ANCIENNES SALLES DE L'OPÉRA
Avant de prendre possession du vaste et grandiose édifice que Charles Garnier vient de lui élever, le théâtre de l'Opéra, depuis deux siècles qu'il existe, a occupé à titre provisoire ou définitif douze salles différentes.
La première était située en face de la rue Guénégaud, sur remplacement de la maison qui porte actuellement le n° 42 rue Mazarine et le n° 43 rue de Seine.
C'est là que fut représentée pour la première fois en public la première comédie française en musique, Pomone, pastorale en cinq actes et un prologue. Les paroles étaient de l'abbé Perrin, la musique de Cambert. Dès 1659, cet ouvrage avait été représenté dans un
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château à Issy, près Paris. Le succès obtenu par cette première adaptation de la musique à une pièce écrite en français détermina P. Perrin à solliciter un privilège qui lui permit de donner en public des représentations de ce genre. C'est seulement en 1669 que ce privilège lui fut accordé par des lettres patentes en date du 28 juin.
Perrin s'associa alors avec le marquis de Sourdéac, qui passait pour l'un des hommes les plus habiles de son temps dans l'art d'imaginer et de construire les machines théâtrales. Un sieur de Bersac de Champeron fu{ le bailleur de fonds de l'entreprise; c'est lui et le marquis de Sourdéac qui, à la date du 8 octobre 1670, par-devant Me Raveneau, notaire, passèrent bailavec M. de Laflemas et louèrent pour cinq ans, moyen-nant 2400 livres de loyer, le jeu de paume de la Bouteille, où devait s'élever la première salle d'opéra.
Cette salle fut construite en cinq mois par Guichard, intendant des bâtiments du duc d'Orléans. Elle conservait la forme allongée du jeu de paume dans lequel on l'avait édifiée. Des poteaux, montant du fond, soutenaient et séparaient les loges. Le public, suivant l'usage d'alors, était debout au parterre; quelques lustres pendu- au plafond éclairaient la <alle. Quant à la scène, elle était grande pour l'époque, profonde et parfaitement disposée pour le jeu des machines, qui, dès l'origine de l'Opéra, constituèrent un des attraits de ce spectacle. Au dernier acte de Ponwtv*.
dix-huit follets paraissaient portés sur des nuées. Beaucoup d'apothéoses des féeries modernes ne suspendent pas dans les airs un personnel plus nombreux.
L'inauguration eut lieu le 19 mars 1671. L'entreprise réussit pleinement, mais la discorde ne tarda pas à se mettre parmi les associés. De Sourdéac et Champeron, seuls locataires de la salle, firent faire un second opéra par un autre que Perrin. Celui-ci se voyant évincé de l'entreprise finit par céder son privilège à Lully, à qui le roi en accorda un nouveau plus étendu » que le premier et qui érigeait le théâtre en Académie royale de musique.
Lully, qui n'avait traité qu'avec Perrin, était trop fin pour s exposer à subir les exigences de Sourdéac ou les lenteurs d'un procès. Il préféra exploiter son privilège dans une autre salle. En conséquence, un ordre du roi fit fermer, le 30 mars 1672, le thédlre de la ruo- Mazarine.
Plus tard, de 1673 à 1688, cette salle fut occupée par les comédiens français. Ensuite elle fut détruite et redevint un jeu de paume, dont on voyait encore, il y a une vingtaine d'années, quelques vestiges. Par une coïncidence assez bizarre, c'est à côté de ce jeu de paume, premier berceau de l'Opéra, qu'habitait alors Charles Garnier. Depuis, de nouvelles constructions ont été élevées et il ne reste plus rien de la première installation de l'Académie royale de * musique*
Lully choisit pour établir son théâtre le jeu de paume du Bel Air, situé rue de Vaugirard, entre le palais du Luxembourg et la rue des Francs-Bourgeois. Yigarani , habile machiniste, fut chargé de la construction de la salle. Il existe peu de documents précis sur ce bâtiment ; on s'accorde à dire qu'il avait un caractère provisoire. Lully en effet était pressé de jouir de son privilège ; toutefois l'ouverture n'eut lieu que le 15 novembre 1672 par la représentation des Festes de V Amour et de Bac chus, pastorale formée de;différents fragments que Lully avait déjà fait exécuter à la cour. C'est sur cette scène que Ton représenta Coflmus et Hennione, le premier opéra de Quinault, dont la collaboration avec Lully devait être si féconde et si heureuse.
Bientôt une occasion se présenta pour Lully d'avoir, sans bourse délier, un théâtre plus convenable. Molière étant mort le 16 février 1673, Lully demanda au roi la salle du Palais-Royal, occupée alors par la troupe de Molière. Le roi daigna accueillir la demande, et, à partir de ce moment jusqu'au jour où, après l'incendie d'octobre 1873, il fallut louer la salle Ventadour, l'Opéra, logé pendant deux siècles dans les bâtiments de l'Etat, n'eut plus de loyer à payer.