéal, et la "Vérité. )i
M. Léon Glaize a peint les deux frises, en s'inspirant des idées suivantes : « L'appellation de ce salon, ainsi que la glorification des Arts que mon illustre collègue M. Bonnat y a représentée au plafond, m'ont fait rechercher, dit-il, un sujet inspiré par l'origine de l'idée d'art. J'ai cru le trouver dans la représentation de l'union de l'Idéal et de la Vérité. Le Paysan et le Poète se tendent la main ; l'un forme groupe avec la Vérité et les Travaux de la nature ; l'autre avec Psyché (l'Ame) et les sensations poétiques que provoque l'heure mystérieuse du clair de lune. Cette composition, ayant pris un certain caractère pendentif par ses dimensions de surface, est reliée au^milieu par un motif, sorte de clef de voûte résumant l'idée générale de la com-
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LA VÉRITÉ, par M. Boniiat.
position : deux enfants groupés ensemble, Tun mangeant est distrait de cette action naturelle par Fautre qui lui exprime les sentiments du cœur. L'autre panneau représente la Musique, et la Danse. Dans une atmosphère de fête, deux figures excentriques 3" personnifient particulièrement la pureté et le profane dans ces deux arts. »
Dans les écoinçons sont placées des figures de M. Chartran, personnifiant les Arts.
Sur les pilastres séparatifs des salons, MM. Dagnan-Bouveret, Layraud, et Tony Robert Fleury ont peint les allégories de la Peinture, de la Sculpture, et de l'Architecture. Le quatrième panneau, la Musique, a été commandé à M. François Flameng, après la mort de M. Ranvier.
Sur les pilastres, entre les arcades de la Galerie des Métiers et les baies de la façade sur le quai, les peintures sont l'expression de l'alliance de la Nature et de l'Art dans la composition des paysages parisiens fameux : « La Marne au Pont de Champigny », par M. Bellel ; k le Port-Saint-Nicolas », par M. Lapostolet; ce la Seine à Bougival », par M. Français, et « la Seine au Bas-Meudon », par M. Gustave Colin.
Les médaillons, par M. Rivey, représentent Le Poussin, Pierre Puget, Philibert de l'Orme, et Rameau, les grands maîtres
français de la Peinture, de la Sculpture, de TArchitecture, et de la Musique. L'ornementation du Salon des Arts, due à M. Guifard,
se ditïerencie de celle du Salon des Sciences, par le plafond où la frise fond rouge est remplacée par quatre panneaux circulaires, à figures d'enfants issant des culasses et des rinceaux, qui soutiennent des cartouches, avec tables noires sur lesquelles sont inscrits les titres : Sculpture, Peinture, Architecture, et Musique; le tout peint et modelé en grisaille et or sur fond bleu. Entre ces panneaux, sont des rosaces modelées en grisaille et or, et peintes sur fond rouge. Il y a, en outre, quatre grands panneaux triangulaires, peints et modelés en grisaille et or sur fond jaune soutenu, qui comprennent des cartouches avec tablettes noires, ornées de branches d'olivier en or, et de cornes d'abondance.
L'iNsriRATioN, par M. }. Lefebvre.
Le troisième salon est le Salon des Lettres. Dans le plafond de ce salon, M. Jules Lefebvre a représenté « les Muses parisiennes ». L'artiste expose ainsi la genèse de sa composition : « J'ai peint un plafond animé de figures, parce qu'il le fallait
LE SALON DES LETTRES
bien ; car le meilleur des plafonds serait un ciel qui saurait donner la parfaite illusion du vrai. J'ai toujours pensé qu'un plafond peint devait élever, clarifier, aérer, si j'osais dire, toute la salle à laquelle il est destiné.
Une échappée lumineuse : tel doit être, autant que possible, ce genre de décoration. J'ai choisi, pour le plafond que j'avais à exécuter, cette heure chaude et vermeille des beaux soirs d'été où le soleil se couche noblement sur notre vieille cité de Paris, en dorant de ses derniers rayons le fleuve, les monuments, et les hommes. Ces lueurs éclairent encore dans un coin, sur la droite, le faîte et les toits du palais de l'Hôtel de 'Ville. Au milieu se déroule, sur des vapeurs légères, la guirlande des Muses parisiennes, la Tragédie, la Comédie, la Musique, etc., etc., chacune avec ses attributs. A cet instant du jour où le travail de tout un peuple se ralentit, étant prés de finir, où la pensée humaine, lasse, mais satisfaite, se détend et s'élève, aux approches de la nuit, les Muses parisiennes, unies en un groupe symbolique, passent en voltigeant dans le ciel, faisant un cortège triomphal à la 'Ville de Paris, drapée de rouge, et coiffée de la couronne murale.
SALON DES LETTRES
lA MtDiT.ATiON, par M. J. Lefebvre.
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" Les deux autres figures unies, encadrées dans des caissons, lune à droite, l'autre à gauche de cette composition, sont, celle de droite la Poésie, et celle de gauche l'Histoire. » Ce plafond est carré comme celui des Sciences.
M. Cormon a peint sur les frises « l'Histoire de l'Ecriture dans les Temps anciens et dans les Temps modernes ». D'après le résumé du thème de l'artiste, la première composition, consacrée à l'antiquité, contient les épisodes suivants : dans le coin de droite, un guerrier écrit avec la pointe de son glaive sur un rocher la victoire qu'il vient de remporter sur un adversaire ; un scribe égyptien peint sur le couvercle d'un cercueil de momie les principaux traits de la vie du défunt qu'il renferme ; Cadmus explique à des grecs les caractères phéniciens ; un esclave porte dans ses bras une gerbe de roseaux, qui vont servir à préparer des papyrus; une jeune femme déroule les bandes d'un manuscrit; au milieu, il y a la fameuse stèle antique, qui, écrite en trois langues, a donné la clef de l'écriture hiéroglyphique. Dans la seconde composition, on voit un savant qui étudie un vieux texte ; Albert Le Grand, un énorme in-folio sous le bras, se promenant avec deux de ses disciples sur les bords de la Seine; Gutenberg imprimant son premier livre en caractères mobiles ; un crieur de journaux, un jeune écolier portant fièrement ses livres de classe; une jeune femme tenant un rouleau de musique dans sa main; un kiosque à journaux; une boutique de libraire en plein vent sur les quais. Les Tables des Droits de l'homme forment le motif central.
Dans les dessus de porte, de la paroi du fond, sont des peintures allégoriques de M. Urbain Bourgeois, définies par l'auteur